‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 59 sur 221 · DE LA RUE DES SAUSSAIES · texte numérisé non relu

DE LA RUE DES SAUSSAIES

dessalé, compare aux prisons subies par le curé de Montalieu, coupable d'avoir prêché le dogme de l'expiation religieuse et philosophique, le bienheureux sort échu en partage à un anarchiste pourtant convaincu d'avoir tenté de débander nos soldats devant l'ennemi :

D'une part six semaines de prison pour avoir prêché ce que le président Wilson a écrit dans son message au commencement de la guerre, et qui a été reproduit dans tous les journaux; de l'autre, l'anarchiste reçu chez le ministre qui lui fait des compliments, lui dit qu'il pense comme lui, qu'un dossier redoutable a été réuni sur son affaire par le ministère de la guerre, mais qu'il l'a brûlé. Ils tombent tous les deux dans les bras l'un de l'autre en pleurant, pendant que les gendarmes emmènent le curé.

Aux environs de Rambouillet, il y a une ferme, sur le toit de laquelle en tuiles de couleurs on lit : € La Ruche » ; près de la porte de la grille, une perche avec un drapeau rouge.

C'est là que sont élevés les Sébastien Faure de l'avenir d'après les principes auxquels le ministre de l'intérieur rend de si beaux hommages.

Passant par là, mon attention avait été attirée par une grande fille de seize ans, les cheveux sur le dos, en chemise, jambes nues et courant après une vache. Elle n'avait rien d'une campagnarde. Un de mes amis, cuirassier à Rambouillet, m'apprit que, lorsque les exercices les conduisaient de ce côté, dès qu'ils étaient signalés, les enfants de la Ruche s'alignaient le long de la route et chantaient sur leur passage l'Internationale.

Une nuit, la Ruche prit feu, et l'on fut bien heureux d'aller chercher, pour l'éteindre, ces cuirassiers qu'on habituait les enfants à insulter.

Pendant que M. Sébastien Faure écrit des manifestes pour démoraliser nos soldats, ceux qui ont éteint le feu

de sa boîte sont encore aujourd'hui sur le front pourle protéger lui et ses pareils.

On donne sa démission de ministre de l'intérieur et l'on renonce à se faire accompagner par le cortège de ces cuirassiers de Rambouillet ou de leurs frères d'armes, quand on est assez sot pour ne pas distinguer le jeu de l'anarchie au service de l'Allemagne. Je n'imagine pas l'hypollièse oîi l'on serait assez inconscient pour avoir vu ce jeu, pour l'avoir pénétré et autorisé.

'2 février 1010.

Le ministre de la Guerre* a dû quitter la tribune française sous les interruptions de quelques furieux.

M. Brizon, ]\L iJarthe et leurs amis, s'ils en ont à la Chambre, se tromperaient en se figurant que leurs actes d'inconscience peuvent nous apporter la moindre satisfaction. Ils déconsidèrent le régime parlementaire, et ce serait un avantage appréciable en temps de paix : en temps de guerre, cette déconsidération s'étend au pays. L'accession de leurs folies au gouvernement de la France diminue la force morale, le crédit moral de la France dans l'univers. L'ennemi en est encouragé, l'allié presque aliéné, et le neutre incline dans un sens contraire à celui de nos intérêts. Ces intérêts français, ainsi lésés, lésés au cœur, nous préoccupent seuls. Il n'y a plus de place dans notre pensée pour le calcul des répercussions. Pour un instant, nous cessons de songer à l'avenir meilleur que de telles journées préparent : le devoir capital est un devoir présent.

On n'accusera pas M. le général Gallieni d'avoir adopté une attitude arrogante ni défiante envers le Parlement. C'était, dit-on, le cas de M. Millerand. Ce n'était toujours pas celui de M. le général Pau, dont le langage de 11JI5 avait été parfaitement calme et correct, mais que les interruptions de M. Chau-

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