‹ La bonne Ste AnneChapitre 19 sur 71 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

Sommaire : i. — Marie dans le Temple : le vSeigneur la prépare aux afflictions. 2. — Acceptation magnanime de Marie. 3. — Bile reçoit l'annonce de la fin prochaine de son Père, saint Joachim. 4. — La Vierge fait à Dieu une demande pour son vénérable Père. 5, — Le Seigneur agrée sa demande, 6. — Les Anges révèlent à saint Joachim, avant sa mort, le mystère de la DIGNITÉ de Marie, sa Fille, leur Souveraine. 7.— Mort de saint Joachim : la Bonne sainte Anne l'assiste dans ses derniers moments. 8. — La Vierge Marie demande à Dieu des consolations pour sa Mère.

I. — Cependant la très-sainte Enfant croissait, dans le Temple, en âge et en grâce devant Dieu et devant les liommes, mais avec une telle proportion, que la dévotion était toujours au-dessus de la nature. Cette grâce ne fut jamais mesurée à son âge, mais au bon plaisir divin et aux fins relevées auxquelles la destinait la Divinité. Le Seigneur lui continuait ses dons et ses faveurs, en renouvelant à tout moment pour elle les merveilles de son bras toutpuissant, comme si elles n'eussent été réservées seulement qu'à Marie. Et cette incomparable Enfant y répondait avec tant d'ardeur dans cet âge si tendre, qu'elle remplissait le cœur même du Seigneur de complaisance et les esprits célestes d'un saint étonnement.

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Toutefois le Très- Haut détermina que la plénitude des grâces et des vertus de Marie prévînt le comble de ses mérites, par le zèle avec lequel cette très-sainte Vierge s'appliquait aux œuvres les plus pénibles et les plus héroïques, autant que ses tendres années le lui pouvaient permettre. C'est pourquoi le Seigneur lui dit dans une de ses visions : "Mon Epouse et ma colombe, je vous aime d'un amour infini, et je demande de vous ce qui est le plus agréable à mes yeux et l'entière satisfaction de mes désirs. Appréciez, ma fille, le trésor caché que renferment les travaux et les affliélions et que l'ignorance aveugle des hommes a si fort en horreur. Sachez que mon Fils unique enseignera, quand il se sera revêtu de la nature humaine, le chemin de la croix par son exemple et par sa doélrine, la laissant pour héritage à mes élus, après en avoir fait son propre partage ; et il établira la lyoi de grâce, en fondant sa stabilité et son excellence sur l'humilité et sur la patience dans les croix et les affliélions, parce que la condition de la nature humaine l'exige ainsi, surtout depuis qu'elle a été pervertie par le péché qui a corrompu ses inclinations. Il est aussi conforme à mon équité et à ma providence que ks mortels obtiennent et acquièrent la couronne de gloire par le moyen des travaux et des croix, comme c'est par là que mou Fils unique incarné la leur doit mériter. Ces paroles vous feront comprendre, ma Fille, que vous ayant par la puissance de ma droite élue pour mes délices, et enrichie de mes dons, il ne serait pas juste que ma grâce

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La Mosquée d^Omar. — Autrefois et jusqu'à la guerre de Crimée, il j avait peine de mort pour tout Chrétien qui aurait osé franchir son enceinte. La Mosquée d'Omar, bâtie sur l'emplacement du Temple de Salomon, s'élève sur une plate-forme de 6 à 15 pieds de haut et de 2,000 pieds de pourtour. Cette plate-forme s'élève à son tour, au centre d'une immense esplanade, parfaitement nivelée, de 1,600 pieds de longueur moyenne, sur 1,000 pieds de largeur; cette esplanade est entourée d'un mur de soutènement aux proportions colossales.

Ce splendide monument se compose de deux enceintes octogonales de forme concentrique ; et d'une troisième de forme circulaire. Les plafonds sont à caisson, et la coupole est soutenue par deux rangées de piliers et de colonnes qui partagent le monument en trois parties : Ces colonnes, iiîonoUtlies, du ])lus T)eau marbre, sont toutes de hauteur et do module (linéients. Elles proviennent évidemment de monuments antiques (l).

(1) Nous doiLnerons la Description très-détaillée de la Mosquée d'Omar, dans les Annales du T. -S. Rosaire, au V« Mystère.

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fût oisive dans votre cœur, ni frustrée du fruit de votre amour, et que vous n'eussiez aucune part à l'héritage de mes Elus. Ainsi je veux que vous vous disposiez à souflfrir des tribulations et des peines pour mon amour."

2. — Notre généreuse souveraine, Marie, répondant à cette allocution du Très-Haut avec plus de magnanimité que tous les saints et les martys n'en n'ont jamais eu, dit à la Majesté divine : '* Mon Seigneur, mon Dieu et mon Roi, j'ai déjà consacré à votre divine volonté, à votre bon plaisir toutes mes opérations, toutes mes puissances et l'être même que vous m'avez donné dans votre bonté infinie, afin que toutes choses s'accomplissent en moi au gré de votre suprême sagesse et immense bonté. Que si vous me permettez de choisir quelque chose, je ne veux plus que souffrir pour votre amour jusqu'à la mort, et vous supplier, mon Bien-Aimé, de faire de votre servante un sacrifice et un holocauste de patience agréable à vos yeux. Je me sens si obligée envers vous, mon Seigneur et mon Dieu, qu'il n'est aucune créature qui vous doive un pareil retour, et même toutes ensemble ne vous sont pas aussi redevables que je le suis moi seule, moi la plus incapable de donner à votre grandeur la satisfaction que je voudrais lui offrir ; mais si les souffrances qu'on endure pour vous peuvent vous satisfaire, Seigneur, faites que toutes les tribulations et les douleurs de la mort m'accablent. Je sollicite seulement votre divine protertion, et, prosternée devant le trône royal de votre

Majesté infinie, je vous supplie de ne me point abandonner. Souvenez-vous, Seigneur, des promesses fidèles que vous avez faites à vos serviteurs par la bouche de nos Pères et vos Prophètes, de favoriser le juste, d'assister le persécuté, de consoler l'afîîigé, de le protéger et défendre, dans les assauts de la tribulation. Vos paroles sont véritables et vos promesses infaillibles : le ciel et la terre passeront plus tôt que leur certitude. La malice de la créature ne pourra point éteindre votre cliarité envers celui qui espère en votre miséricorde. Que votre sainte et parfaite volonté s'accomplisse donc en moi."

3. — Le Très-Haut agréa ce sacrifice du matin de la jeune Marie, et lui dit avec des marques de bienveillance : " Vous êtes belle dans vos pensées. Fille du Prince, ma colombe et ma bien- aimée ; j'accepte vos désirs, agréables à mes yeux, et, pour commencer leur accomplissement, je veux vous apprendre que le temps approche où, suivant ma divine disposition, votre père Joachim va passer de la vie mortelle à la vie immortelle et éternelle. Sa mort arrivera bientôt, puis il reposera en paix et restera avec les saints dans les limbes, en attendant la rédemption de tout le genre humain."

4. — Cet avis du Seigneur ne troubla point le cœur magnanime de la Reine du Ciel ; mais, comme l'amour des enfants pour leurs parents est une juste dette de la nature, que la très- sainte Vierge payait dans toute sa rigueur, elle ne pouvait se défendre de la douleur natu-

relie qu'elle ressentait de se voir privée de son très-saint père Joachim, qu'elle aimait saintement, en qualité de fîllc. La tendre et douce Marie éprouva ce sentiment douloureux, autant qu'il était compatible avec la sérénité de son esprit ; et, comme elle agissait en toutes choses avec une grandeur d'âme incomparable, donnant ce qu'elle devait à la grâce et à la nature, elle fit une fervente prière pour son père Joachim. Elle demanda au Seigneur de le regarder dans le passage de son heureuse mort comme Dieu puissant et véritable ; de le défendre du démon surtout en cette heure, et de le conserver et constituer au nombre des élus, puisqu'il avait confessé et glorifié son saint et admirable nom durant sa vie : et pour y obliger davantage la Majesté divine la très-reconnaissante fille s' offrit d'endurer pour son très vertueux père tout ce que le Très-Haut ordonnerait.

5. — Le Seigneur agréa cette demande et consola la trèssainte enfant, en l'assurant qu'il assisterait son père en bienfaiteur clément et miséricordieux de ceux qui l'aiment et le servent, et qu'il le placerait entre les patriarches Abraham, Isaac et Jacob ; puis il la prépara encore à recevoir et à soufîrir d'autres afflictions. Huit jours avant la mort du saint Patriarche Joachim, un nouvel avis du Seigneur lui fit connaître le jour et l'heure où il devait mourir, comme en effet il mourut six mois après que notre Reine fut entrée dans le Temple.

6. — A3^ant reçu ces avis du Seigneur, elle demanda aux douze anges (desquels nous avons déjà dit que saint

Jean fait mention dans l'Apocalypse) de l'assister et de le consoler durant sa maladie : ce qu'ils firent avec beaucoup de zèle. Dans la dernière heure qui précéda sa mort, elle lui envoya tous ceux de sa garde, et pria le Seigneur de les lui manifester pour sa plus grande consolation. Le Très-Haut exauça sa prière et accomplit en toutes choses le désir de son Elue, unique et parfaite. Le grand et heureux Patriarche Joachim vit les mille anges qui gardaient sa chère Fille Marie, dont les demandes et les vœux furent surpassés par la grâce du Tout- Puissant ; et par son commandement les anges dirent à Joachim ce qui suit : " Homme de Dieu, le Très-Haut et Tout-Puissant veut votre salut éternel, et vous destine de son lieu saint le secours nécessaire et convenable à vo're âme. Votre Fille Marie nous a envoyés ici pour vous assister en cette heure, où vous allez payer à votre Créateur la dette de la mort naturelle. Elle est votre fidèle et très-puissante avocate auprès de Dieu, au nom et en la paix duquel vous devez partir de ce monde avec beaucoup de consolation, parce qu'il vous a fait père d'une Fille comblée de tant de bénédictions. Et, bien que la divine et incompréhensible Majesté ne vous ait jusqu'à présent pas manifesté, par ses secrets jugements, le mystère de la dignité à laquelle il doit élever votre Fille, il veut que vous le connaissiez maintenant, afin que vous l'exaltiez et le glorifiez, et que vous tempériez à cette nouvelle par la joie de votre esprit la douleur et la tristesse de la mort. Votre Fille et notre Reine Marie est

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celle que le Tout-Puissaut a choisie pour que le Verbe divin se revête de la chair et de la forme humaine dane son sein virginal. Elle doit être la Mère privilégiée du Messie et la bénie entre toutes les femmes, supérieure à toutes les créatures et seulement inférieure à Dieu. Votre bienheureuse Fille doit être la restauratrice de ce que le genre humain a perdu par le premier péché, et la haute montagne où la nouvelle Loi de grâce doit se promulguer et s'établir. Et, puisque vous laissez au monde sa Rcpatrice et une Fille par laquelle Dieu lui prépare le remède convenable, partez-en avec joie. Que le Dieu de Sion vous bénisse et vous constitue entre les saints, afin que vous arriviez à la viie et à la jouissance de l'heureuse Jérusalem."

7. — Sainte Anne était présente, et veillait au chevet de Joachim son époux, lorj^que les saints anges lui adressèrent ce discours, qu'elle entendit par une disposition divine ; au même instant le saint Patriarche perdit la parole, et entrant dans la voie commune à tous les hommes, il commença d'agoniser, luttant merveilleusement entre la joie d'une nouvelle si agréable et la douleur de sa mort. Durant cette lutte, il fit, par ses puissances intérieures, plusieurs aéles d'amour de Dieu, de foi, d'admiration, de louange, de reconnaissance et d'humilité. Il pratiqua aussi d'autres vertus d'une manière fort héroïque, et étant ainsi absorbé dans la contemplation d'un mystère si divin, il arriva au terme de la vie naturelle par \a, précieuse mort des saints. Sa très-sainte

âme fut portée par les anges aux lirabes des saints Pères et des Justes, et le Très- Haut voulut, pour leur consolation et pour les éclairer d'une nouvelle lumière dans cette longue nuit où ils étaient plongés, que l'âme du saint Patriarche Joacliim fût le nouveau paranymplie et le légat de sa divine Majesté, chargé d'annoncer à cette assemblée de Justes que le jour de la lumière étemelle commençait à paraître, que l'aurore, Marie, fille de Joacliim et d'Anne, était déjà venue au monde et que d'elle naîtrait le Soleil de la Divinité, Jésus-Christ, Rédempteur de tout le genre humain. I^es saints Pères et les Justes des limbes apprirent ces nouvelles avec beaucoup de joie, et offrirent au Très- Haut de nouveaux cantiques de louanges.

ly' heureuse mort du Patriarche saint Joacliim arriva (comme je viens de le dire) six mois après l'entrée de sa très-sainte Fille dans le Temple, lorsqu'elle avait seulement trois ans et demi. Saint Joacliim avait soixante neuf ans et six mois, lorsqu'il mourut. C'est dans sa quaranle-sixième année d'âge qu'il avait pris sainte Anne pour épouse. Vingt ans après leur mariage, ils eurent la très-pure Marie ; et la bienheureuse Vierge avait trois ans et demi, lorsque Dieu appela à lui son vénérable père, ce qui donne au saint Patriarche l'âge de soixante neuf ans, six mois et quelques jours.

8. — Le saint Patriarche et père de notre Reine ayant expiré, les saints Anges de sa garde s'en retournèrent

aussitôt auprès d'elle et lui apprirent tout ce qui était arrivé eu la mort de son père. Alors la très-prudente Fille sollicita par ses prières des consolations pour Anne, sa sainte Mère, priant le Seigneur de la diriger et de l'assister lui-même comme père, dans la solitude oii la laissait la perte de son époux saint Joachim. La sainte Mère, Anne, lui transmit aussi la nouvelle de la mort par l'intermédiaire de la maîtresse de notre auguste Souveraine, afin que celle-ci la consolât en la lui annonçant. La maîtresse se conforma au désir de sainte Anne et la très-sage Fille, dissimulant tout ce qu'elle en savait, reçut la nouvelle avec beaucoup de résignation et avec une modestie de Reine, qui n'ignorait pas ce que l'on venait lui apprendre. Mais comme elle était très-parfaite en tout, elle se rendit sur le champ au Temple pour y renouveler son sacrifice de louange, d'humilité, de patience et de plusieurs autres vertus et prières, marchant toujours avec des pas aussi grands que beaux aux yeux du Seigneur. Et pour parfaire ces a<5les comme tous les autres, elle demandait aux saints anges de concourir avec elle et de lui aider à bénir le Très-Haut.

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