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L'ÉTAT ACTUEL DES INDUSTRIES

EN BOSNIE-UKUZliGOVmE

L'énuméralion dos travaux publics parfaitement organisés et aduiirablcmcnl conduits p.ir des professionnels d'élite' a pu donner une idée des efforts constants du Gouvernement Austro-Hongrois pour justifier, par des actes très louables, l'occupation d'un pays dont la force vive avait été à peu près annihilée sous le régime ottoman. Au point de vue industriel, les effets recherchés ne devaient pas se faire attendre. La sécurité et le calme assurés à des populations qui avaieni été jusque-là si profondément troublées, les facilités multiples des moyens de communication, qui élargissaient le délKiuclié des centres de production, les améliorations apportées aux mesures de salubrité et d hygiène, qui rendaient abordables certaines régions désiiéritécs et ne détournaient plus de leur mi.se en valeur, enfin l'application du régime douanier d(? la Monarchie à la Bosnie-Herzégovine, qui lui fourni.s.sail la possibilité de faire des échanges avec les nations voisines, c'étaient là bien des raisons pour su.sciler l'initiative et l'activité des travailleurs et des ea])itaux. Mais il fallut encore que le Ciouvernement servit en cela d'entraîneur et do modèle : tout en dotant le pays de tous les instruments indispensibles à son développement, il dut prêcher d'exemple et faire œuvre d'industriel. Ceci explique pourquoi il a laissé sa trace et conservé, pour ainsi dire, une action de contrôle dans un certain nombre de grandes industries, dites yErarieh, dont nous aurons l'occasion de parler. Le Gouvemcmenl fit plus encore. En faisant sortir la Bosnie de son isolement, il y avait ii craindre que rcnvaliissemenl des produits européens décourageât certaines industries indigènes très anciennes, qui étaient sur le point de disparaître tout à fait et qui ne pouvaient s'im|)oser que par le cachet original et artistique de leur fabrication : il fallut il M. de Kailay, ministre des finances communes d'Autriche-llongrie, et à ses collaborateurs beaucdup (h- persévérance et de ténacité pour réveiller cet art national et rendre à la Bosnie, en la mulli|ilianl, celte élite d'ouvriers spéciaux qui lui avaieni autrefois valu une juste réputalion.

* Voyez l'article du mrmc auteui' sur les Travaux public», pages Hl et suivantes.

INDUSTRIES MÉTALLUnGIÇUES

1. Ilauls-Fouriieanx de Varès. — Nous n'avons pas à décrire les richesses de la Bosnie an point de vue minier'. Lorsqu'un pays a la chance, comme elle, d'avoir certaines régions dotées à la fois de minerais et de combustibles minéraux et végétaux, ces régions deviennent naturellement des centres métallurgiques importants. Telles sont les vallées de la Bosna, entre Vogosca et Zenica, et de ses affluents Stavnja, Misoéa, Ljubina, Lasva; mais encore faut-il que l'exploitation soit rationnelle el sérieuse et nullement entravée par des mesures fiscales inconsidérées. Pour ne parler que de la métallurgie la plus importante, celle du fer, Varès, avec sa puissante montagne d'hématite de très bonne qualité, produisait, en 1878, la majeure partie du fer au bois de toute la Bosnie, et néanmoins le tonnage fourni était bien faible. Les nombreuses petites usines qui y contribuaient portaient le nom de majdans : chacune se composait d'un fourneau à réduction mesurant 4 à o mètres de hauteur, CjoG de diamètre au gueulard, et l^ilO à 1°',20 de côté au foyer en forme carrée. Dans une charge de trois jours, on fondait 8 à 10.000 kilos do minerai avec 180 à 200 kilos de charbon de hêtre, et on produisait ainsi 3.000 kilos de fonte. Cette fonte était ensuite travaillée dans deux feux d'affinerie, dont les souffleries étaient actionnées par des roues hydrauliques en dessous. L'ensemble des dépenses s'élevait à 250 ducats.

En 1880, il y avait, dans la région de Varè.s, 20 majdans, dont 8 étaient exploités d'une façon continue et 12 temporairement D'après les données officielles, les productions annuelles en fer au bois dans les cinq années précédentes avaient été les suivantes :

1876 diO.OOO okas. 175 tonnes.

En 1880, l'Administration entreprit dans la région de Varès des travaux de prospection considérables, à la suite desquels elle construisit, en 1891, un haut-fourneau moderne et une fonderie à Varès^ ainsi qu'une usine d'affinage, avec forge à Dubravina. En même temps, les chantiers de la mine de Przici étaient aménagés pour une exploitation intensive de 100.000 tonnes de minerai d'hématite; des ateliers accessoires, maisons d'employés et d'ouvriers s'élevaient à Varès, qui était relié à la mine par un chemin de fer à traction animale de 4 kilomètres de longueur, et par un funiculaire : ce dernier est intéressant en raison de sa grande longueur (700 mètres); avec une inclinaison moyenne de 30 degrés, il met en relation l'usine placée au bas du coteau et le point terminus des voies minières, situé à 200 mètres au-dessus. La voie est unique, sauf dans le milieu du parcours, où se trouve ménagée une voie d'évitemcnt. Pour cette raison. Tune des roues de chaque essieu est munie d'un bandage à gorge épousant la tête du rail, et l'autre jante est plate. Le câble en acier a 38 millimètres

• Sur les mines et l'exploitation minière en Bosnie et en ncrzogovine, voyez ci-dessus (pages 299 à 321), l'article de M. A. Lebrun.

• La production annuelle était de 4 à 5.000 tonnes en fonte brule et moulage.

LF;TAÏ actuel des industries en BOSNlE-HEIlZÉGOVINn 3Î5

de diamèlrfi. La inachino motrice, à la partie supérieure, entraîne le lamLour, (li»nl la rolalion e^l régularisée non seuleinenlpar les freins ordinaires, mais par un modérateur & eau '.

Les progrès de c('lt(! industrie furent très rapides : le hall de la fonderie fut agrandi en 1893; et, en 1894, après la création du laminoir de Zenica, on dut augmenter la production de fonte : c'est daa» ce but que se forma, on 180.'), la Société en actions de l'Industrie du fer de VareS, dans laquelle le Gouvernement resta forlemont intéressé; on éleva un deuxième haut-fourneau, qui augmenta la production de 10.000 tonnes par an, et on relia l'usine à la ligne de Sarajevo à Brod, par un chemin de fer [Sehleppbnlin) do 2i kilomètres. Pour la fonte de moulage, on emploie exclusivement des minerais d'hématite ; mais, pour colle daffmagc, on y joint la limonite qui vient de Brezik et que l'on grille dans sept fours à gradins cliaufFés avec les déchets de charbon de bois. Le combustible employé est en majeure pnrlio du ('liarbon do bois amené dos forets dans des wagons spéciaux avec portes de chargement supérieures. Varôs fabrique incidemment du ferromanganèse à 80 °/„ et ilu spiegel do 0 à 20 °/„. La macliinorie comprend deux machines soufflantes horizontales compound, deux machines à vapeur (II' l"» clievaux, doux liiihinos Laval de 23 chevaux .servant à l'éclairage, quatre roues à aube de 60 chevaux. Lo nomliro dos (iiivriors est do 110.

L'usin<! (1(! Varos est actuellement en complote transformation. En remplacement de ce qui existe, on inslajjo doux nouveaux fourneaux de 170"", 3 de capacité, desservis chacun par quatre cowpers. Dans ces derniers ap|)aroils, la chaleur des gaz sera remarquablement utilisée, grâce au contact prolongé de l'air et du gaz avant linflammation. 11 on sera de même dans les six chaudières ciiauffées par une partie dos gaz dos liauls-fournoaux et dans lesquelles la vapeur sera surchauffée (Brevet Haring). Un élévateur système llorbiger, pesant 4.770 kilos <i vide et convenablement équilibré, permettra d'élever à la liauloiir do la plate-forme des gueulards les wagons de charbon de bois, tout chargés, tels qu'ils circulent sur les lignes de chemins de for. N'est-il pas curieux de voir une usine qui, il n'y a pas bien longtemps, n'avait h sa disposition que les moyens les plus arri(''rés. comme les blaseofen ou les tuyaux hoii/.ontaux pour chauflor l'air, adopter demblée les derniers perfectionnements ap|Mirtés au matériel de la métallurgie moderne et charger de l'étude de ses transformations l'un des ingénieurs allemands les plus oompiMonls en colle matière, M. Lurmann? Du reste, le développement de la production so jusiilio amplement jiar ce fait que déjà Varès non seulement fournit tous les besoins du pays on fonte ol olijols di^ fonlo, mais exporte beaucoup en Hongrie,

2. Sociale JJosniii. — Lo Gouvornemont favorisa, on 1881, la constitution do la Société par actions Bosnia, qui mit successivement en exploitation les mines de chrome de Dubostica, et les mines de manganèse de Cevljanovié. Si nous en parlons ici, c'est à cau.se des usines que cette Société a installées à Dubostica et près de Vogoséa, sur la ligne de l'Étal, pour trier mécaniquement et laver les minerais. L'usine de Vogoséa, en particulier, peut traiter annuellement 15.000 tonnes de minerai brut de manganèse'. Tous ces minorais spéciaux do chromo (48 % de Cr'O") et de manganèse /iô à .1"i ° Mn), constituent en proniièro U-^nv dos produits d"oxporl;ilion

3. Société en commnndito du fer et do racier de Zenica. — C'est dons celle localité que se trouve la iiK'illonro couche de houille exploitée en Bosnie; comme, d'ailleurs, Zenica est située très près du

' Sur l'ivrbrc du (anihour e.'t calée une roue qui tourne dans un réservoir cylindrique rempli d'esn. Cette raa oppose une certaine résistance à une série de palettes en tôle rivées sur les six bras de la roue.

* l'silomelane contenant to à 55 °/o de Mn avec un peu de pyrolusite et eninchée d'ardoises bicarrées.

326 LA RKVUR GfiNËRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

bassin de Vnrôs, colle ville était naturellement indiquée comme emplacement d'une usine de transformation de la fonte. Le fer bosniaque avait eu jadis en Orient une réputation qui ne s'était éteinte que faute d'aliment : il était donc facile de regagner la place perdue et de repousser la concurrence, grâce à la qualité spéciale obtenue par l'emploi exclusif de matières premières excellentes.

L'usine de Zenica, fondée en 1893, débuta avec des fours à puddler et des laminoirs ; mais elle leur adjoignit, en 1893, un four Martin basique. Celui-ci, de 12 tonnes de capacité, est construit avec huit régénérateurs verticaux d'après le système SclKinwalder', dont la disposition particulière a pour but d'augmenter la durée du contact de l'air et du gaz au moment où ils débouchent dans le laboratoire. On compte 3 à, 3,îj charges par 24 heures, et le four actuel a fait en 9 mois 770 charges. Les additions de minerai ne dépassent pas 500 kilos; le garnissage s'opère avec la magnésie de Styrie. L'acier doux obtenu contient 0,09 C et0,04 S. Il est coulé en source en petits lingots de 110X140, ou 120X120 de section. Pour cette dernière dimension, on obtient à la fois 32 lingots de 130 kilos chacun. Deux fours à puddler doubles, système Sprhigcr', permettent d'utiliser le modo (!e chauffage Siemens et de changer le sens du courant gazeux, chaque fois qu'on commence i\ puddler une nouvelle charge. Dans chacun de ces fours, on fait des charges de 730 kilos et on produit parfois 10 à 12 tonnes de fer. Chaque four est desservi par quatre gazogènes à cuve, soufflés de 3 mètres de hauteur et de l'°,o00 de diamètre. Le charbon est amené directement de la mine aux gazogènes par un chemin de fer industriel. Los fontes au bois sont expédiées de Varès. On remarque, en outre, un train de puddlage avec marteau cingleur, un train machine !\ douze cages sur deux rangs, un train à petits fers et un train moyen mill pour ronds, jusqu'à 80°"», demi-ronds, carrés, cornières, plats pour fers à cheval, petits rails, jusqu'à 13 kil. 9, et écli.sses correspondantes. On renforce le dernier train pour lui permettre de fabriquer les rails de 23 kilos, que les chemins de fer do Bosnie vont employer désormais. Parmi un certain nombre de machines-outils accessoires, deux machines à fraiser travaillent simultanément cinq rails. La force totale des machines est de 900 chevaux, le nombre des ouvriers de 200 et la production s'élève à 30.000 tonnes de fer laminé, dont une partie importante est expédiée dans les Balkans.

Signalons, comme consommateur important, une fabrique de fil de fer et de clous à Sarajevo (Racher), qui, avec 40 ouvriers et une turbine de 80 chevaux, produit 600 tonnes par an.

INDUSTRIES d'extraction

1. Snlines de Siminban et de Tazln. — Depuis longtemps, la ville de Donja TuzIa était connue pour ses charbons et ses sources salées : son nom lui-même [Toiiz, sel) l'indique. Malheureusement, sous les Turcs, l'exploitation n'avait pu se faire régulièrement. Le Gouvernement d'occupation se chargea do développer cette industrie du sel, qui lui était léguée comme un véritable patrimoine, et y réussit au delà de toute prévision : deux salines furent créées, celle de Siminban (François-Joseph) et celle de Donja Tuzla. La première produit surtout le gros sel à l'usage des bestiaux, avec six bassins d'évaporation de 796 mètres carrés de surface totale; la seconde, du gros sel et du sel fin pour l'alimentation, avec quatre ba.ssins de 376 mètres carrés. Les sources salées, pompées à 131 mètres et à

' Slbal uncl Eisen, 1892, p. 989.

2 Slhal uad Eisen, 1889, p. 534 et 776.

137 miMrcs du sol, conticnnont en moyenne 30 kilos di; sel par licclolitro. Dans chaqiii; tiassin, od évapore 200 lieclolilrcs doau loiileslcs trois heures, et la proportion de charbon néressjiire pour ceUi. opération revient à 1°",30 pour 1 mètre cube de sel. Suivant la température di- crislallisalion, on obtient les difTérontes grosseurs du s<l' et, avec des presses à main, on fabrique, en outre, du »el en briquetlcfi. I.a |ii(iilu(li(iii Idhilr aiiiiiielle s'élève maintenant à 18.300 tonnes, dont 12.000 tonnes de sel fin, 5.000 tonnes de gros sel et 1.000 tonnes de briquettes. Tout le sel produit est con.sommé dans le pavs; néanmoins, il s'en fait une exportation importante en Bidgarie. Le nombre des ouvriers occupés dans les deux .salines est de deux cent cinquante. Ils touchent en moyenne 2 fr. .30 à 2 fr. iO pour uno journée de dix heures.

2. ririquolerie do Kolilongruben prrs Tuzla (propriété de l'État). — Cette usine, fondée en 1885, a fourni une bonne quantité des matériaux pour les installations avoisinantes : elle comprend un four continu elliptique, genre Hoffmann, avec cheminée centrale, une machine à vapeur de 40 chevaux, une chaudière do 21) mètres carrés de surface de cluuiffe. Les bricjues sont séchées sur le plafond du four avant d'être soumises à la cuisson. Avec quarante ouvriers, on produit annuellement plus de 2 millions do briques.

Une autre tuilerie et poterie importante occupe 230 ouvriers à Sarajevo. On peut également citer une fabrique de ciment k Vogosca qui, avec un four continu et 12 ouvriers, produit 500 tonnes, ainsi qu'une fabrique d'articles eu ciment et en gypse à Sarajevo, où sont employées 40 personnes.

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