scène: III
MADAME DR CHAKMR^ prtVnlanl.
Le général Carillac,..
MOVriDV, bas.
Un général étranger^ au service du Chili... un tireur qui tuerait une mouche au vol.
MADAME DE CHARME^ présentant.
Monsieur Claudin^ banquier...
MONTIDY^ bas.
Ne rien lui emprunter... 11 ne prêterait rien.
MADAME DE CHARME
Monsieur. . . Messieurs. . . (On s^assied. )
MONTIDY.
Maintenant^ chevalier^ dites vous-même à ma cousine^ qui n'y croit pas encore , ce qui a provoqué mon retard de co
matin. (U est debout derrière le sofa.*)
MADAME DE CHARME
Montidy nous a parlé d'un affreux malheur... Vous avez donc vu tomber cette pauvre créature ?
LE CHEVALIER
Elle Bpus a presque touchés^ madame ; un pas de plus , nous étions dessous.
MADAME DE CHARME^ à part.
Dessous!... (Haut.) Et c'est vous qui l'avez relevée^ monsieur?...
LE CHEVALIER
Avec l'aide d'un ouvrier... oui^ madame... Les uns fuyaient... les autres restaient là immobiles... Nous l'avons relevée^ nous l'avons déposée dans une boutique... Voilà tout.
MADAME DE .CHARME^ à part.
Voilà tout!... (Haut.) Et^ à ce qu'il paraît^ monsieur, vous avez conservé pendant toute cette affreuse scène un sangfroid vraiment rare ?...
* citadin, Montidy, madame de Charme, le Chevalier, CarilUc.
li LA BOITK D'ARGENT
LR CHEVALIER.
J'ai un grand sang-froid, madame.
MADAME DE CHARME, à part.
Il est horrible!
CARILLAC.
Du sang-froid, quand une pauvre femme se tue, près de vous, sous vos yeux!
LE CHEVALIER
Monsieur, il y avait deux choses à faire : ou s'émouvoir, ce qui était inutile... ou la secourir, ce qui était charitable. Je Fai secourue... vainement... mais enfin, je l'ai secourue, quoiqu'elle eût failli me tuer en ton[ibant.
Vous vivrez longtemps, monsieur!
LE CHEVALIER
Je l'espère, madame; je me porte à merveille, et c'est là l'essentiel pour vivre. En dehors de la santé, il n'y a que les émotions qui tuent... rien ne m'émeut... Oui... je vivrai longtemps I...
MADAME DE CHARME
Ce que l'on nous a dit est donc vrai, monsieur?... Vous êtes parvenu à vous rendre insensible à tout?
LE CHEVALIER
A tout et à tout le monde, je le crois. Je n'aime personne et je ne hais personne... Je me laisse vivre indifféremment, insensiblement : ni efforts, ni faiblesses, ni passions. La vie est longue... le chemin est rude... Je ne cour^ pas, je me promène, et j'arriverai au bout de la route en ne regrettant rien ni personne.
CAKILLAC.
Vous ^tes un hommc-procige!
LE CHEVALIER
Mais non... Je ne veux pas vous laibser croire à ua miracle... je vous dirai la vérité... la vérité pure. . Il s'agit de la chose la plus simple... c'est à la portée de tous les hommes,