MISTIGRIS, ADALBERT
ADALBERT, dans la chambre h droite, appelant.
Misligris!... Misti... (Entrant) Ah! ça, répondras-lu?...
MISTIGRIS
Pardon, bourgeois... mais c’est ce diable de nom de Mistigris que vous m’avez donné...
AQALBERT.
Le tien était stupide!... Edmond!... on ne s’appelle pas Edmond dans les arts... Tout rapin se nomme fatalement Mistigris, Moustique ou Gargantua... Préfères-tu Gargantua?
MISTIGRIS
Ça m’est égal, bourgeois.
ADALBERT
D’abord, si tu ne veux pas que je te pende haut et court jusqu’à ce que mort s’ensuive, ne me dis plus bourgeois! Un photographe est un artiste... les grands artistes sont des maîtres... donc, tu dois m’appeler maître... Comprends-tu, rapin?
MISTIGRIS
Oui, bourgeois.
ADALBERT
Ah I triple animal! si je n’étais pas si pressé, je t’infligerais les plus affreux supplices... je le retiendrais trois francs sur ton mois...
tlISTIGRIS, pleurant.
Alil bien, nonl... Ah I bien, non, là! qu’est-ce qu’il me resterait?
ADALBERT
' Allons, cesse de geindre... et donne-moi les épreuves des cartes, que j’y jette un coup d’œil... (Mistigrie lus prend dans le secrétaire et les lui donne.— Les regardant.) Comme c’esl pur 1 . . . comme c’est éclairé !... Ce n’est pas une carte de visite, c’est une œuvre... c’est un tableau... c’est un petit Meissonnier. (Mettant les cartes sur le divan et 7 prenant deux- antres photographies.) Tiens, Mistigris, porte ceci chez l’encadreur.
MISTIGRIS, prenant les photographies.
Chez l’encadreur? oui,jnailre. ;
N ADALBERT
Tu diras en même temps au concierge de ne laisser monter personne... J’ai à sortir... Il faut que je m’habille.
MISTIGRIS
Compris!... àChaillot, les gêneurs! (11 sort parla gauche.)