Tome I
146 l'invasion saxonne
avons dit et que Dieu vous garde, n'ayez pas peur. Michna leur fit un discours qui pouvait se résumer en trois mots ; sauve qui peut! Marradas trouvait le temps long; il y avait là deux à trois cents voitures qui embarrassaient la circulation et il ne cessait de crier : Place, place ' !
Sur le passage des Saxons, toutes les villes avaient ouvert leurs portes sans résistance. Arnim fit son entrée à Prague le 20 novembre. Le pays était en pleine anarchie : partout les anciens maîtres chassaient les intrus et les persécuteurs fuyaient, poursuivis par leurs victimes. La fureur de la foule se tourna avant tout contre les prêtres ; beaucoup d'entre eux n'étaient que de misérables jouisseurs qui avaient vu dans le sacerdoce un moyen de vivre grassement : comment en aurait-il été autrement et à quelle époque de l'histoire le clergé a-t-il été préservé par ses fonctions des vices de la société dont il sort? Ce n'était pas un type isolé que ce moine espagnol qui avait quitté son couvent pour venir chercher fortune en Bohême et qu'on avait nommé doyen de Kourjim; l'enquête officielle de i632 signale « sa conduite scandaleuse et ses débauches invétérées »; il avait eu deux enfants qui avaient disparu dans des conditions étranges; il entretenait une troupe de malandrins à la tête desquels il parcourait le pays et, sous prétexte de punir les hérétiques, enlevait aux paysans leurs vaches, leurs chevaux et leurs cochons '. Le doyen de Kourjim sauva sa vie, non sans peine.
Presque toute la région du Nord et du Nord-Est se souleva au cri de : Mort aux papistes ! Le mouvement se propagea jusque dans la Bohême méridionale où le catholicisme était cependant beaucoup plus solidement établi; sur le domaine de Slavata, les paysans coururent sus à quelques Jésuites qui avaient compté trouver là un