‹ La bonne Ste Anne [microforme]Chapitre 49 sur 124 · F7 LEE · texte numérisé non relu

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fût oisive dans votre cœur, ni frustrée du fruit de votre amour, et que vous n’eussiez aucune part à l'héritage de mes filus. Aïnsi je veux que vous vous disposiez à souffrir des tribulations et des peines pour mon amour.”

2.—Notre généreuse souveraine, MARIE, répondant à cette allocution du Très-Haut avec plus de magnanimité que tous les saints et les martys n’en n’ont jamais eu, dit à la Majesté divine : ‘ Mon Seigneur, mon Dieu et mon Roi, j'ai déjà consacré à votre divine volonté, à votre bon plaisir toutes mes opérations, toutes mes puissances et l'être même que vous n'avez donné dans votre bonté infinie, afin que toutes choses s’accompïissent en moi au gré de votre suprême sagesse et immense bonté. Que si vous me permettez de choisir quelque chose, je ne veux plus que souffrir pour votre amour jusqu'à la mort, et vous supplier, mon Bien-Aimé, de faire de votre servante un sacrifice et un holocauste de patience agréable à vos yeux. Je me sens si obligée envers vous, mon Seigneur et mon Dieu, au’il n’est aucune créature qui vous doive un pareil retour, et même toutes ensemble ne vous sont pus aussi redevables que je le suis moi seule, moi la plus incapable de donner à votre grandeur la satisfaction que je voudrais lui offrir; mais si les souffrances qu’on endure pour vous peuvent vous satisfaire, Seigneur, faites que toutes les tribulations et les douleurs de la mort m accablent. Je sollicite seulement votre divine protection, et, prosternée devant le rône royal de votre

Majesté infinie, je vous supplie de ne me point abandonner. Souvenez-vous, Seigneur, des promesses fidèles que vous avez faites à vos serviteurs par la bouche de nos Pères et vos Prophètes, de favoriser le juste, d'assister le persécuté, de consoler l’affigé, de le protéger et défendre, dans les assauts de la tribulation. Vos paroles sont véritables et vos promesses infaillibles : le ciel et la terre passeront plus tôt que leur certitude. La malice de la créature ne pourra point &‘-indre votre charité envers celui qui espère en votre miséricorde, Que votre sainte

et parfaite volonté s’accomplisse donc en moi.”

3.—Le Très-Iaut agréa ce sacrifice du matin de la jeune Marie, et lui dit avec des marques de bienveillance : ‘ Vous êtes belle dans vos pensées, Fille du Prince, ma colombe et ma bien-aimée ; j'accepte vos désirs, agréables à mes yeux, et, pour commencer leur accomplissement, je veux vous apprendre que le temps approche où,

suivant ma divine disposition, votre père Joachim v:

passer de la vie mortelle à la vie immortelle et éternelle.

Sa mcrt arrivera bientôt, puis il reposera en paix et restera avec les saints dans les limbes, en attendant la rédemp-

tion de tout le genre humain.’

4.—Cet avis du Seigneur ne troubla point le cœur magnanime de la Reine du Ciel; mais, comme l'amour des enfants pour leurs parents est une juste dette de la nature, que la très-sainte Vierge payait dans toute sa rigueur, elle ne pouvait se défendre de la douleur natu-

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relle qu’elle ressentait de se voir privée de son très-saint

père Joachim, qu’elle aimait saintement, en qualité de fille. La tendre et douce Marie éprouva ce sentiment douloureux, autant qu’il était compatible avec la sérénité de son esprit; et, comme elle agissait en toutes choses avec une grandeur d'âme incomparable, donnant ce qu'elle devait à la grâce et à la nature, elle fit une fervente prière pour son père Joachim. Elle demanda au Seigneur de le regarder dans le passage de son heureuse mort comme Dieu puissant et véritable; de le défendre du démon surtout en cette heure, et de le conserver et constituer au nombre des élus, puisqu'il avait confessé et glorifié son saint et admirable nom durant sa vie: et pour y obliger davantage la Majesté divine la très-reconnaissante fille s’offrit d’endurer pour son très

vertueux père tout ce que le Très-Haut ordonnerait.

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