SCÈNE PREMIÈRE
LA MÈRE LORRAIN, puis- GEORGINA.
LA MK RE LORRAIN, seule, époussetant les vases qui sont sur ta
commode.
Je sais bien que c’était en 1819... et que, de 1819 à maintenant, ça fait du temps, faut être juste... mais c’est égal, à-c’le époque-là, les jeunes gens étaient plus rassis qu’aujourd’liui... Quand je dis plus rassis, je veu.x dire qu’ils étaient moins... C’est pas mon prétendu, défunt Lorrain, qui,, à la veille de se marier, aurait eu la chose de... (On entend frapper h la porte du fond.) Tiens! on frappe!... (Criant d’une voix de fausset.) Entrez! (Elle pose le plumeau sur le guéridon.)
GEORGINA,* entrant par le fond en élégante toiletta du matin.
Mademoiselle Francine, la couturière?
* Georgina, la mère Lorrain.
LA MÈRE LORRAIN
C’est ici) madame... même que je suis sa grand’mère.
GEORGINA
Ah ! madame Lorrain... dont elle m’a parlé bien des fois.
LA MÈRE LORRAIN
Vraiment?... Cette chère enfant!... Mais sans être trop curieuse, qu’est-ce qu’il y a pour votre service?
GEORGINA
Je viens pour un domino qu’elle a promis de me rendre aujourd’hui...
LA MÈRE LORRAIN
Un domino bleu?... C’est donc à m’ame Georgina que j’ai l’honneur de parler?
GEORGINA
Précisément.
LA MÈRE LORRAIN
M’ame Georgina qui demeure dansc’te maison... à l’entresol?... une écuyère de l’Hippodrome?
GEORGINA
C’est çà même.
LA MÈRE LORRAIN
Excusez-moi si je ne vous remettais pas d’abord... N’ayant jamais eu le plaisir de vous voir... Et puis, je me figurais qu’une écuyère, ça devait avoir des cravaches, des éperons, des cerceaux de papier pour passer par au travers.
GEORGINA, souriant.
Ohl pas toujours!... nous les laissons au théâtre.
LA MÈRE LORRAIN
Moi qui vous parle, j’ai connu les Franconi... les vrais!... c’était en...
GEORGINA, rinlcrrotepant .
Pardon!... je suis un peu pressée... Est-ce que votre petite-fille n’est pas ici pour le moment ?
LA MÈRE LORRAIN
Mande excuse!... Elle est dans sa chambre... Veuillez vous asseoir. Je vais l’appeler. (Appelant.) Francine! Francinel...
FRANCINE, en dehors, à droite.
Voilà, grand’mère, voilà!... Je donne à manger à mon serin!...
GEORGINA, qui g’est assise dans le fauteuil.
Ah 1 elle a un serin?
LA MERE LORRAIN
En attendant qu’elle ait un mari.
GEORGINA, riant.
Ça fait prendre patience.
LA MÈRE LORRAIN, riant aussi.
Hél hé !... Comme vous ditesl... mais tenez!... Je l’entends... La voilà qui vient... en roucoulant, comme à son ordinaire... Je vas la faire taire...
GEORGINA, se levant.
Au contraire, ne l’interrompez pas!... j’aime beaucoup à l’entendre.