SCENE XX
Les Mêmes, BELLOTTF, puis GRINCHEUX.
bellotte, entrant sur les dernier* mots, au Carde.
Qui ça, ton Flandrin ?
lb garde, sèrêrefnvni.
De Montflanquin, mademoiselle Rcltolto Taupier.
BELiorn, t'inclinant.
Faites excuse, père Cliquet... (Changeant de ton.) Et qui que c’est que cYorigmal-là?
le carde, en colère.
Cet original-là... c'est le nouveau maître du château do Saint- Sauveur (il désigne l'horizon, et t'aperçoit qu’il n’est pas en t uej, quo l’on ne voit point d’ici... C’est notre maltro, entendez-vous, cet original-là I
BELLOTTK.
Eh ben ! dites donc, s’il vous entendait I la gouleusk.
C’est vrai que vous l’arrangez joliment I (On rit.)
LE CARDE
C’est bon ! c’est bon ! en attendant, tenez-vous ben, car M. do Moniflanquin est arrivé tout fraîchement d’avant-z-hier avec une troupe de Parisiens. Ils voitont chassor dons la forêt, et je voulons faire mon devoir. Tant plus qu'il y aura des délinquants, et tant plus qu’il dira : J'ai un bon garde... T’entends ça, la Bollotto ?...
BBLLOTTB.
Moi? oh 1 j’erains rien, faut m’y voir... Tenez, je prends une branche, et si elle ne fait pas claque, tout do suite, rien qu'en la regardant, je me dis : C’te branche-là, elle est verte... (A part, r umirant son couteau.) Faut la couper.
LE OARDR.
A la bonne heure! prenez exemple fur elle... (A Bellotte.) Quoique ça, si tu voulais ben quo je t’embrassions, lu pourrais couper.
BBLLOTTB.
Merci ! je ne coupe pas là-dedans...
LA COCLE USB.
T'as raison... fais comme moi... sous prétexte qu’il est garde champêtre... il veut toutes nous embrasser ce s’rin-là...
BBLLOTTB.
Et puis... quo dirait Grincheux ?
LA COULFCSR.
Tiens! à propos, où donc qu’il est ?
RRLLOTTB.
Oh! il no doit pas ôtro loin, niiez, il pleure dans quoique coin...
LA GOLLEUSE.
Drôîe d’amonreux quo t’as là... en v’Ià un arrosoir !...
BELLOTTE
Hein ! est-il achalant? Après ça, ce pauvro garçon, il m’aime tant!
la colleuse, riant .
Et tu l’aimes si peu 1
grincheux, entrant en pleurant et te grattant la tête.
Ah ! oh! ah! (Non entrée est saluée par d’unanimes éclats de rire. Grincheux s’arrête un instant, regarde autour de lui et recommence tes gémissements. ^
BBLLOTTB.
Veux-tu te taire, nigaud! [Elle U tecoue. Grincheux pleure une octave plus haut.) Voyons! pourquoi pleures-tu?
GRIKCBBUX.
Jo vous aime, Bcllotte!...
BP-LLOTTB,
Je sais ça... «
Et vous ne m’aimez pas, Bellottet •
BEU.OTTB.
Je sais ça aussi... (Grincheux la regarde un instant, puis tout i coup sc remet à hurler. Bellotte lui tourne le dos.)
LA COULBUSE.
Ah çà, mais, et Jeanne, et Marguerite, où son telles donc?...
BBLLOTTB.
L’olsclle et sa couvée sont dénichées depuis longtemps; la mère et la Hile étaient drès six heures à l’église.
U GOLLEUSE.
Pourquoi faire?
OELLOTTB.
Mais, pour remercier le bon Dieu d’avoir rendu la santé à Jeanne, qui a clé si affaiblie au commencement de cet hiver. . Quand je pense au désespoir dee'te pauvre Marguerite en voyant sa fille touto en Gèvre, ça me (end le cœur, foi do boisière !...
GRINCHEUX
En voilà deux êtres qui s’aiment! (A Bcllotte avec reproche.) Jeanne! v'ià une fille qui a du cœur t
LA COCLE USB.
Le* garçons n'en saront rien, toujours l
GRINCHEUX
Non, c'est vrai ! mais elle aime sa mère, tandis que vous... bellottk, un peu tristement .
Je n’a) jamais connu la mienne...
Mais on aime quelque chose, au moins.
bellotte, riant.
Eh ben! j'aime les pommes...
r.ntNCHEUX, rageant.
Ah ! oui I quo vous les aimez, les pommes, fille d'Ève...
BELLOTTE
Allons, pleure, et laisse-nous tranquilles.
LE GARDE
Ah çà, c’est donc vrai qu'elles aviont été à leur aise, ces boisièrcs-là ?
BBLLOTTB.
A leur aise? j’erois ben, à prouve qu’elles avaient du côté de Manemllc une ferme que si Grincheux en avait une commo ça, je l’épouserais tout de suite...
grincheux, rageant.
Il y avait donc des pommiers ?
BELI.OTTB.
Mais un jour... il y a treizo ans de ça, j’étais ben petite, — mais je ne l'ai pas oublié... un jour... c’est-à-dire une nuit, le feu a pris aux granges qu’en un instant tout était en flammes... on avait emporté Marguerite, mais on avait oublié Jeanne dans son berceau ; la pauvre mère 1a ctoyait sauvée commo elle; fallait entendre ses cris... elle était # qnasi folle... tout à coup, elle s'élance dans la ferme embrasée ; en ce moment une partio do la toiture s’écroule, et l’on ne voit plus Marguerite... on priait déjà pour le repos de son âme... mais la bonne Vierge veillait sur elle... car au bout d'une minute, Marguerite reparaissait avec son enfant dans ses bras... (Les larme* la gagnent, elle change tout ù coup de Ion, et dit gaiement.) Voilà comment elles sont devenues boisières...
grincheux, pleurant.
Pauvres femmes !
bellotte, s’essuyant le* yeux et gaiement.
T’es ben content d'avoir un prétexte pour pleurer, toi!
LP. GARDE
Qné dommage quo Grincheux n’étiont point à l’incendio de la ferme à Marguerit© Provins, il aurait tout éteint, rien qu’on regardant.
grincheux, rageant.
Qu’est-ce quo tu dis, toi? imbéri...
LE GARDE
Qué que c’est ?
GRINCHEUX
Rien.
LA COLLEUSE.
Allons, les boisières : il est temps d’aller au travail, mais, en même temps, souvenez-vous que c'est la fêle à Jeanne, aujour-
d’hui, et que, grâce au bon Dieu, H y a des coquettes et d» h porcc-ncige. (Tous se disposait à partir. — On emporte le feu.)
LE CARDE
Et autant de bois vrrt,auiant de procès-verbal... (si Bellotte.) Excepté pour loi, si tu veux m'embrasser.
cmncbecx.
Qu’est-ce qu’ü dit?
bellottr, riant.
Il dit qu’il veut m’embrasser.
GRINCHEUX
Qu’il s’en avise! je lui passe son fusil au travors du corps..
LA GOGLEOU.
Et tu feras bien...
le gardb. embrassant Bellotte.
Essaye donc!... ( Embrassant la Goûteuse.) Approuve-lo donc!...
GRINCHEUX
Ah ! si tu n’étais pas armé !... (Jl se remet à pleurer. Les Soistères entrent dans ta forêt, le Garde s'éloigne par la droite en poursuivant la Coûteuse qui lui redonne un soufflet . Bellotte va suivre les Boutera, Grincheux s'attache à ses jupes.)