SCÈNE V
POUPARDET pBi* FRANCINE.
POÜPARDET, soûl, regardant Annette sortir.
Charmante I... très-réussie!... cette soubrette a de l’œil!... Elle m’est sympathique.-.. (S’étendant sur le canapé.) Et si je n’étais pas si follement ^ris de la charmante écuyère... Quelle grâce!... Quelle suavité!... Décidément, il n’y a que ces sirènes-là pour vous captiver, (il reste absorbé dans son extaso araonreuso. Francine paraît b la porte de droite. Elle est vêtue dn domine bleu et masquée.)
FRANCINE, b part, soulevant légèrement son loup, de manière b montrer son visage au public, et se remasquant ensnite
Le voici!... Allons, de l’aplomb! (Venant s’appuyer sur l’épaule do Poupardei. (Haut.) Monsieur le baron, je suis prête.
POUPARDET, se levant.
Ah!.,, c’est elle!... (Lui baisant la main.) Enfin, belle dame, vous voilà!
fraNcine.
Armée de piedjen cap!
POUPARDET, la regardant.
Charmante!... très- réussie !...
' FRANCINE, affectant les airs d’une grande dame.
Mille pardons de vous avoir fait atténdre, monsieur le baron...
Monsieur le baron!... quel ton glacial !
FRANCINE, b part.
Il paraît que dans la maison on le traite plus familièrement. (Haut.) Mon cher baron...
POUPARDE T.
A la bonne heure!... Mais permettez-moi d’abord de vous offrir ces fleurettes...
* Poupardei, Francine.
FRANCINE, prenant le bonqnet.
Comment!... un bouquet!... Vous avez songé?...
POUPARDET.
Ne suis-je pas votre chevalier?... Chevalerie oblige!... Ah ! ça, partons-nous?
FRANCINE
Certainement, partons!... (se ravisant.) Ah! mais, auparavant... mettez-vous là, baron... (Elle lui indique la toilette.)
POÜPARDET, étonné.
Hein? (il s’assied près de la toilette.)
Prenez cette plume. (Elle passe de l’anlro côté de la toilette.) POUPARDET.
Cette plume, chère belle... et pourquoi?
FRANCINE
Vous allez me signer une place d’employé dans vos bureaux. POUPARDET, refroidi.
Une place? mais il n’y en a pas!... les cadres sont complets I... FRANCINE.
Bah! ces cadres-là sont des passe-partout.
POUPARDET.
Pardon!... Mais le conseil d’administration me reprochait, aujourd’hui encore, d’entraîner la compagnie dans de trop grands frais...
FRANCINE, tendrement.
Vous êtes si généreux!.,.
POUPARDET, avec complaisance.
C’est vrai, je me laisse aller... Et puis...
FRANCINE
Après ça, un pauvre petit emploi de quinze ou dix-huit cents francs... Ça ne tiendra pas beaucoup de place dans vos cadres.
POUPARDET, se levant.
Non, non... désolé, mais vrai, c’est impossible 1
FRANCINE, portant la main & son lonp et passant k gauche.
AhI prenez garde! .. Si j’ôte ce masque, je ne le remettrai pas.
(Elle met le bouquet sur le guéridon.)
Ipoupardet *.
Quoil vous refuseriez de venir au bal?...
FRANCINE
Oui, si vous refusez de m’accorder cette place.
POUPARDET.
Quel caprice!
FRANCINE
C’est possible!... On n’est pas jolie femme pour rien,
POUPARDET.
Mais enfin, pourquoi tenez-vous donc tant...
FRANCINE
Pourquoi?... je vais vous le dire... Hier, j’étais chez une de mes amies...
POUPARDET.
La belle Josépha?
FRANCINE
Justement.
Charmante femme!... très-réussie!...
FRANCINE
Elle me disait : « Le baron est votre adorateur?... il n’a rien à ,» refuser à vos beaux yeux... » J’ai'répondu : «C’est vrai! » Alors, elle m’a demandé une place... pour un jeune homme de, ses
* Froneine, Pourpnrdel.
parents, je crois... un de ses cousins qui ajltend un emploi pour
se marier.
POUPARDET.
Eh bien?...
FRANCINE
Eh bien... j’ai promis... et refuser à présent, manquer à ma parole... Songez-y donc, baron...
Air de Gil Blas.
C’est dire que Je ne possède Nul attrait précieux,
Nul prestige à vos yeux!...
C’est avouer que je suis laide,
Sans esprit, sans pouvoir !...
En un mot, c’est déchoir !
Oui, pour moi, c'est déchoir ! (ht*.)
Dans l’effroi qui me glace.
Pourquoi tant que cela Je tiens à cette place?...
Le voilà!
POtJPARDET.
Je comprends!
FRANCINE
Et vous consentez?...
POUPAEDET, hésitant.
Mais je VOUS répète... ^
FRANCINE, portant la main à son masque.
Ah ! prenez garde !
POUPARDET.
Encore cette menace!...
FRANCINE
Si dans deux secondes vous n’avez pas dit : Oui... méfiez-vous!
POUPARDET.
Allons, soit!... Il faut bien faire tout ce que vous vmilez.
FRANCINE
A la bonne heure 1
Demain, vous aurez cette nomination.
FRANCINE
Oh 1 non... pardonl... Ce n’est plus ça du toutl...
POUPARDET.
Gomment?
FRANCINE
Il me la faut tout de suite... avant de partir... sans quoi... (Elle porte la main à son masque.)
POUPARDET.
Mais...
FRANCINE
Pas de mais I
POUPARDET.
Permettez...
FRANCINE
Je ne permets rien!...
POUPARDET.
Quelle femme 1... (La reganiant.) Mais elle est si réussie 1... (Allant s’asseoir devant la toilette.) Eh bien I VOyons, quel est le nom de ce beau protégé?... (u se dispose k écrire.)
FRANCINE, feignant de chercher.
Attendez donc... Monsieur... monsieur... Un drôle de nom!... M. Sosthène Jobi... non, Robineau.
Sosthène Robineau... (u écrit.)
FRANCINE, h part.
Enfin I
POUPARDËT, riant.
Le fait est que voilà un nom...
FRANCINE
Étonnant!...
POUPARDET, riant.
Très-réussi! (Se levant et remettant le papier.) Tenez!... Etes-VOUS satisfaite ?
^ FRANCINE
Vous êtes un homme charmant! (Annette entre par le fond et deicend prêt de.la toilette.)
POUPARDET. *
Et maintenant, au bal !...
' FRANCINE
Au bal !... (a part.) Je me débarrasse de lui, et je (reviens I [Elle reprend le bouquet et sa boite au lait dans laquelle elle met le papier et qu'elle cache tous la pèlerine de son domino.)
POUPARDET, offrant le bras à Francine.
Partons.!...
FRANCINE
Partons I
POUPARDET, avant de sortir.
Charmante!... très-réussie!... (ils sortent par le fond; musique h l’orchestre jusqu’à la fin de l’acte.)