FRANCINE, CLAMPIN
FRANCINE, à part.
Comment! il s’assied!... sans seulement faire attention à moi!... Eh bien! c’est poli!... je n’ose pas lui parler... cependant, il le faut... allons du courage!... (So levant et s’approchant un peu et trèsdoucement.) Monsieur...
CLAMPIN, levant la tête.
Hein?... quoi?... (Brusquement.) Yous éles encore ici?... FRANCINE , il part.
Quel ours I (Haut.) Pardon 1... j’avais quelques mots à vous dire...
CLAMPIN
A moi? (il so remet k compulser ses dossiers.)
FRANCINE
C’est môme pour ça que je suis entrée.
CLAMPIN, sans lever les yeux.
Ah!... De quoi s’agit-il?... parlez vite... je suis occupé...
FRANCINE, à part.
Quel petit ton encourageant !
CLAMPIN
Eh bien! voyons, est-ce pour demain? Est-ce que vous êtes muette?...
Muette?... moil... plus souvent!...
CLAMPIN
Alors, parlez!... expliquez-vous!
FRANCINE, cherchant h prendre un peu d’assurance.
Mon Dieu, monsieur, voilà!... je viens... pour un billet.
CLAMPIN
Quel billet?
FRANCINE
Un billet de deux cents francs.
CLAMPIN
Souscrit par?
FRANCINE
Monsieur Sosthène Robineau.
CLAMPIN
Ah! bon!... je sais... (Cherchant le dossier.) Deux cents francs de capital... quatre-vingt dix-sept francs cinquante centimes de frais.
FRANCINE
Ah! mon Dieu!... tant que ça!
CLAMPIN
Parbleu!... si vous croyez que le papier timbré ne coûte rien... Il y a eu protêt, assignation, jugement, dénonciation, commandement... voici les pièces... tout est en règle. — Vous venez pour payer?
Non.
CLAMPIN
Comment! non!... Alors qu’est-ce que vous voulez?
FRANCINE
Je voulais vous prier... vous supplier...
LA BQITE AU LAiT.
CLAMPIN
Bon ! boni... Je connais cette chanson-4àI C’est du temps que vous demandez? Impossible ! s’il fallait accorder des délais à tous les mauvais payeurs...
FRANCINE
Monsieur...
CL AM P IN, avec impatience.
Ah! en voilà assez!... J’ai affaire...
FRANCINE, à part.
Comment l’apprivoiser?...
Si d’ici à vingt-quatre heures le débiteur n’a pas payé, on saisira.
FRANCINE
Une saisie!... Ah! miséricorde!... (Poassant descris.) Ah!... Ah!.. Ah!... (EUe se laisse aller sur la chaise qui est contre le bureau.)
CLAMPIN, se levant.
Eh! bien!... Quoi donc? une attaque de nerfs!... ici!... dans mon étude!... (s’approchant d’elle et avec colère.) * Saperlotte ! . . . Mademoiselle... (La regardant et changeant de ton.) TietlS-! elle est gentille!... Je n’avais pas remarqué d’abord... (ii im prend la mlUn.) La main douce et potelée... (Francine, comme prise d’un mouvement nerveux, avance le pied.) Un pied charmant!... Eh! eh!... elle est fort bien, cette petite... (Lui tapount les mains. — Haut.) Voyons, mon enfant, revenez à vous...
FRANCINE, à part.
Je crois qu’il se radoucit!
, CLAMPIN
Ouvrez ces yeux... ces beaux yeux... (Francine les ouvre peu h peu. à part.) Très-beaux, ma foi!... le droit surtout^ Que diaolre! on n’est pas si diable qu’on en a l’air...
* Clampin, Francine.
FRANCINE, à part.
Ça marche !
CLAMPIN
Vous vous intéressez donc bien à ce jeune homme?
FRANCINE, d’ane voix dolente et se levant.
Ce n’est pas un jeune homme.
CLAMPIN
Ab!
FRANCINE, de même.
C’est mon oncle.
CLAMPIN
Votre oncle?
FRANCINE
Un oncle qui m’a élevée, qui m’a servi de mère.
CLAMPIN
Vraiment?...
FRANCINE, avec attendrissement.
Un bien brave homme, allez... qui a eu des malheurs.
CLAMPIN
Des malheurs!... Oui, nous connaissons ça.
FRANCINE, d’une voix brisée.
Ruiné, Monsieur, ruiné... par quatorze faillites! !...
Quatorze faillites!... Comment, il a fait quatorze fois faillite? Mais, alors, il doit être à son aise...
, FRANCINE, même jeu.
Ce n’est pas lui... c’est quatorze faillites qu’il a supportées. -
CLAMPIN
A la bonne heure !..,. Je disais aussi !•.■
F R A >• C I X E sanglotant .
Il a tout perdu... tout!... tout!... tout!...