‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 49 sur 65 · JEAN N F, RENÉ · texte numérisé non relu

JEAN N F, RENÉ

rené, à part, en entrant.

Je ne me suis pas trompé... C’est bien monsieur do Montflmquin que je viens de voir au bout de la rue. .. Qu’atlendait-il? Sortait-il d’ici?...

JBANNB.

Bonjour, René.

RtNÊ.

Bonjour. Il n’est venu personne ce matin t jbannb, à part.

Pas un mot à René» a-t-il dit.

RENÉ

Eh bien?...

jbannk, à demi-voix.

Non, mon ami.

■sut.

Est-ce que tu ne t’en aouvenais plus?

ISAM NB.

Pourquoi?

RENE

Parce que lu as été une heure A me répondre,

, JEANNE

Tu es pâle, mon ami... lu parais fatigué.

RENÉ

Je le suis en effet, j’ai passé la nuit au baL

J BANNE, timidement.

Chez qui?

rené, avec impatience.

Chez des gens que tu ne connais pas...

JBANNB.

Ah!

RENÉ

On devait me présenter au ministre.

Ah ! pour cette place que l’on te promet depuis deux mois.

RENÉ

Qu’est-ce que ça veut dire?

JEANNE

Mais, rien.

RENÉ

Si, si ! Oh ! je reconnais bien toutes ces petites tracasseries de femmes... Cota signifie que je fais des histoires, des mensonges pour pouvoir aller où il me plaît. Il me semble pourtant que je n’ai pas besoin de prétextes pour ça?...

JBANNB.

Non, sans doute, et enfin le ministro?

UNB.

Eh bien ! quoi? le ministre ?...

As-tu pu RH parier?

riné, embarrassé et avec un mouvement d'impatience. Non... il n’est pas venu.

JBANNB.

Tn seras plus heureux une autre fois.

RINB.

Je l’espère. Celte nuit mémo peut-être...

JEANNE

Ah ! cette nuit encore?

Eh bien 1 oui, cette nuit encore , perbleu ! Crois-tu <R*f c’est en reniant lù, «tans mon coin, que je me retirerai du bourbier où je me trouve ?

jbannb, timidement.

Mou Dieu !... mon ami, si je te dis cela, c’est que... ici, seule la nuit, j’ai peur!

Peur ! c'Mt joli ça. par exemple ! Tu n’aVais pa« pour dans te bois de Saint- Sauveur.

jbannb. ai-«5 care» se, t'efforçant de sourire .

Il n'y avait pas de voleurs.

RENE

Oh ! il n’y en a pas ici non plus. Mais que diable voudrais-u qu’on nous volât? (Poussant u» soupir d’ennui.) Ah 1...

JEANNE

As-tu faim?... Veux-tu que je...

rené.

Non, non, non!

JBANNB.

Tu u déjeuné?

RBN?.

Non, oui, je ne sais pas ; tu es fatigante avec tes questions.

JBANNB.

Laisse-moi t’en faire encore une II me semble que tu souffres?

Oui, j’ai la télé en feu.

JEANNE

Tu ne dors pas aisex.

RENÉ

Ça vient de ce que je ne dors jamais.

jeannb, fui passant doucement la main sur le front.

Ce si U que lu as mal?

RENÉ

Ah cb, tu m’écorche» le front; qu’est-ce que tu as donc aux doigts?

jeaneb, avec un trute sçmrirt.

Ce sont des piqûres d’aiguilles. (Elle lui tend la main.)

rf.nê, après avotr jeté un coup d'œil.

C’est diablement laid! (/tonna porte te main à tapmlnne cl te détourne pour cacher une larme.) Eh bien I quoi T yu est-ce que tu as?

JRANNB.

Rien, rien.

RENÉ

Allons! bon! dos larmes H présent! (/I remonte au fond.)

jba.nne, éclatant en sanglots.

René, laisse-moi retourner auprès do ma mère...

RENÉ

Pourquoi faire?

Je fen prie.

RENÉ

Ah çè, qu’est-ce que c’estque ces tuiles-Ü?... que signifie cette lubie?

JEANNE

11 y a six mois que je ne l’a» vue, René!

RENÉ

Mais enfin, k propos de quoi me dis-tu ce!*? k propos de piqûres d'aiguilles?-., c'est inouï 1 je rentre tranquillement t e ne demande que la paii, et voila une sièno, de. UrmwlÜu Ht r„gu ont donc toute, les femmes do bo crucifier ainsi 1 jbannb, s'asseyant.

Laisse-moi retourner cher ma mère 1 rENB.

Oui... pour aller te plaindre de moi, n’est-ce pas?... Avec ça que ta mere m’aime déjà, ça fait peur ! Eh bien, je ne risquerais rien arec vous deui, cet hiver i la velllee, on patlmtr do moi comme du loup garou, et k la foire prochaine etl tendron d, s petite Noirci k .«prise peur faire peur eus enfanu...

j sasne, que sa douceur commence d abandonner.

René, ma mère n'est ni Mie, ni méchante, entendez-vous?

RENÉ

Bêle? oh! non, elle ne l’est pas, elle est fine au contraire comme une paysanne qu’elle est I

jeanne, avec amertume.

Comme uno paysanne qu elle est ! Eh bien, oui, elle est paysanne; je suis paysanne aussi, moi; pourquoi niuvez-vous prise ?

Ah! je ne uà pa*, exemple.

JBAim b, datit ses dénis.

Je le sais bien, moi .

RENE

Kxpliquoi-vous.

Non...

Je le veux !

j banne, avec crainte.

rené, avec colère.

jbanne, se montant par degrés au milieu de tes larmes.

Eh bien! moi. je veux retourner auprès de ma mère.

RRK8, avec un calme dédaigneux.

Vous ôtes follet

Jeanne, te radoucissant.

Mené* je te jure que je ne me plaindrai pas, que je dirai à ma mère quo tes affaires te retiennent à Paris, et que tu ne peux pas le quitter.

«ni

Et je vous dis, moi. que vous no saurez pas tenir votre langue, ni résister au désir de vous poser en victime, et que tout le pays hurlera après moi, et que madame Marguerite arrivera ici avec ses gros sabots, qu’il me faudra entendre ses criailleries, et finir par l’envoyer à tous les diables, et c’est ce que je veux éviter. Par conséquent, vous resterez ici, et vous no lui écrirez pas. Pnut-ôtre Pavez-vous fait déjà malgré ma defense; mais, en co cas, tant pis pour votre mère, je vous en préviens. Mais en voilé assez, qu’il no soit plus question de lout cela. {Un temps. Jeanne pleure m silence. Il retourne à ton bureau. ) Est-ce qu’il n’y a plus d’argent ici?

jeannb vide sa poche sur la table en essuyant ses larmes. René,

après y avoir donné un coup d'art l. tire un louis de sa poche

et le jette sur la table. Jeanne, après un mouvement douloureux. Merci, René. On me payera demain.

RENE

Comment? on vous payera? vous travaille» donc pour de l'argent à présent?

jeannk, étonnée.

Mais, sans doute.

RENÉ

Ah! je m’explique ces piqûres d’aiguilles ; mais vous savez que je n’enteods pas que vous alliez dans des magasins... je ne me sourie pas que l’on vous renconire en grisolle. Je ne veux pas, enfin, que l’on puisse dire : La femme de René Noirel travaille pour vivre.

JEANNE, comme à elle-même.

Ahl c'est trop fort!...

RENE

Vous avez entendu ? je ne le veux pas ! {Il va reprendre son chapeau.)

Jeanne, éclatant.

Eh bien, moi, je ne veux pas vivre d’emprunts plus longtemps. J’ai mon orgueil comme vous avez le (dire; et je ne veux plus du pain que vous jettent vos amis et vos usuriers I rené, avec colère.

Jeanne... vous oubliez que je suis le maître ici.

jnannb, avec des larmes.

Lo maître !. .. Oui, c’est vrai I ... car vous me traitez comme une servante!... et tenpz, ce louis, reprenez-le... Jeanne la paysanne no veut pas de votre aumône. (Elle jetle le louis à terre.) rené, rentrant avec fureur.

Indolente! . . • (Il lui saisit le bras ; dans ce mourement la manche de la robe de Jeanne se trouve déchirée.)

J banne, avec un cri .

Ah!...

rené, se calmant tout à coup, avec ironie.

Ecrivez donc à voire mère que je vous ai battue !... (Il entre avec colère dans la chambre d droite.)

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