‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 22 sur 65 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, LOUISE, le domestique reste dehors.

RENÉ, qui est remonté près de la fenêtre .

Louise!...

jeinne, à part.

Cette femme ici!...

LOnsK, sans voir René.

I Bonjour, ma belle enfant... C’est bien vous qui êtes mademoiselle Jeanne Provins?

JEANNE

Oui, madame... (Louise vient s'asseoir près de la table.) Que | désirez- vous?

LOUISE

Je viens, mademoiselle, présenter nicj exawes ii madame

12 LA B0IS1ÊRK.

Mitre mère... Il y a Imii jour.-, moi el quelques amis, nous nous sommes an Otés chez vous, et nous y avions laissé un souvenir que vous avez renvoyé sur l’heure.

iimt.

C'était notre devoir, madame... ina mère et moi avons l'habitude de ne rien accepter de personne.

LOOftB.

J’aime cette fierté; elle me prouve quo les renseignemenis qu'on nous a donnés sur vous, sur votre position, sont vrais... et. en vérité me voici tout embarrassée pour vous dire quo touchéo du vos malheurs, ce n'est plus une modique somme que je tous apporte, mais bien uno petite fortuno pour vous que je vous supplie d’accepter. (Elle fui tend un portefeuille.) .

JEANNE

Pardon... mais je refuso encore... je refuserais d’une ainie !

LOUISE

C'est me dire quo je no suis pas la vôtre !

res k, t'avançant.

(lien, Jeanne!...

loi-iss, ae levant.

Monsieur René Noirel... Il mo semble, monsieur, qu’au lieu d'encourager mademoiselle Jeanno dans ses refus, vous feriez mieux de m’aider b les combattre.... car ces gens soûl pauvres, et.. .

RENÉ

Vous vous trompez, madame la comtesse .. Jeanne elsa mèro îool riches maintenant.

LOUISE

Riches T... Comment?...

RENÉ

Par moi, madame, qui dans huit jouis, serai le mari de Jeanne Provins.

LOUISE

Je ne comprends plus!... Vous ôtes riche, vous, et comment ?

RENÉ

Comment?... el qu'importe? pourvu qu’on le soit. N'cst-co pas, madame de Marennes? [Il va vert Jeanne.)

LOUISE

Oui, vous ôtes richol et j’aurais dû deviner votre nouvelle fui lune à tout l’orgueil qui s'est réveillé en vous.

rené fait asseoir /canna dant le fauteuil.

Lorsque vous ôtes entrée, madamo... c'est co quo jo disais à Jeanne : je suis orgueilleux... C’est la vérité, jo le suis assez pour n’uuhlier ni les injures ni les humiliations.

René!

LOl'ISR.

Laissez donc parler monsieur... Vous disiez?...

iienB, allant à Louite.

Tenez, madame, regardez bien cette jeuno ûlle; elle a vécu depuis dut ans dans la misère; elle a ramassé du bois dans tes forêts, elle s’est vêtue d’étoffes grossières... Eh bien! je veux que dans trois mois chacun s'incline devant sou élégance et sa beauté.... Jo veux que ses sa'.ons contiennent tout co que Paris renferme d’hommes distingués, do femmes à la modo... Je veux eu un mot qu'elle cclipse...

LOUISE, riant.

La comtesse Louise de Marennes, parbleu I

' RENÉ

Vous l’avez dit... (Il fait asseoir Jeanne , et semble ne plut faire attention à Louise.)

Louise, elle remonte.

Mais c’est rempli d’originalité celte pensée-là... et en vérité, si jo n’étais prise d’une soudaino pitié pour celte enfant... dont voire orgueil s’empare curamo d'un jouet qu’on liabille ot qu’on montre, j'aurais bien envie de vous laisser entreprendre cette lâche. ( bile redescend la scène.)

JEANNE

Madame I

LOUISE

Tâche difficile, car & Paris la beauté ne suffit pas.

RENÉ

Oh! le reste s'apprend si vitel Et l’or est un si bon maltxot...

LOUISE

Mais vous avez donc arrêté... le char de la fortune?... Vous avez donc dévalisé un coche !

RENE

Vous avez bien, vous, ma'ame, dévalisé un comte!

LOUISE

Monsieur René Noirel !

JEANNE

René... par grâce!

Ah! c’est h mon tour do prendre ma revanche... ot jo la prends brutalement... je ne suis qu'un paysan, après tout, et d'après vos insultes de l'autre jour, j'ai voulu savoir, Louise de Marennes, si vous aviez le droit de parlerai haut... et j'ai su qu’à quinze ans, vous vous nommiez Louise Bernard, fille d’un cultivateur au village de Dompierre... l'année suivante, vous épousiez le comte de Marennes dont vous aviez su vous faire aimer... comment?... cela vous regarde... mais, par malheur, ce comte n’était pas riche comme vous l'aviez cru d’abord. En vous donnant son nom, il vous avait tout donné... el cela ne vous suffisait pas. Lorsqu'il mourut, deux ans après, la comtesse Louise do Marennes, qui tenait à son nom, refusa d’épouser l’usurier Richardel, roturier s’il eu fut; mais il était riche, el sa fortune entière passa bientôt entre les mains de madame de Mareunes; et voici comment Louise Bernard ost dovenue comtesse et millionnaire.

LOuis r , aprèt un silence.

C’est tout, monsieur Rene Noirel?

RENE

Absolument tout... j’ai voulu vous prouver, madame, que Jeanne pourrait aussi bien que vous porter la dentullo cl la soie, el cela sans indignité!

Jeanne, allant à Louise.

Oh! madame, pardonnez-lui!

LOUISE

Merci pour co rnot*là... il vous vaudra un dernier conseil .. Jeanne, n’épousez pas monsieur René Noirel, si vous no voulez devenir un jour la plus malheureux des femmes 1 (Elle remonte au fond.)

JEANNE

Moi!

IOUISE.

Croyez-moi, Jeanne, vous ifôtes pour cet homme qu’un moyen do vengcauce, uno arme qu’il délaissera quand elle no sera plus utile... Encore une fois, n'epousez pas monsieur Noirel... il vous oublierait trop vite.

RENÉ

Pour vous, peut-être?...

LOUISE

Pour moi, justement, si je veux m’en donner la peine. .. Soyez donc franc, monsieur Noircit vous n'aiiuoz pas Jeanno Provins...

JEANNE

Oh! jo ne vous crois pas, madame, el jo lais bien pourquoi vous parlez ainsi.

LOUISE

Jo suis jalouse, n’csl-ce pas?... Ah! c'est ainsi... eh biou, mon enfani, tant pis pour vous; mais dans trois mois, monsieur René Noirel sera à mes genoux, me demandant son pardon et quelque chose de plus peut-être.

RENE, riant.

De l’amour?

LOUISE

Oui, monsieur, de l’amour.

JEANNE

Encore une fois, moi, madame, je no vons crois pas, ci dans huit jours, si René Noirel le veut, je serai sa (omme.

LOUISE

Prenez gardo.. i liu'accnsoil loin h l'hcuro do m’êiro marico par ambition, pour du l’argent... et plus tard, il serait bien capable de... (riant) ah! ah ! ali!... Ah çà, mais je m'admire, moi... je suis là à batailler depuis une heure avec vous. . Çm m’importo après tout... il faut vraiment n’avoir rion à fairo, et j’oublie qu’avant mon départ, nous devons assister à la fôto du pays... fôto que l’on du irès-origitialo... nous nous retrouverons à Paris... Mariez-vous, Jeanne, mariez-vous... Eli l mon Dieu! on peut bien risquer son bonheur pour faire sa fortune... Au revoir, ma belle enfant; au revoir. (ARcni.) .Monsieur. ( Elle tort par le fond.\

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