L'EGLANTINE
Pour ravir rÉ^laiiLine rose Us sont partis par les bois verts.
L'un s'appelait Jacques-la-Prose, L'autre s'appelait Jean-le-Vers.
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturki, landerirette, Les naïfs et les subtils, Ceux qui cherchent la fleurette La trouveront-ils ?
Carré de taille et de caboche,
Les poings durs, semeurs de dégâts.
Malgré son nez en fer de pioche Jacques-la-Prose est un beau gas.
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette, Son rude et fougueux baiser, Gomment feras-tu, fleurette, Pour le refuser ?
Malgré ses yeux de pauvre Gille, Pleins de rêves liustuberlus, Le corps mince, l'allure agile, Jean-le-Vers n'est pas laid non plus.
Vive le coq et son aigrette.
Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette.
Quand il est près d'un jupon.
Pour conter tout bas fleurette, A lui le pompon !
Avant de courir l'aventure, Tous deux se sont lestés avec, Jean-le-Vers, de la confiture, Jacques-la-Prose, du pain sec.
Vive le coq et son aigrette.
Le coq gaulois à double crête !
PROLOGUES -J I
Lanturlu, laïuierirette, Ainsi les deux frères vont Au pourchas de la fleurette Dans le bois profond.
La viorne, l'épine et la ronce
Barrent les sentiers aperçus.
En vain !... Jacques-la-Prose y fonce ;
Jean-le-Vers bondit par-dessus.
Vive le coq et son aigrette,
Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette,
Soit du pied, soit de la main,
Ils se font vers la fleurette Chacun son chemin.
Enfin, au cœur d'une clairière,
Les yeux en pleurs, le cœur en sang.
Voici qu'ils ont vu l'empérière
Au diadème éblouissant.
Vive le coq et son aigrette,
Le coq gaulois à double crête I
Lanturlu, landerirette,
L'un comme l'autre têtu,
Tous deux ont crié : « Fleurette, « Lequel choisis-tu ? »
Et longtemps l'Églantine rose, Les trouvant beaux, quoique divers, A regardé Jacques-la-Prose Tout en regardant Jean-le-Vers.
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette, On comprend dans un tel cas L'embarras de la fleurette Entre les deux gas.
Quel est des deux le plus fier mâle, Aux baisers les plus éperdus ?
Le fort, ou le doux ? Rouge, ou pâle ? Muscles gonflés ou nerfs tendus ?
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette, Vous, ma mignonne aux yeux fous, Si vous étiez la fleurette, Qui clioisiriez-vous ?
La Rose, eUe, ne sut que faire
En se trouvant au milieu d'eux.
Et dit : « Celui que je préfère,
« Je crois bien que c'est tous les deux,
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette, Que de femmes, qui pourtant Vont condamner la fleurette, En feraient autant !
Et donc rÉglantine conquise
Dit : « Soyez tous deux mon vainqueur^
« Et partagez à votre guise,
« En vrais et bons frères, mon cœur. »
Vive le coq et son aigrette.
Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette,
Cela s'appelle, jecrois,
0 l'immorale fleurette, Un ménage à trois.
Et c'est vrai ; l'Églantine rose Depuis lors en ses jeux pervers Des baisers de Jacques-la-Prose Passe aux baisers de Jean-le-Vers.
Vive le coq et son aigrette.
Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette,
Et pourtant chacun se plaît A dire de la fleurette :
« C'est à moi qu'elle est. »
Car pour lui chacun a pris d'elle Ce dont il fut énamouré ; Et nul ne la trouve infidèle, La possédant toute à son gré.
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette.
Pour la Prose et pour le Vers Le môme cœur de fleurette C'est deux univers.
De ses caresses assassines Jacques-la-Prose le goulu Mange à pleines dents les racines Et se juge à bon droit l'élu.
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette, La sève en rouge liqueur Ne vient-elle pas, fleurette.
Du sol à ton cœur ?
En des caresses moins brutales Jean-Ie-Vers, longuement pâmé Aux lèvres pourpres des pétales, S'estime avec raison Taimé.
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette, Sur tes pétales ouverts C'est bien ton ame, ô fleurette, Que boit Jean-le-Vers.
Mais si de l'Églantine rose
On veut être l'unique amant.
Il faut qu'on soit Jaeques-la-Prose
Et Jean-le-Vers ; car autrement...
Vive le coq et son aigrette,
Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette,
On n'aura su lui poser,
A la divine fleurette, Qu'un demi-baiser.
Tandis qu'on a tout son mystère, Etant, sur et sous le sillon, Jacques-la-Prose ver de terre Avec Jean-le-Vers papillon.
26 LA BOMIJARDE
Vive le coq et son aigrette, Le coq gaulois à double crête !
Lanturlu, landerirette, C'est dans Fespoir hasardeux De Savoir toute, ô fleurette, Que je suis les deux.