‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 212 sur 221 · DEVANT L'OUBLI DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

DEVANT L'OUBLI DÉMOCRATIQUE

des Confédérés qu'il nous donne. C'est l'Angleterre et l'Italie, peuples libéraux, dit-il, et démocratiques, car, ajoute-l-il, « la forme monarchique du gouvernement n'y fait rien ». En vérité?

C'est cependant une question de savoir si les restes d'aristocratie associés à la monarchie anglaise ne nous ont pas sauvés, en sauvant l'empire britannique, lorsque tout l'équilibre traditionnel de l'occident fut violé à l'invasion de la Belgique par la fureur de Guillaume II. Quelques heures avant cette violation, l'Angleterre était hésitante : le crime allemand une fois perpétré, toutes les forces traditionnelles jouèrent en notre sens, en notre faveur. On peut dire qu'elles auraient joué de même en démocratie pure, c'est-à-dire dans un gouvernement capable d'ignorer la valeur des Flandres pour l'Angleterre? On peut le dire, je le répète, mais j'ajouterai que l'on n'en sait rien. Quiconque a des yeux pour voir se rend compte que, le 4 août 19i4, c'est toute l'hérédité anglaise, par ses deux organes historiques, aristocratie, monarchie, qui s'est élancée. Qu'un tel élan soit possible chez nos voisins, il suffit : cela donne le droit d'affirmer qu'en temps ordinaire la supériorité de notre confédérée du nord-ouest serait certaine et accablante en politique étrangère. Quelques-uns veilleraient chez elle, quand nous serions tous endormis ou distraits. Or, confédération supposant quelque égalité, c'est un premier point délicat.

Seconde difficulté au sud-est. Au lieu que notre rôle dans la guerre a été purement défensif (ignoblement attaqués, nous avons usé du simple droit de défense), l'Italie est entrée en guerre, elle n'a cessé

de le répéter et de s'en prévaloir à très juste titre, par un acte de libre volonté politique. Comme on le voit dans un chapitre de la Guerre et Htalie, de Jacques Bainville, sa volonté nationale, son dynamisme directeur eurent pour organes les élites de la la nation groupées dans le plus énergique appel au roi contre les défaillances des partis de l'intérieur, contre ce qui fut appelé la trahison du parlement : aristocratie, monarchie, deux organes solides de politique extérieure subsistent ou plutôt se forment et se développent en Italie, face à notre « absence de prince », comme dit Anatole France, face à notre « trou par en haut », comme dit Marcel Sembat. De ce côté-là aussi, notre confédérée serait plus forte, mieux munie et m'eux organisée que nous. Seconde inégalité à notre détriment.

Non : nous ne pauvons éviter la réforme intérieure.

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