‹ La bonne Ste AnneChapitre 21 sur 71 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

Sommaire : i. — Sainte Anne meurt assistée par sa Fille, la Reinede l'Univers. 2. — Portrait de la Sainte. 3. — Epilogue.

I. — Sainte Anne répondit à sa très sainte Fille avec un amour réciproque et par des consolations dignes d'une telle mère et d'une telle fille dans cette circonstance. Elle lui dit avec une tendresse maternelle : " Marie, ma chère Fille, acquittez-vous maintenant de ce que vous me devez. Ne m'oubliez pas devant notre Dieu et notre Créateur. Représentez-lui le besoin que j'ai de sa divine protection en cette heure. Sou venez- vous des obligations que vous m'avez, puisque je vous ai conçue dans mon sein, et qu'ensuite je vous ai nourrie de ma propre substance, et vous garde toujours dans mon cœur. Demandez ma fille, au Seigneur qu'il étende la main de ses miséricordes infinies sur cette créature inutile qui en est sortie, et qu'il m'accorde sa Bénédiction en cette heure de ma mort ; puisque toujours comme maintenant toute ma confiance n'a été qu'en son saint Nom. Ne m'abandonnez pas, ma Fille bien-aimée, jusqu'à ce que vous m'aj-ez fermé les yeux. Vous demeurez orpheline et

sans aucun secours humain ; mais vous vivrez sous la protection du Très-Haut et vous espérerez en ses antiques miséricordes. Marchez, ma chère Fille, par la voie des justifications du Seigneur, et demandez à sa divine Majesté qu'elle gouverne vos affedlionset vos puissances, et qu'elle soit le Maître qui vous enseigne sa sainte Loi. Ne sortez pas du Temple avant d'avoir embrassé un état, et cela suivant les sages conseils des prêtres du Seigneur, et après avoir prié continuellement Dieu de disposer, selon son bon plaisir, de tout ce qui vous concerne, et de vous donner, si c'est sa volonté, un époux de la Tribu de Juda et de la lignée de David. Vous ferez part aux pauvres (envers lesquels vous serez libérale et charitable) des biens de votre père Joachim et des miens, qui vous appartiennent. Vous garderez votre secret dans le plus intime de votre cœur, et vous demanderez incessamment au Tout-puissant qu'il veuille dans sa miséricorde envoyer au monde son salut et la Rédemption par le Messie promis. Je supplie sa bonté infinie d'être votre refuge, et d'accompagner de sa Bénédiction celle que je vous donne."

Parmi ces entretiens si sublimes et si divins, l'heureuse Mère sainte Anne ressentit les dernières douleurs de la mort, ou plutôt de la vie, et s' étant appuyée sur le trône de la grâce, c'est-à-dire sur les bras de sa très-sainte Fille Marie, elle rendit sa très pure âme à son Créateur, Et après qu'elle lui eut fermé les yeux, comme sa Mère le lui avait demandé, laissant le corps sacré fort décemment

enveloppe, les saints Anges rapportèrent leur Reine dans le Temple. Le Très- Haut n'empêcha point que la force de l'amour naturel ne lui fît ressentir une vive et profonde douleur de la mort de son heureuse Mère, et par cette mort sa propre solitude où elle se trouvait privée d'un tel secours. Mais ces mouvements douloureux furent en notre souveraine très-saints et très parfaits, et tellement gouvernés et réglés par la grâce de sa très-innocente pureté et de sa très-prudente innocence, qu'elle bénit le Très-Haut des miséricordes infinies qu'il avait montrées en la vie et en la mort de sa sainte Mère. Cependant ses douces et amoureuses plaintes sur l'absence du Seigneur continuaient toujours.

La très-sainte Fille ne put pas pénétrer toute la consolation que sa présence causa à sou heureuse Mère à l'heure de sa mort, parce qu'elle ignorait sa propre dignité et le mysfère que sainte Anne connaissait, ayant toujours gardé ce secret, comme le Très-Haut le lui avait prescrit. Mais celle qui était la lumière de ses yeux et qui devait être la lumière de tout l'univers, se trouvant à son chevet, et cette sainte malade expirant entre ses bras, elle ne pouvait pas désirer davantage ici-bas pour avoir la plus heureuse fin qu'aucun mortel eût jamais eue jusqu'à elle. Sainte Anne mourut plus pleine de mérites que d'années ; et sa très-sainte âme fut placée par les Atîges dans le sein d'Abraham, reconnue et honorée de tous les Patriarches, les Prophètes et les Justes qui s'y trouvaient.

2. — Portrait de la Bonne sainte Anne. — Cette très sainte femme avait naturellement le cœur noble et magnanime, l'esprit lumineux et élevé ; elle était fervente, et en même temps fort calme et pacifique. Elle avait une taille médiocre, un peu plus petite que celle de sa bienheureuse Fille Marie, le visage rond, les manières toujours égales et fort modestes, le teint blanc et vermeil. Enfin elle fut Mère de Celle qui le fut de Dieu même, et cette dignité renferme beaucoup de perfeélions.

Sainte Anne vécut cinquante-six ans, partagés en cette manière : elle en avait vingt-quatre quand elle se maria à saint Joachim : elle en passa vingt dans son mariage sans enfant. En sa quarante quatrième année elle mit au monde la très-pure Marie, et douze armées qu'elle vécut après la naissance de cette Reine, savoir trois en sa compagnie et neuf pendant le séjour de l'auguste Vierge dans le Temple font cinquante-six ans.

IvC Très- Haut choisit sainte Anne et la tira d'entre les autres femmes, potu* être mère de Celle qui fut supérieure à toutes les simples créatures, et inférieure seulement à Dieu, mais pourtant sa propre Mère ; et parce qu'elle a eu cette Fille, et qu'elle a été par elle aïeule du Verbe incamé, toutes les nations peuvent appeler bienheureusecette Sainte privilégiée.

HPILOGUIi

" L'illustre racine de Jessé a poussé une tige gracieuse, sur laquelle une fleur s'est épanouie ! La racine, c'est Anne : la Mère de Dieu est la tige : la fleur, c'est JESUS I

Réjouissez- vous, Mère de la Mère du Christ, qui avez accueilli avec complaisance le message de Dieu le Père.

Réjouissez- vous, parce que vous avez conçu après avoir vécu stérile auprès de Joachim votre époux.

Réjouissez-vous, parce que votre Fille fut conçue, exempte de toute tache originelle.

Réjouissez- vous, parce que vous avez mis au monde une Fille qui est comme un Vase plein de vertu, une Fille pleine de grâce, toute pure.

Réjouissez- vous, parce que vous avez eu le bonheur d'allaiter Celle qui sera l'Etoile du monde et le Tabernacle du Souverain Roi.

Que par Elle, il nous soit donné à jamais de voir Dieu face à face dans les clartés de l'éternelle gloire !

O Bonne sainte Anne, glorieux rejeton de Jessé, l'éclat de toutes les vertus a rayonné sur vous dès l'âge le plus tendre : de vous la Vierge est née pour être Reine : reconciliez-nous avec le Roi des rois !

Mère de la Mère du Rédempteur, très-glorieuse et Bonne sainte Anne, qui maintenant régnez avec les

Anges, couronnée de gloire, souvenez-vous de nous, encore exilés sur cette terre.

Anne, pieuse Mère, je vous salue, vous dont le nom est si doux !

Je vous salue, racine de Jessé, dont la fleur odorante répand les éternels parfums du ciel.

Je vous salue, ô vous qui avez fait briller l'Etoile de la Mer, vous qui contemplez la Mère du Fils du Roi des rois.

Du sein des tourbillons orageux de ce monde, attireznous avec les Bienheureux, et conduisez-nous de l'exil dans la patrie.

Vous qui seule avez mérité d'être la Mère de la Mère du Christ, écoutez nos prières :

Empressez -vous de nous recommander à la Mère et à son Fils, au Roi, et à la Reine (0-"

(i) Extrait du Petit Office, enrichi d'indulgences par Alexandre VI et Clément VIII et qui fut imprimé en France, d'après l'exemplaire que Marie de Médicis avait reçu du Souverain Pontife.

Fin de la Première Partie.

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