‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 35 sur 132 · LES SERVICES SCIENTIFIQUES ET LES ŒUVRES INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

LES SERVICES SCIENTIFIQUES ET LES ŒUVRES INTELLECTUELLES

EN BOSNIE-HERZKGOVINE

La Bosnie el rilerzégoviiid no sont, guère peuplées que de paysans. On aurait lorl do chercher (les savants parmi eux. P'xception cependant doit iMre faite pour un certain nombre de ber/s, de liodjas et surtout d'iilvinns versés dans les vieilles littératures des Turcs, des Arabes cl des Pcrs<'s. Mais, leur seience mise à part, on ixmiI dire que rien de ce qui, chez nous, suscite le jdus la curiosité de l'esprit n'est ol)J(>t d'investigation cliez les Bosniaques. Ce sont presque exclusivement des immigrés, des Autrichiens, des Hongrois, et, h leur suite, des Galiciens et des Polonais, qui ont introduit dans les provinces occupées l'étude systématique de la Nature et de l'humanité. Par leur concours, ils ont l)ermis au Gouvernement d'instituer d'importants Services scienlilitiues sur toute l'étendue du territdiri' administré. Ces Services entretiennent un ensemble de recherches méthodiques sur la constitulion physique du pays, son sol et son climat, sa flore et sa faune, la préhistoire et l'histoire ]de .ses habitants, leur état démographique et pathologique actuel.

Nous voudrions indiquer à grands traits la façon dont ces travaux sont organisés, les faits qu'ils ont mis au jour, comme aussi les résultats d'ordre pratique auxquels ils ont abouti. A cet effet, nous considérerons successivement le Service et les observations météorologiques, les recherches et les collections du Musée national, le Service de la Santé et les ob.servations médicales, enfin les condilion.s faites h la publication des œuvres intellectuelles, que celles-ci se rapportent à la Science, i\ la Littérature ou à j.i Politique.

LE SERVICE METEOROLOGIQUE

SI. — Création et entretien des observatoires.

Sou.s la domination turque, aucune observation météorologique n'avait été instituée en Bosnie- Herzégovine. Cependant, le régime climatérique de cette partie des Balkans mérite, à tous égards, d'être soigneusement étudié : au point de vue scientifique, en raison de la liaison à déterminer entre l'atmosphère et le sol dans un pays montagneux, exposé, d'un côté, à l'influence maritime, d'autre part à l'influence continentale; au point de vue pratique, parce que l'agriculture et la Direction des Travaux publics ont intérêt à connaître la distribution de la température, la marche du vent et, plus encore, la répartition et la grandeur des chutes d'eau.

En diverses régions des deux provinces, la soudaineté et l'abondance des précipitations atmosphériques arrêtèrent, pendant la conquête, la marche des troupes impériales ; par places, elles rendaient impossible l'établissement de voies de communication; à peu près partout, elles imposaient aux travaux d'art des conditions particulières d'exécution. C'est pourquoi, dès 1882, l'Administration militaire entreprit d'organiser, dans l'intérêt même de l'armée d'occupation, des postes météorologiques à Sarajevo, Tuzla et Mostar. Peu après, elle créa, dans ses hôpitaux, huit autres stations du même ordre.

Ces stations, conçues sur le type des observatoires de troisième classe de l'Autriche, prouvèrent tout de suite leur utilité'. Le Gouvernement civil en fut frappé; lorsqu'en 1882 il chargea une Commission de savants d'étudier les améliorations à introduire dans le pays, celle-ci conclut que, pour élaborer des projets utiles, il fallait d'abord déterminer sur tout le territoire le régime des chutes d'eau. Immédiatement on se mit à l'œuvre : de 1886 à 1889 furent institués onze observatoires nouveaux de troisième classe, dont six aux frais du Gouvernement de Bosnie, et cinq grâce à des contributions locales et à une subvention du Bureau météorologique de Vienne. Mais c'était encore un nombre de stations insuffisant pour dresser le tableau complet du régime climatérique dans tout le pays. En 1891, on inaugura un réseau de postes d'observation, qui devait embrasser l'ensemble de la Bosnie et de l'Herzégovine : 48 stations nouvelles furent alors ouvertes. Enfin, en 1894, l'Administration établit un observatoire météorologique, près de Sarajevo, au faite de la Bjelasnica (fig. 103). Ce sommet se trouve sur la ligne de partage des eaux de la mer Adriatique et de la mer Noire. Grâce à l'observatoire qu'il supporte, on peut maintenant étudier, au moyen d'appareils enregistreurs, le régime météorologique des régions alpestres de Bosnie. Le poste parait d'autant plus précieux qu'il est le seul grand observatoire de montagne actuellement existant dans la péninsule balkanique.

Ce système de stations a été complété en 1896 par la création de vingt stations de troisième classe; échelonnés à des altitudes différentes et situés à divers degrés de pente sur les versants montagneux (fig. 107), ces postes intercalent leurs observations entre celles de l'ancien réseau, de sorte qu'aujourd'hui le Service météorologique de Bosnie et d'Herzégovine se trouve suffisamment outillé pour relever l'ensemble des fluctuations atmosphériques sur le territoire entier de ces provinces.

' Leurs travaux ont été publiés d'abord dans l'Annuaire du Bureau météorologique central de Vienne.

L\ SCIENCE EN BOSME-FIERZRGOVINK

Le n'soau actuel comprend (Tableau I) 97 observatoires, dont 87 civils et !0 militaires, tous desservis par des agents de rAdminislralion civile. Pour l'entretenir, l'État df'pense 15.75() francs par an,

§ 2. — Organisation et résultats des observations.

En chacun de ces postes, l'agent préposé observe, à différentes heures du jour (généralement trois fois par jour), la température, la quantité et la forme des chutes d'eau, l'état des nuages, la direction et la puissance du vent'. Il note, en outre, les dates auxquelles se manif(;stenl les phénomènes les plus importants de la végétation qui intéressent la production agricole, principalement, pour chaque espèce cultivée, les dates de semis ou de plantation, de floraison et de récolte. Tous les mois, il envoie la copie de son registre à la Direction des Travaux publics. Une fois par an, il lui adresse la cote de l'ensemble de

Tableau I. — Observatoires météorologiques en Bosnie-Herzégovine.

HAUTKUR

au-'lossus du

NOMBRE DES OBSERVATOIRliS

TOTAL

nivoau

.isse

2' classe

3' classe

gA-

(io la mor

Civils

Militair<'.s

(Uvil.s

.Militaires

Civils

Militaires

in>ral

iiiftlrex

900 — 1. (Ml.

fi

I'liisile2 000.

Somme . .

l''ig. lU.i. — Ub\cl-iuiijirc lu-

lie la UJelataiea

la récolte dans son district, la qualifiant ainsi : Bonne, moyenne ou niaiivfiise.

Quand se produisent des tremblements de terre, les stations météorologiques ont aussi mission d'en noter l'Iieure, la durée, la direction, d'une fa(,'on générale, les particularités.

Le Gouvernement a cherché à rendre le plus simjjle possible l'observation de ces divers phénomènes. Obligé de multiplier les postes et d'utiliser, dans la plupart, des gens du pays — menuisiers, instituteurs, gendarmes, forestiers, etc.' — qui ne sont nullement physiciens, il ne pouvait munir ses observatoires de troisième classe que d'appareils peu cotlteux, relativement grossiers et surtout faciles i\ manier et ii consulter. Ces inslnimenls se réduisent le plus souvent à queUiues thermomètres à mercure (avec abrisi, un Iwronïèlre, un pluviomètre et une girouette. A défaut de celle-ci, on note la direction de la fumée. Pour élre, comme on voit, assez rudimeiilaire, celte installation permet cependant de faire une œuvre cxcellonle. Dans l'es-

' .Muni d'une bonne montre, d'un carnet et d'un crayon, — qu'il doit toujours porter sur lui, — il consigne sur »oo carnet les tenipi'les qui se produisent dans un rayon de cinq kilomètres autour de sa station. Il inscrit les phénomènes concomitants : pluie, ffivle, veut, l'clairs, etc.

' l'our inspecter ses agents, l'État profite des tournées de ses ini;<^nieurs dans le pays.

Fig. 106. — TcmpCto dans une font des Alpes DJuaiJqucs,

pùco, lo nombre élevé des postes est, en effet, beaucoup plus important que la perfection de l'outilinge t'ii chacun d'eux.

lui ciTliiins ccp(!ndanl,it Bjelinn, Sarajevo, Tuzla, Hanjaluka, Travnik, Livno, Mostar, Ruitici, Ilumac (il (iacko, par oxompif! — le matériel est plus riche et [dus soigné. A Sarajevo, Hjelasnica et Mostar. fonctionnent dexcellenls enlregislreurs, les barographes et thermograpliiîs de nos compatriotes Richard frères, l'ombrographe d'Usleri-Reinaclier, de Rung ou de Ilellmann-Fues», laulograplie de l'étal du ciel, (lu système Campbell-Stokes, des anémomètres et pluviomètres inscriplcurs de divers types'. A Bjelasnica, un appareil enregistre les lluctualions de l'état hygrométrique de l'air. II est r(!grellable que, dans les autres stations, ce puissant facteur de l'état climatérique soit négligé. L'observation des tremblements de terre s'est faite jusqu'à présent sans instruments spéciaux. Cette année, le Gouvernement munit quelques postes de sismographes.

Notre collaborateur, M. Léon Bertrand, a fait connaître icimême' une partie des faits météorologiques révélés par les observatoinvs de Bosnie et d'IIerzégoviiie. 11 a montré nolaniiiu'iil le caractère très reinar([uable qu'oll'renl, en ces ri'gions, les précipitations atmos[)hériques sous forme de pluie ou de neige. Outre ces données, qui sont de première importance, les stations fournissent d'utiles indications sur

la direction ordinaire du vent aux difl'érenles époques de l'année, principalement en Herzégovine, où la boni souftle parfois avec une violence extrême (lig. \W>). On doit aussi au réseau des postes météorologiques d'avoir éclairé le mode de formation et de distribution des orages dans la contrée.

Chaque année, un savant justement estimé, M. Philippe Ballif, chef du Service météorologique, coordonne les résultais obtenus dans les divers observatoires du pays, cl en expose la synthèse*. Précieuse pour la connaissance générale de l'atmosphère, celle publication a déjà été très utile à la Direction des Travaux publics : celle-ci, maintenant renseignée sur le régime des intempéries, sait établir en conséquence ses œuvres d'art; elle construit aujourd'hui des routes, des ponts, des digues des abris, (jui satisfont pleinement à leur destination. On peut prévoir, d'autre part, que l'agriculture ne tardera pas à bénéficier, elle aussi, d'études où large place est faite à l'observation des phénomènes de la végétation en rapport avec les conditions du climat.

' A Ujelasnica, le directeur, M. llattif, a disposé un pluvionu'tre fpt^cial, encore iné lit. Obéissant à de» ailelle* qui l'orientent loiilinuelleuient dans la direction du vent, l'instrument maintient toujours le plan de son orifice perpendiculaire à la direction de la pluie. Aussi rccueille-til, en moyenne, deux fois plus d'eau que les pluviomèlrei horizontaux.

2 Voyez l'article de M. Li^on Bertrand sur la Nature physique en Bosnie et en lleri.''govine, pages 31 et suit.

' En 1894 parut le premier volume de 1 Annuaire météorologique publié par le Gouvernement à Sarajevo et iotitulé : « Ergeboissii dcr melcorologisoheo Beobachtriogea an dea Landesslatioaca m Hosuifn uod der llercegoriuê im Jiihrc... »

l''ig. loi. — l/ôlel-observaloire du 'IrcJjovic.

LUS TIîAVAUX ET LES COLLECTIONS DU LANDESMUSEUM

En dehors du Service météorologique et du Service de la Santé, presque tous les travaux scientifiques accomplis en Bosnie-Herzégovine trouvent aujourd'hui leur point de départ ou d'aboutissement au Musée national, sis à Sarajevo.

Fond(' en 188:i. ouvert au pul)]ic en 1888, ce grand Établissement (fig. 108) est actuellement floris-

Ëlillllll Jl,1Illi

I''ig. 108. — Le Musée national [Landcsmuscum), a Sarajevo.

sant. Son budget annuel, de 136.000 francs', lui a permis de se développer rapidement. Le Landosmuséum avait été créé pour abriter des collections d'Art industriel et d'Histoire naturelle. Mais bientôt sa destination s'élargit, et place y fut faite aussi à l'Archéologie et à l'Ethnographie régionales.

Dirigé par un savant éminent, M. Costa de Hœrmann, il comprend aujourd'hui deux grandes divisions :

1° Une Section cT Archéologie, dont les conservateurs sont : pour la Préhistoire et l'Ethnographie, le D" Ciro Truhelka; pour les Antiquités romaines, le D' Charles Patscli;

2° Une Section d'Histoire naturelle, administrée par MM. Othmar Reimer et Victor Apfelbeck.

Ces .savants, aidés, pour les voyages comme pour les études de cabinet, de collaborateurs

' Celle somme comprend, outre l'entretien et les acquisitions du Musée et les traitements du personnel dirigeant et des employés, les trais d'édition du Bullelin {Glasnik zcw Muzeja).

Page 1