CLASSES
De Mcistar
Du resie de l'Herzégovine
Bosniaques
Dalm.iles
Croates
Slavones
Hongroises
Autrichiennes ....
Moraves
Galiciennes
Total
lOB
g { Catholiques
g \ Orthodoxes
ti ( Israélites
Total
TF
10 ans
Total
Tahleai- XXII. — Mouvement et dénombreihent des élèves à l'Ecole nationale supérieure de jeunes filles, à Sarajevo.
FRKQL'ENXE DES ÉLÈVES n'AI'RKS LA HICLUilON
pendant l'année scolaire
ANNÉB
Bî
sfoljire
' État des élè^
es à la fin de l'année scolaire.
Fondés, l'un en 188^, l'autre en 1893, ces établissements comptent actuellement chacun une centaine tl'élèves. Si nous ne nous trompons, l'enseignement y est, surtout à Mostar, un peu plus élevé que celui de nos écoles primaires supérieures, mais moins complet, surtout moins raffiné, moins littéraire que celui de nos lycées français de jeunes filles. Adapté aux besoins du pays, il a surtout pour but de doimer aux élèves les connaissances qui seront nécessaires à la mère de famille, désireuse d'être bonne ménagère et d'apporter l'ordre, l'économie et quelque agrément à son foyer. Si l'une de ces jeunes filles se trouve plus lard obligée de gagner sa vie par son travail, d'aider à la direction d'une niaisun de conmierce, de tenir la comptabilité d'un établissement industriel ou de s'engager, en qualité d'institutrice, dans une famille, voire même d'entrer dans un atelier comme couturière, lingère ou brodeuse, l'École la met en situation de se tirer d'affaire. Elle permet aussi aux élèves les plus studieuses de se préparer à la carrière de l'enseignement : celles qui, après cinq années d'études, subissent avec succès l'examen de sortie, reçoivent un lirevel qui leur confère l'accès aux écoles magistrales de l'Empire.
Les deux écoles supérieures de Sarajevo et de Mostar sont nationales. Administrées et entretenues par l'Étal, elles n'imposent aucune taxe aux élèves. Bien plus, aux enfants pauvres, — lesquelles constituent la majorité, — elles donnent gratuitement livres, cahiers, nécessaires de dessin, et même, en quelques cas, une bourse annuelle. Il suftîl donc, pour y entrer, de subir avec sticcès l'examen d'admission, qui porte sur les matières enseignées à l'école primaire', car il n'y a ni limil»d'ège, ni acception de race, de culte ou de nationalité.
Les tableaux XXI et X.XII permettent d'en juger. A Sarajevo, les élèves sont, pour la plupart, des fillettes de douze à quinze ans. Le tableau XXI montre qu'à Mostar il y a un certain nombre d'enfants plus jeunes, mais que celles de treize, quatorze et quinze ans constituent la majorité. A Sarajevo, il y a quelques musulmanes. Mais ce sont les Autrichiennes et les Hongroises, catholiques ou israéliles, filles de fonctionnaires ou de commerçants, qui dominent. A Mostar, nous avons constaté la prédominance des jeunes filles de Bosnie, d'Herzégovine, de Dalmalie et la présence d'élève» venues de Croatie, de Slavonie, de Hongrie, d'Autriche, de Moravie et de Galicie. Au jjoinl de vue religieux, ces enfants se répartissent en catholiques, orthodoxes et Israélites, les catholiques étant de beaucoup les plus nombreuses. Si nous n'avons pas trouvé de mahométanes à l'École de Mostar, ce n'est pas que l'Établissement les exclue; la raison en est qu'il répugne au musulman d'Herzégovine de confier l'éducation de ses filles à des Roumis*.
L'École comprend cinq « classes », correspondant chacune à une année scolaire. Mais la plupart des élèves n'y passent que deux ou trois ans (Tableau XXI relatif à Mostar). Toutes sont externes et prennent leurs repas, même celui du milieu du jour, chez leurs parents ou dans les familles auxquelles quelques-unes sont confiées. Le tableau X\ résume le programme officiel de leurs études. C'est, dans toutes les » classes », aux travaux manuels de la femme, à la coupe et à la couture des vêtement*, d'une façon générale aux occupations de la ménagère que se trouve consacré le plus de temps. Viennent ensuite, par ordre décroissant de durée, l'enseignement de la langue bosniaque cl de la langue allemande, puis les cours d'Arithmétique, de Géographie, d'Histoire et de Religion. L'étude de la langue française est facultative; de même, celle du piano.
Ce programme, d'apparence rigide, nous a semblé être appliqué d'une façon un peu différente à
' Les jeunes filles qui, après la quatrième année d'études à l'école primaire, on» obtenu le certiHeat de passage, lont disiiensées de l'examen d'entrée a l'École supérieure.
• 11 ne faudrait pas croire, cuuime on a souvent tendance à le faire, que celte répugnance, li fré^uenlt, à la vérité, dan»
IS
Sarajevo et à Mostar. Dans la capitale de la Bosnie, les travaux manuels, les occupations domestiques nous ont paru tenir, par rapport au reste des études, plus de place qu'à Mostar ; un peu sacrifiée à Sarajevo, la partie intellectuelle de l'enseignement est, au contraire, très soignée dans la vieille capitale de l'Herzégovine. H en est résulté, pour l'école de Mostar, un certain éclat. En quelques années, le nombre de ses élèves a doublé, et de nouveaux locaux sont devenus nécessaires : on a remplacé l'an dernier, l'ancienne maison par un édifice de construction nouvelle (flg. ICI), qui est un véritable palais scolaire : chaque cours, ayant ses exigences propres, s'y est vu affecter une salle spéciale,
Fig. 161. — Cour intérieure de l'Ecole nationale supérieure déjeunes filles, à Mostar. (La prédominance du costume d'Occident tient et à la présence d'enfants de familles immigrées et à l'introduction des modes d'Occident parmi la jeunesse chrétienne indigène, introduction surtout marquée au voisinage de la Dalmatie.)
aménagée en conformité avec sa destination. Ne pouvant passer en revue ici toutes les matières qui y sont enseignées, nous nous bornerons à quelques indications sur plusieurs de ces cours.
1. Langue bosniaque et langue allemande. — Comme dans les écoles primaires, les ouvrages de lecture écrits en bosniaque (serbo-croate) sont composés : d'une part, avec les lettres de l'alphabet latin (système croate) ; d'autre part, avec les caractères cyrilliques (système serbe) ; toutes les jeunes filles lisent les deux écritures.
le monde musulman, soit commuoe à tous les sectateurs de l'Islam, et no puisse i'tre vaincue. En Egypte, où la civilisation européenne a grandement modifié les mœurs des musulmans, nous avons vu beaucoup de fillettes mahométanes dans les écoles primaires et les écoles secondaires, dirigées par des religieuses Franciscaines.
L'iNSTRLCTION PUBLIQUE EN liOSME- Il EllZÉGO VINE 227
L'allomand leur est enseigruî on caratèrcs allomands et en caraclèrcs latins. On leur apprend à le lire, à l'écrire cl ù le parler couramment. Enllii, dans les classes supérieures, on l<'s iiiiti»- li la connaissance des principaux chefs-d'œuvre de la littérature allemande.
2. Géoyrnpliio. — Ce cours ne traite (jue d une façon très élémentjiire de la géographie physique du globe. 11 en donne pourtant une vue. Une fois enseignées les premières notions sur la configuration gén(ral(Mlo notre planète, la répartition des terres et des océans, on indique sommairement aux élèves la distribution des principales nations dans les deux mondes. On insiste, au contraire, sur la description physique et politique de l'Europe et, plus particulièrement, de la Bosnie-Herzégovine et d(! l'Autriche-Ilongrie.
3. Histoire. — De l'histoire générale on ne donne aux élèves qu'une vue très panoramique. On s'applique surtout à leur faire connaître les événements qui ont le plus marqué dans la vie politique et sociale de l'Autriche, de la Hongrie, de la Bosnie et de l'Herzégovine.
Néanmoins, les principaux épisodes et les grandes étapes du Monde ancien, comme aussi les phases les plus remarquables de l'évolution de l'Europe au Moyen-Age et jusqu'à la période contemporaine ne sont point passés sous silence. Des tableaux en couleurs, appendus aux murs, illustrent celle histoire et concourent de la façon la i)lus heureuse à cette partie de renseignement. TandLs que chez nous les images murales n'ont longtemps représenté que de pauvres choses, — la lanterne de Dingèno, la cliovchiro de Clodion, le sacre do saint Louis, etc., — ici nous apparaissent, dans tout l'éclal do leur magnificence passée, l'Athènes de Périclès, la Rome d'Auguste, comme au.ssi les principaux types d'œuvres architecturales que chaque forme de civilisation a enfantés : le Parthénon, le Colysée, Saintc-Sopiiio, lAlliambra, Notre-Dame de Paris, le Palais des Doges, etc., etc.
Ce (|ui nous a le plus frapi»' dans la façon dont ce cours est compris, c'est qu'il semble moin.s deslino à insti'iiiii' l'enfant do faits hislori(pies qu'à le faire bénéficier de la vertu éducative de ces fails. On veut (ju'on ('(udianl le passé, les belles actions des honimos, les inspirations généreuses ou basses qui ont conduit les peuples à l'art, à la liberté ou à la servitude, l'esprit se hausse, les ni< eu rs s'ennoblissent, le patriotisme s'épure et l'amour de l'humanité s'exalte.
Los caiiiors des jounos tilles témoignent de ce souci constant qu'ont leurs professeurs d'éveiller en elUss l'inlorèt pour les actes des hommes illustres qui ont, si l'on peut dire, aiguillé les destinées de leur patrie. Quant à ce dédale d'intrigues politiques, de compétitions, de haines el de batailles, dont l'énuméralion ne serait qu'une charge pour la mémoire, nous n'en avons guère trouvé trare dans ces « devoirs » déeolièros. Ce qui y domino, et ajuste litre, c'est le récit animé, on pourrait presque dire lo tableau i)ittoresque des scènes qui nous ron.seigncnt le mieux sur le génie des peuples el l'élal de leur civilisation. Les nuinirs domestiques, naliunales et religieuses, l'industrie el le commerce sont, dans ces cahiers, l'objet do descriptions (jui suivent, autant que possible, l'ordre historique. On commence par les contes des temps héroïques pour arriver aux événemenls qui successivement ont proparé la grandeur et la décadence de la Grèce et de Rome et abouti, d'une part, A la civilisation byzantine, d'autre part, au Moyou-Age d'Occident. En descendant le cours des âges, l'enfant voil se former les divers États de l'Europe el concentre surtout son attention sur les péripéties de la vie niômo (lo sou ]iays. Cette insistance particulière sur l'histoire de la patrie apparaît nellemenl dans les cahiers des jeunes filles. Le choix des manuels qu'on met entre leurs mains l'indique également, puisque, ces livres étant, pour l'Histoire, au nombre de deux, l'un est entièrement consacrai à la Bosniellor/(''u:ovino.
Dans chacun de ces ouvrages, rélève apprend que la fusion des races et des nationalités a été la condition de leur progrès et de leur survie, tandis que les tendances particularistes n'ont jamais engendré qu'affaiblissement, impuissance et mort. Il est permis de penser que la pédagogie officielle fait œuvre efficace en essayant ainsi de préparer riiuion de nationalités aujourd'hui ennemies.
i. Arilhmétiquv. — On enseigne l'application des quatre règles ordinaires et de la règle des proportions aux problèmes usuels du ménage et de l'économie rurale, aux opérations courantes du commerce, des caisses d'épargne et des assurances.
On expose aussi le système des poids et mesures et quelques notions élémentaires de Géométrie
Fig. 162. — Enseiijacmeut du Calcul et des éléments de la Géométrie à l'Ecole nationale supérieure de Jeunes tilles, à
Mostar.
(fig. 1(52), et l'on en fait l'application à l'achat des terres, aux calculs relatifs au volume, au poids et à la valeur des marchandises.
On enseigne la tenue élémentaire des livres de commerce, sans aller jusqu'à l'établissement ou la vérification des comptes courants, et sans donner aucun détail sur les valeurs de banque.
S. Sciences physiques et sciences naturelles. — Dans les écoles supérieures de filles, ces sciences ne sont l'objet que d'un enseignement très élémentaire. L'école de Mostar est pourvue de quelques instruments de Physique et de Chimie, à l'aide desquels on peut donner aux élèves un aperçu des moyens de recherche en chaque discipline et des lois générales que, pratiquement, il est le plus utile de connaître. Nous avons cependant noté que beaucoup d'élèves n'ont que des idées assez vagues,
L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN BOSNIE-HERZfiOOVINE
à la composition de l'air cl d(! l'eau, .'i la pression atinospliérique, à la combustion, etc. Cette iKiionmcc ne doit Kiière surprendre chez des fillelles qu'aucun atavisme, aucune action damhiance n'ont prédisposées ù l'étude de la Nature. Malgré les quelques expériences dont on les rend témoins et qui devraient les initier à la méthode des sciences physiques, l'enseignement de ces science» semble n'avoir pour elles que la valeur d'une dictée.
Il en est à peu près de même des sciences naturelles, bien que les échantillons de Minéraux, de Plantes. de Heplilos, d'Oiseaux et de Mammifères de la région mis sous les yeux des écolières, éveillent en leur
Fig. Iti3. — Coutuiv II la miichiBo à l'I\colc aationalc supérieure do jcuucs tf/fes, à Moattr
esprit riinaj^c concièlo et saisissante d'un monde plus familier. L'enseignement glisse, d'ailleurs, et avec raison , croyons-nous, sur ces objets, et se porte de préférence sur r.\natomie et la Physiologie de l'homnio. Des mannequins démontables du type Auzoux, des pièces isolées, représentant en grand formai l'opil, l'oreille, le ctinir, leslomac, etc., permeltenl aux professeurs de faire comprendre aux éKn-p.s la confornialion générale du corps humain et la faron dont s'y accomplissent la digestion, la respiration, la circulation du sang, la locomotion, la vision, l'audition, etc. Cet enseignement vise surtout à être pratique et fait il l'Hygiène une place assez large : on apprend aux enfants le rôle physiologique de l'air et (le la lumière, la façon dont se propagent, par contact direct ou par Peau contaminée, les germes microbiens de diverses maladies. Et, pour que l'exemple soit à crtté du précepte, pour que la pratique demeure acquise, même si la théorie n'est qu'imparfaitement saisie, on impose chaque jour à toutes
les écolières des mesures de propreté, des ablutions, qui d'abord choquent leur atavisme, mais dont, à la longue, elles finissent par prendre l'habitude, puis le goût,
6. Enseignement ménager. — La couture à la main et à la machine, la coupe et la confection de la lingerie et des vêtements, la broderie, le blanchissage et le repassage du linge lisse et amidonné tiennent une grande place dans les occupations des élèves. Aux écoles de Sarajevo et de Mostar, des salles sont affectées à la coupe, à la couture (fig. 163) et à la broderie (fig. lOi); il y a une grande buanderie et un atelier de repassage. Des maîtresses spécialistes sont préposées à chacun de ces
Fig. 164. — Atelier de broderie à l'Ecole nationale supérieure de Jeunes filles, àMostar.
exercices; à Mostar, les couturières ont à leur disposition non seulement une grande variété de patrons, les uns dessinés, les autre.s découpés, mais aussi des modèles de tous les genres de toilette montés sur des mannequins de la taille d'enfants de 12 ans. Des machines à coudre, des métiers à broder et des modèles de broderies complètent cet outillage. Les jeunes filles qui suivent ces cours jusqu'à la fin de la cinquième classe sont assurées d'acquérir une grande habileté manuelle et un beau talent de couturière.
7. Enseignement de la cuisine. — A Mostar, on a créé une Section de cuisine, pourvue d'une institutrice chargée d'enseigner aux enfants la préparation de tous les mets, surtout des plus simples : potage, bœuf bouilli, rôtis, etc., usités dans l'alimentation courante de la population aisée.
L'INSTRUCTION PUBLIQUE KS BOSMK-IIKIIZRGOVINK
Pi'rsoimoJ cnscii/iiiiul. — Le personnel enseignant des deux écoles de Sarajevo et de Moslar eal pres(|uo exclusivement féminin. A Mostar, il comprend actuellernenl 13 inslilulrices, un médecin chargé du cours d'iiygiône, et un professeur qui apprend aux élèves la tenue des livres.
Nous avons résumé, dans le tableau XXIII, les cours qui incombent, suivant leg clasaeH, aux divers professeurs. 11 nous a paru intéressant d'indiquer, en regard de chacune des personnes actuellement chargées de l'enseignement, l'Université où elle a pris son grade. On voit que, jusqu'à présent, c'est à Agrr.m que la plupart des institutrices de Mostar se sont formées.
Tableau XXllI. — Institutrices et professeurs de l'Ecole nationale supérieure de Jeunes ÛUes, à Mostar.
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