UNE PÈLERINE DE VILLE MARIE GUÉRIE PAR SAINTE ANNE
Le récit suivant a été recueilli d'un témoin oculairepar M. l'abbé Lindsay qui le communique aux lecteurs^ des Annales de sainte Atme, avant son entrée dans la Compagnie de Jésus.
Nos lecteurs auront en échange un souvenir devant; sainte Anne, pour celui qui l'a servie et fait aimer pendant de longues années en rédigeant cette publication :
( i) Manuel de dévotion ....
(2) Annales N® de septembre 1893.
SES MIRACI^ES 231
— Il y a de cela un an. La petite Rose Parent, que vous voyez aujourd'hui pleine de vie et de gaieté, s'empresser auprès de sa bonne mère, gisait alors pâle et inerte comme une morte, animée seulement d'un faible souffle que la moindre secousse semblait devoir éteindre.
Depuis plusieurs mois déjà, une affecflion difficile à caractériser, mais dont la violence semblait se concentrer dans la région du cœur minait sourdement les forces de l'enfant et la conduisait sûrement à une mort précoce. Le traitement d'un premier médecin n'avait pas réussi à la soulager. Un second et un troisième furent mandés et consultés ; mais toujours avec le même résultat désespérant. La petite Rose, comme son homonyme chantée par le poëte, ne devait vivre sur la terre que ''l'espace d'un matin."
Elle était fille unique d'une pauvre veuve, et partant son unique joie, son seul espoir. Le bon Dieu, qui lui avait déjà demandé le sacrifice de son mari, allait-il réclamer le sacrifice en quelque sorte plus douloureux encore de sa tendre enfant ? Dans sa confiance de mère la chose lui semblait impossible, mais son âme chrétienne se trempait déjà par la résignation pour l'heure du sacrifice. Et ce n'était pas sans motif, car humainement parlant, l'enfant était condamnée sans retour. Le mal avait tellement abattu sa vigueur qu'elle ne pouvait faire le moindre mouvement. Sa mère lui portait aux lèvres les
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rares parcelles de nourriture qu'elle pouvait avaler. Souvent, lorsqu'elle changeait son linge, la pauvre enfant >s' évanouissait.
Au début de sa maladie elle s'était confessée plusieurs fois à un des vicaires de Notre-Dame, prêtre zélé qui la visita souvent pour l'encourager à la résignation et la préparer au sacrifice de sa vie. Sur l'avis du médecin, Monsieur P. . . son confesseur, lui avait déjà administré l'extrême ondlion et le saint Viatique. La faiblesse de l'enfant était devenue telle qu'elle avait perdu l'usage de la parole. Pour appeler sa mère elle poussait un petit cri guttural à peine perceptible, si ce n'est pour l'oreille maternelle. Pour cette raison, les dernières confessions durent être faites par signes.
Sur ces entrefaites, les Pères du Saint-Sacrement organisèrent un grand pèlerinage à Sainte- Anne de Beaupré. Comme un remède suprême, la mère songea à conduire sa chère malade aux pieds de sainte Anne et à supplier cette mère miséricordieuse de lui conserver son unique enfant. Heureuse idée inspirée à la foi maternelle par la bonté divine ! Le confesseur de Rose l'approuva volontiers ; il était convaincu, lui aussi, que sainte Anne la guérirait et il fit part de sa confiance à plusieurs de ses confrères.
La veille du pèlerinage, l'enfant se confessa toujours par signes. Pour se convaincre que sa faiblesse était extrême, son confesseur lui fit faire le signe de la croix
eu portant lui-même sa main décharnée au front, à la poitrine, puis à chaque épaule. Rendu au dernier mouvement, il lui dit : "Voyons Rose, achevez vous-même le signe de la croix. " Puis il lâcha sa main qui retomba lourdement à son côté.
La mère désirait vraiment que le prêtre vint au pèlerinage, afin de contribuer par ses prières au succès de l'entreprise et être témoin immédiat de la guérison qu'elle espérait. Mais un surcroit de travail dans son ministère paroissial le retint à son poste. Non sans regret, car il appréhendait un reproche si la démarche n'était pas frucflueuse.
Tout de même, Dieu récompensa la foi du prêtre, de la mère et de l'enfant. Sainte Anne accueilHt les pèlerines avec bonté et les renvoya exaucées.
Madame Parent avait loué, sur la rue McGill, une petite voiture d'enfant à deux places, afin d'y coucher commodément la fillette de douze ans. Rendue à Sainte- Anne, elle conduisit l'enfant à l'église, et la roula au pied du sanétuaire, pour y recevoir avec elle la sainte communion. C'était là, comme souvent, le moment favorable. Dieu se plait à glorifier son Divin Fils, présent sous les espèces sacramentelles, en choisissant le moment de la communion pour manifester la puissance de ses saints serviteurs.
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A peine l'enfant eut-elle communié qu'elle descendit de sa petite voiture, et se dirigea toute joyeuse vers sa mère étonnée, en lui disant : ' * Maman, venez donc ici pour que je vous parle ; car je puis parler maintenant."
Le bruit de sa guérison se répandit bientôt parmi les pèlerins, et provoqua comme toujours, un accroissement de confiance et une explosion d'adlions de grâces. L'émotion aurait été plus grande si l'enfant n'eût été inconnue à la plupart des pèlerins, étant d'une paroisse étrangère et s' étant associée à ce pèlerinage dans des conditions extraordinaires.
C'est pourquoi on n'en parla guère dans les journaux à l'époque du fait. Mais celui qui avait connu toutes les phases de la maladie de l'enfant depuis son début; qui l'avait vue partir mourante et dont les vœux accompagnaient l'enfant et sa mère jusqu'aux pieds de sainte Anne, devait aussi d'une façon évidente et authentique, constater dès son retour, l'aélion manifeste du doigt de Dieu et la puissante intercession de la Thaumaturge.
A peine eut-il franchi le seuil de la maison qu'il entendit appeler par une voix étrange: "Bonjour, Monsieur P . . . , comment vous portez- vous ? ' ' Ne sachant qui lui parlait, il se dirigea vers la chambre de sa petite malade. A son grand étonnement il la trouva assise, causant avec entrain, entourée de sa mère et de personnes amies accourues pour la voir et qui pleuraient d'émotion. Sa voix avait un accent particulier, ressem-
blant plutôt à une voix de jeune homme qu'à une voix de petite fille ; phénomène dû probablement à l'état anormal de ses organes, après une longue maladie. On crut y constater — et avec justice, me semble-t-il — le caractère instantané de sa guérison, au moins quant à la substance. Quant aux détails, tout rentra bientôt dans l'ordre. La voix de Rose est normale : l'enfant est toute rayonnante de santé et de bonheur. Elle peut fréquenter la classe et elle aide sa bonne maman dans les travaux du ménage. Puisse cette jeune miraculée de sainte Anne toujours garder la mémoire du bienfait reçu et comprendre le devoir de la reconnaissance. Le bon Dieu demande beaucoup à ceux qui ont beaucoup reçu.
Qui voudrait constater l'authenticité de ce récit pourra l'entendre des lèvres mêmes de la mère et de l'enfant. Elles demeurent 317, rue des Commissaires. Montréal.