CONTRE L'AGRICULTURE
En effet au moment même où je lis au Journal sous la signature d'Edouard Herriot, sénateur et maire de Lyon, cette apostrophe à M. le sous-secrétaire d'État Joseph Thierry : « Vous savez les dangers QUE COURT xNOTRE AGRICULTURE », UU danger
inédit et d'une espèce assez nouvelle m'est signalé par un correspondant digne de foi :
1" Au bourg d'... dans l'Ille-et-Vilaine, on raconte chez les aubergistes, les fermiers et les paysans propriétaires qu'il ne faut pas cultiver la terre, parce ijuc cela prolonge la guerre, qu'il ne faut pas semer, cela est très important. On a dit également qu'il ne fallait pas souscrire à l'Emprunt, parce que le gouvcrnemeyit le donnait aux curés pour te porter en Allemagne.
2° Différentes lettres sont arrivées du front à... et à.... Elles étaient adressées par des cultivateurs à leurs femmes , leur recommandant de ne pas faire les semailles, ' parce qu'on leur avait dit que le seul moyen d'arrêter la guerre était de ne plus cultiver la terre.
Je n'ai pas besoin de dire que les noms de lieux supprimés sont tenus à la disposition des autorités compétentes.
Nos lecteurs savent comment celte campagne
honleiise a commencé. Ils voiciiL aujourd'hui com ment elle se développe. Quelle en sera la fin?
Il eût été bien facile d y couper court.
Le Boche de l'intérieur n'en serait pas à oser tenter ' d'arrêter les semailles et d'entraver l'emprunt s'il n'avait eu toute liberté de diffamer les presbytères et les chAteaux. Le? véhicules et les voies d'accès de la guerre religieuse, de la guerre sociale et de la guerre civile auront été les mêmes. Il faudrait avoir le courage de leur faire face simultanément à toutes les trois. L identification de ce même ennemi aurait pour j)rcmier effet d'économiser bien des efforts, bien du Icuips, bien des peines et de redoubler ce que Léon Daudet appello ia guerre d'appui.
Est-ce qu'on l'osera? Nous faisons des vœux fervents pour le succès de la démarche de M. Roulleaux- Uugage. Elle est inspirée par ce patriotisme lucide , (jui, en temps de guerre, devrait courir les rues, mais qui ne court même pas les couloirs du Palais- Bourbon.
26 janvier 1916.