‹ La bonne Hélène; comédie en deux actes en versChapitre 31 sur 32 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

On souffre, on fait souffrir : supplice sans rachat! Tels, dans un sac cousus, la vipère et le chat.

Et l'Amour, de ses mains démentes, Plonge au sein des amants les sinistres couteaux, Et brise sur les rocs ou suspend aux linteaux

Les beaux corps des pâles amantes...

Ce n'est pas moi, mais c'est mon fils, le sombre Eros, Qui, changeant les amants en mutuels bourreaux,

Leur souffle cette acre folie.

Eros est grave et triste : il rêve on ne sait quoi Par delà le réel... — Je suis très simple, moi,

Et n'ai pas de mélancolie.

Et pourtant j'entrevois dans l'avenir un jour Où l'amour passera pour péché fpauvre amour !)

Si l'hymen ne le réglemente.

Dans trois mille ans, qui sait? aux hommes assemblés L'aventure ingénue où vous fûtes mêlés

Pourra paraître inconvenante.

Venus au monde avant l'âge des plumitifs. Vous avez l'heur de vivre en des temps primitifs,

De morale encore incertaine :

Profitez-en ! Fuyez les soucis superflus. Et quant à toi, belle Hélène, ne rougis plus

D'avoir été la bonne Hélène

HÉLÈNE, à Paris.

Tu vois bien !

PARIS, maussade.

Oui.

Cela t'ennuie, ô mon amant ?

PARIS, de même.

Oui.

HÉLÈNE

Pourquoi ?

PARIS

Sur mon temps j'avance apparemment ; Et c'est dans trois mille ans, moi, que j'aurais dû naître.

PRIAM

Vénus a bien parlé, l'on doit le reconnaître.

Oui mieux que nous, les dieux, ainsi qu'il est normal,

Distinguent la limite et du bien et du mal.

Leur regard embrassant les mondes et les âges,

Seuls les Olympiens sont clairvoyants et sages...

Mais qui de nous (ce point me revient à l'esprit).

Offrant le sacrifice à notre foi prescrit,

Sauvera la cité dont nous avons la garde?

Quelle main et quel cœur assez purs...

VÉNUS

Qui? Regarde.

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