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UNE TEMPÈTE APAISÉE

Sluse, ville de Flandre, autrefois port de mer fiorissant, appartient aujourd’hui à la Hollande, et se trouve entre les mains de nos frères séparés par le Protestantisme. Cette ville était jadis habitée par des Catholiques, témoins nos illustres martyrs de Gorcum si horriblement mutilés par les Huguenots, en haine de la Papauté et du Dogme, pourtant si consolant pour tous, de la divine Eucharistie.

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SHS MIRACLES 169

Un jour, une multitude de passagers se trouvaient ensemble sur un même navire, faisant voile pour l'Angleterre. La traversée ne devait pas être longue, tout le monde le sait, les deux pays étant assez rapprochés l'un de l'autre, mais la mer du Norl est frtile en tempêtes. Combien de fois, étant encore presque enfant, du haut de nos Dunes (collines de sable) l'avons-nous vue en furie ; et une fois entr'autres vers la Fête de notre grand saint Eloi, nous vimes, dans une grande tourmente, plusieurs grands navires jetés à la côte. L'un d'eux, énorme troismâts, aussi longtemps qu'il ne fut point renfloué, servit de but de promenade aux nombreux désœuvrés qui contemplaient avec une sorte de stupeur, ce véritable géant jeté sur la plage, à la distance de plus d’un mille aux eaux basses, et qui ne mesurait pas plus de trois pieds d’eau à sa quille, à la marée haute.

Un autre était couché sur les flancs : la violence des flots l’avait ouvert par le milieu, de telle sorte que l'horizon se montrait libre du côté opposé, à l'œil du spectateur, placé à une très-grande distance, C’est là que nous vimes, pour la première fois, les émotions qui remplissent le cœur d'un homme échappé au naufrage. C'était un homme, petit de taille, et qui durant de longues heures avait lutté seul, au milieu de la mer en courroux ; il venait enfin de toucher terre, Il était sauvé. Cet homme était tellement hors de lui-même, et sa joie

de se trouver en vie, si grande, qu’il ne sentait ni le froid

excessif, (c'était au mois de Décembre) ni l'excès de fatigue, qui sans un vrai miracle, aurait dû briser ses

forces : il était ou de joie !..

Nos passagers de Sluse se trouvaient déjà en pleine mer, Vers le soir, une brume épaisse enveloppa le navire: à la brume s'ajouta un calme plaf, ‘Tous les navigateurs savent encore que le ca/me plat est ordinairement le signe avant-coureur de la tempête. Le capitaine exprima ses craintes à l'équipage. Il cessait à peine de parler que subitement de l'Aquilon s'éleva un vent violent, et qu'au calme succéda réellement la tempête. Ainsi les infortunés matelots, avec tous les passagers, se trouvèrent tout-à-coup en butte à une triple calamité, noctis, nebulæ et lempestatis, dit le chroniqueur, la nuit,

la brume épaisse, la tempête.

Dans cette extrêmité, tous, en bons catholiques qu’ils étaient encore, tombèrent à genoux, conjurant le Ciel de venir à leur secours; qui par l’invocation de la Très- Sainte Vierge Marie; qui par sainte Catherine ; qui par saint Jacques ; qui par saint Pierre; chacun selon sa dévotion particulière et dans l'élan spontané de son propre cœur, Personne ne songea à invoquer la BONNE SAINTE ANNE |! Alors, l’un d'eux qui avait déjà expérimenté la bonté de notre grande Thaumatutrge, élevant la voix, adressa une chaleureuse exhortation à tous les passagers, en péril comme lui-même, et leur dit : ‘‘ Invoquons sainte Anne, la #rès clémente sainte Anne ; et faisons

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SES MIRACLEÉS 171

vœu, si nous échappons au péril, de lui offrir un do».'’ A ces mots, tous d'un même cœur et d'une même voix invoquèrent SAINTE ANNE, en union avec sa Fille Bénie, l'Etoile de la mer, et son Fils Bica-aimé, la Lumière du monde, Jésus, dans le Ciel bénit son Aïeule, et la douce Reine des Anges laissa tomber sur sa Mère un regard virginal, Et voilà qu'immédiatement, par ordre de la SAINTE, les ténèbres fuient, la pluie cesse, le ciel se montre serein, ‘2 s0/e7/ semble briller comme en plein midi. ‘Tous les passagers avec l'équipage laissent éclater leurs transports d'alléwresse et remercient avec effusion leur incomparable Bieni e, Le navire cingle tranquillement vers le port.

Lorsqu'ils arrivèrent devant son entrée, le Tout-puissant, pour leur mieux faire comprendre le jiodige, ramena la pluie et les ténèbres : ce qui toutefois ne les empêcha pas d'y entrer facilement et avec la plus grande sécurité.

A leur retour, ils accomplirent scrupuleusement leur vœu : une belle plaque commémorative, placée en ex-voto à l’autel de la Bonne sainte Anne à Sluse, attesta ce grand Prodige.

UN PËLEPIN DE TERRE-SAINTE ADMIRABLEMENT SAUVÉ DE LA MORT PAR LA BONNE SAINTE ANNE.

Le grand prodige que je vais rapporter m'est parfaitement connu : je le tiens de la bouche même de celui en

faveur de qui il 4 été opéré (!).

Un homme d’une naissance non obscure, beau de corps, habile dans le droit, et très pieux, passa quelques années à la cour du roi de Danemark, y remplissant la haute fonétion de chancelier. Cédant à l'inspiration de la grâce divine, il comprit le danger et toute la vanité des grandeurs humaïnes, et quitta la cour. Pour mieux réussir dans la nouvelle œuvre qu’il allait entreprendre, l'œuvre

importante de son salut, il se mit à faire des pèlerinages.

Or, il arriva une année que quelques-uns de ses com-

patriotes se disposèrent à aller visiter les Saints-Lieux de

la Palestine : Jean (c'était son nom) se mit de leur com-

pagnie. Arrivé au pays des musulmans, l’un d'eux lui fit

une grave injure, l’assaillit avec toute la brutalité propre

aux disciples de Mahomet. Notre pèlerin, usant du droit

(1) L'auteur du récit est un religieux pieux et savant, entière-

ment uig1e de foi.

de légitime défense que la loi naturelie accorde à tout homme, en pareille occurrence, se défendit contre son aggresseur, avec son bâton de pèlerin. Loin de lui la pensée de commettre un meurtre volontaire, Le coup porté fut tel. —on ne sait pas pourquoi, la Providence le permettant ainsi, —que le musulman tomba évanoui à ses pieds : il était mort. Cet accident, pénible en tous pays, prend, au pays des Sarrasins, un caractère de gravité qui fait f.émir pour celui qui ex est l'auteur ('). Tous en

(1) Pour prouver que l'auteur n'exagère rien, les lecteurs des Annales me permettront de rapporter ici un fait presque analogue, arrivé tout récemment dans notre mission de Terre-Sainte, à Tripoli, dans la Syrie, à ui de nos religieux avec lequel j'ai vécu longtemps à Jérusalem même.

‘ C'était dans le courant du mois de juin 1892. Ie Révérend Père Laurent, de Jérusalem, religieux Franciscain et curé de la paroisse depuis un an environ, revenait de la campagne avec un Frère convers et un professeur de son école, lorsqu'à l'entrée de la ville, il est accosté par quelques musulmans qui cherchent à lui arracher la canne-fusil qu'il tient à la main.

À la suite des efforts que font les agresseurs pour s'emparer de cette arme, et des efforts du R. P. curé pour la conserver, le coup part. Au bruit de la détonation les musulmans du voisinage accourent, se précipitent sur le religieux et ses compagn: ns, les accablent de coups, les renversent, les attachent et les traînent à travers les rues,

Là ne devait pas s'arrêter cette scène sauvage. On frappe les prisonniers, on les insulte, on leur crache au visage, Le R, P. Laurent, accablé, succombant sous les coups, s’affaisse; la fureur des musulmans se retourne alors contre ses compagnons. Tous trois sont traînés jusqu'au Sérail (tribunal turc) après avoir traversé de la sorte la ville dans toute sa longueur.

A ce moment arrive la police locale; mais son attitude, plus hostile que protectrice, encourage les forcenés. La force publique se montre tellement partiale qu'elle indigne un passant, dont la

demeuraient éprouvantés: il pressentirent toutes les affreuses conséquences qui pourraient s'en suivre pour l’infortuné Jean, leur compagnon de voyage. Jean fut arrêté ; et la plume refuse de décrire toutes les horreurs commises contre sa personne par ces hommes, que l’histoire de tous les siècles a toujours montrés lâchement cruels contre leurs victimes faibles et sans défense. Jean fut condamné au dernier supplice. Dans cette extrémité, notre pèlerin, fort de sa conscience, ne perdit rien de la

sérénité de son Âme. Il se recommanda, avec une invin-

droiture naturelle se révolte et qui, bien que musulman, lui représente qu'elle doit protection aux faibles, fussent-ils inculpés. Cependant, notre consul, M. Savoye, prévenu, se présente et s'efforce, lui et ses cawas (janissaires), de garantir contre de nouveaux sévices les victimes de cette agression ; mais, tandis qu'il marche devant eux, la police les maltraite, Enfin on arrive au sérail où vient de descendre le vali (gouverneur) de Beyrouth : M. Savoye parvient, non saris peine, à y faire pénétrer ses protégés et les préserve ainsi d’une mort certaine, Le R. P. Laurent, les yeux injectés de sang et tout meurtri, était couvert de blessures. Le Frère portait également de fortes contusions. Quant au Professeur, il se trouvait dans un état qui n'était guère plus satisfaisant. Eu les faisant entrer au palais du gouverneur, M. le consul de France pensait obtenir justice immédiatement de cet inqualifiable attentat ; la présence du Vali, en effet, semblait devoir donner à l’incident une solution conforme à la justice et au droit. Cependant, chose inouie ! ce fut le contraire qui arriva, Non seulement on ne veut entendre aucune réclamation, mais encore on erprisonne les victimes et l’on met les aggresseurs en liberté : bien plus, notre représentant (le consul) se voit refuser l'autorisation de donner des soins aux blessés, , ..,.

(Saint François et la Terre- 1 Sainte No d'octobre.) J

FR JÉROME DE SIJEAN, Vicaire custodial,

cible confiance, aux saints pour lesquels il nourrissait une spéciale dévotion, et il se recommandait par-dessus tout à la grande sainte Anne.

: Cependant le moment fatal arrive. Mais, Ô puissance des saints, quand nous savons les invoquer avec la confiance qu’ils méritent, au moment donc où il approche du lieu de l'exécution, il lui semble voir un violent ouragan, accompagné d'un grand tremblement de terre, et il se sent soulevé de terre, porté à travers les espaces, comme autrefois le prophète Habacuc, en ces mêmes lieux, et déposé enfin tranquillement à l'endroit où se trouvaient ses compagnons de voyage. Ces derniers avaient fait tous leurs efforts pour lui sauver la vie: toutes leurs instances avaient été inutiles. Ils s'étaient donc éloignés du théâtre de l'exécution, bien persuadés que ‘eur présence, excitant davantage le fanatisme cruel des musulmans, les exposerait à perdre leur propre vie. Jean les voit marcher devant lui et leur crie à haute voix. Cette voix bien connue les effraie d'abord, car ils croyaient bien que leur compagnon était déjà exécuté. Ils se retournent cependant, et ils le contemplent, s’avançant derrière eux, plein de vie. A cette vue, tous tombent à genoux et remercient Dieu et la bonne sainte Anne pour un évé-

nement si admirable,

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