‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 63 sur 221 · LA JOURNÉE DU 22 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DU 22 DÉCEMBRE

Nous sommes heureux de voir qu'un historien lucide comme M. Edmond Barthélémy du Mercure de France marque d'un caillou noir « la journée du 'ii décembre, » à propos de l'opuscule de M. Henri Welschingcr. Il faut lire au n« du 1^' février son excellent tableau des effets civils et militaires du funeste moment où furent réunies les Chambres :

Repuis la déclaration de guerre jusqu'à la fin de l'année 1914, et de là jusque vers le milieu de l'hiver 1915, il y eut, d'une façon ou d'une autre, chômage du Parlement. La situation était trop forte, les vérités naturelles qui président au salut d'un pays se dégageaient avec trop d'autorité. Mais les opérations de guerre devenant peu à peu moins pressantes, cela redonna quelque loisir, et la tribune en profita. Le Parlement, mù d'un esprit de corps qui ne pouvait lui permettre de s'effacer longtemps, reprit toutes ses encombrantes habitudes du temps de paix...,

... Projets de Comité secret, revendication d'un droit de contrôle étendu jusqu'aux choses militaires proprement dites, permanence, interpellations. Alors que tous les autres pays parlementaires ou néo-parlementaires, depuis l'Angleterre jusqu'à la Russie, ont plus ou moins fait plier les institutions représentatives sous la terrible nécessité du temps, alors notamment que les sessions ont été espacées ou même différées, — en France, le formalisme parlementaire ne fut jamais plus minutieux! Ils ne veulent pas en perdre une bouchée, dirais-je. Cela, cette intempérance de l'appareil parle-

mentaire et législatif, quand l'Allemagne est campée aux lisières de l'Ile-de-France! On me Ceùt dit avant la guerre^ je n'y eusse pas voulu croire!

Que la guerre ait imposé des tempéraments aux institutions représentatives partout ailleurs, et jusqu'en Angleterre, où M. Asquith rappelait, certain jour, aux Communes qu'on était tout de même en temps de guerre, c'est là un fait qui apparaîtra comme une démarche de la nature même. Et j'avoue de plus que le développement du pouvoir personnel, son accentuation si visible en ce moment dans les monarchies constitutionnelles des Balkans, me semble comme une autre opération de cette même sainte nature. Quand la tempête souffle, augmentez les pouvoirs du pilote, et ne le harcelez pas! Dans les moments sans exemple que nous traversons, le pouvoir exécutif, qui est concret et efficace, parce qu'il comporte toujours quelque chose de personnel, de réel, de vital, de pratique, un tel pouvoir sait mieux ce qu'il faut faire et le sait mieux faire que le pouvoir législatif. Ce dernier pouvoir, en France, et même en Angleterre, a-til rien empêché des événements désastreux des Balkans? Oui, qu'en at-il empêché, qu'en atil prévu? Rien, rien, rien! Alors pourquoi vouloir si fort occuper la scène, quelle utilité? Redisons-le : l'affaiblissement des formules constitutionnelles, le relèvement du pouvoir personnel, partout où les circonstances sont, en ce moment, particulièrement pressantes, est une des plus grandes démonstrations qui soient jamais issues de la nature des choses en ce qui concerne la vérité politique. Voilà ce qu'on se répète, devant l'activité intensive, absolument abusive, du principe de discussion chez nous, en cette période si climatérique de l'histoire du monde où le succès appartiendra à ceux qui sauront non pas discuter, mais agir.

S'il subsiste des têtes politiques en France, elles méditeront cette page. S'il y a des hommes d'action,

ils la recopieront pour la glisser dans la coifTe de leurs képis. Nos vicloires de 191 i onl été des victoires illégales el antirépublicaines. Notre piétinement de 1915, contraire aux règles de l'action, a été tout ce qu'il y a de plus conforme à la loi et aux prophètes du Principe de discussion, notre disgracieux souverain.

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