SEL
Le bassin de Tuzia n'est pas connu seulement par son gile de lignite; comme l'indique son nom (Tuz en turc signifie sel), il renferme aussi du sel. Ce n'est pas d'hier que date l'industrie salicole dans celte région ; quatre ou cinq cents ans avant l'ère chrétienne, à en croire Strabon, et, à coup aùr, nu temps de la domination romaine, elle existait déjà; elle rcvétail alors une forme primitive : on se contentait de recueillir l'eau salée que déversaient, par intermittence, deux groupes de sources situées à l'emplacement actuel des deux villes de Donja Tuzla et Gornja TuzIa; puis, on la Taisait évaporer dans des poêles posées à mémo dans le sol et chauffées soit par les seuls rayons solaires, soit au bois.
En 1878, le centre de Tuzla comportait deux puits de 9 mètres et 18 mètres de profondeur, fournissant de l'eau à 5 kg et 9 kg de sel par hectolitre.
L'attention du Gouvernement fut immédiatement appelée sur ce gîte salifère, et, dès 1879, commençaient les études géologiques ; en 1883, un premier sondage foré à Gornja Tuzla rencontrait le sel ù loi mètres de profoïideur et fournissait de l'eau à 24 kg par hectolitre; après le fonçage de deux nouveaux sondages n" 2 cl, 3, qui, d'ailleurs, donnaient de mauvais résultats, on construisait à Simin-han, en aval de G. Tuzla, la saline François-Joseph. Dès 1883, la salure du n" 1 baissant graduellement, on se résolvait à abandonner le siège de G. Tuzla pour attaquer celui de Donja Tuzla, où l'on fonçait successivement les n"' o, C, 10, 11, 12. Entre temps, la saline Fr. Joseph étant devenue insuffisante, on en construisait une nouvelle aux portes de D. Tuzla, à proximité des sondages et de la mine de lignite de Kreka.
Le (Iv/jôt de sel bosniacjue, comme aussi celui que l'on trouve dans toute la région carpathiquc, en Roumanie, en Transylvanie, en Galicie, date de l'étage miocène, de cette époque où la Méditerranée, après avoir recouvert toute l'Europe méridionale, s'est retirée, laissant en arrière de nombreuses lagunes ; l'eau de ces lagunes s'est alors peu à peu évaporée et a déposé un certain nombre de lentilles de sel au milieu d'une argile gris bleu uniforme constituant l'étage du Schlier (voir la coupe du gisement de lignite du talileau 111).
L'iilliirc générale du dépôt salin est encore mal déterminée ; toutefois, il semble, d'après les données fournies par les divers sondages, qu'elle affecte la forme d'une lentille en fond de bateau dont le grand axe, dirigé de l'est ;\ l'ouest, marquerait la ligne de plus grande richesse. C'est ainsi que, après avoir fait porter les premiers travaux sur la région de Gornja Tuzla, qui se trouvait être la plus voisine des affleurements, par conséquent la plus accessible, mais aussi la moins riche, on a (iù reporter les sondages d'exploitation au nord de Donja Tuzla, où la formation est plus profonde, mais la salure de l'eau i)lus constante.
La méthode d'exploitation est la méthode par dissolution ; quatre soudages sont actuellement en pleine marche :
PHOrOKOBOK
PBOroNDKf»
du sondage
do la formaliua aalM
360 mètres.
200 mètres.
Deux autres sont, à l'heure actuelle, en fonçage.
Lorsqu'un sondage a pris son régime normal, il fournit de l'eau saturée,^ renfermant, suivant la température, de 23 à 32 kilos de sel par hectolitre.
La production annuelle est d'environ 1.200.000 hectolitres, dont 700.000 sont amenés par une conduite de 14 kilomètres de longueur à la\soudière de Lukavac, et 500.000 répartis entre lesMeux salines de Simin-han et de Donja Tuzla, pour la production du sel.
La saline de Shnin-han renferme aujourd'hui six poêles, offrant une surface d'évaporation totale de
Fig. 215. — Fonderie de fer, à Vnfès.
800 mètres carrés ; on y fabrique surtout le gros sel et le sel en briquettes. A Donja Tuzla, quatre poêles, de 144 mètres carrés chacune, fabriquent du sel fin.
En 1897, la production du sel a atteint le chiffre de 140.000 quintaux, dont 100.000 de sel fin, 38.000 de gros .sel, et 2.000 de sel en briquettes, représentant une valeur de près de 210.000 francs; 200 ouvriers sont occupés aux sondages et aux salines.
Comme le montrent ces quelques chiffres, l'industrie salicole bosniaque a acquis une réelle importance, et, si elle ne peut encore songer sérieusement à lexportation, du moins suffit-elle amplement à tous les besoins du pays.
L'EXPLOITATION MINÉllALE EN BOSNIE-H KIIZKOO VI.N E
so-
in
KEH
Les minerais de fer sont très abondants en Bosnie; on le« trouve surtout dans les districts de Banjaluka, Prijedor el Sanskimost au nord-oucsl, de Fojnica et Visoko au centre. Ils ont été de tout temps l'objel d'une exploitation suivie : ils étaient réduits dans de petits fours [niajdaiis) pouvant traiter une charge de neuf tonnes en trois jours ; la fonte produite était ensuite transformée en fer dans de pelili'S forges.
En 187S, environ soixante de ces usines primitives étaient encore en activité, réparties dans les
vallées, à proximité des gftes ferrifèrcs et des forêts, où elles trouvaient le combustible à bon compte. Leurs produits jouissaient, d'ailleurs, d'une grande réputation non seulement en Bosnie, mais dans tous les Balkans; les faulx bosniaques ont été de tout temps très recherchées. Après l'Occupation, la construction de la voie ferrée Brod-Sarajevo permit aux fers austro-hongrois d'envahir peu à peu la Bosnie, et l'ancienne industrie, dont les procédés de fabrication étaient restés stationnaires pendant plusieurs siècles, dut disparaître; tous les /H/yrfflHssontaujourd'hui hors feu. En même temps se fondait, sur un gite connu des Anciens, mais non entièrement exploré par eux, une usine nouvelle (lig. 2i."i), établie suivant les principes et pourvue des appareils de l'industrie métallurgique moderne : le contre minier el métallurgique de Varè.s parait appelé à un grand développement.
La haulc vallée de la Stavnja, oCi 11 se trouve, est formée d'un massif de calcaires triasiques, que pi'fcciit, suivant une direction générale est-sud-est-ouest-nord-ouesl et avec un pendage de 43"' à 85" vers lo uord-osl, des Icrrains plus anciens, couches de Werfen et paléozoïques.
C'est à la partie supérieure de l'étage paléozoïque qu'apparaît le gtte de fer; ses affleurements alTi'clent la forme d'un arc très ouvert qu'on peut suivre sur plus de \ kilomètres, depuis la vallée de la Saska jusqu'au village de Pr/.iéi (lig. :21(>). Dans toute cette étendue, le minerai forme non pas une couche stralilléo régulière, mais une série de renllements et d'étranglements, allongés, dans lensemble, suivant la direction môme des terrains encaissants. Quatre lentilles principales se présentent de l'ouest à l'est : celle de Smreka (rive droite de la Stavnja), celles de Drozkovac, Brezik et Pr/.iéi (rive gauche'. La masse est constituée essentiellement par de la sidérose, décomposée en grande pallie el transformée soit en oligiste, soit en hématite brune, soit en hématite rouge. La coupe de la ligure 21" montre la (lisposilion générale : sur une strate («) de schistes paléozoïques renfermant des intercalations
Fig. 216. — l'inn des eaviroas do Vavhs, moalvnat les giles de fer et l'usine
calcaires, repose une masse de sidérose [b) passant peu à peu à Ftiématite rouge (c) au sein de laquelle on trouve encore quelques lentilles de carbonate non oxydées, puis viennent de nouveaux schistes calcarifères (rf), puis les schistes de "Werfen (Z).
Les analyses du tableau IV (page 310) donnent une idée de la valeur du minerai. La genèse du gîte de Varès n'est pas encore bien connue; mais il semble résulter, tant de l'allure du gîte que de sa constitution intime (en plus des oxydes et carbonates de fer, on trouve des veinules de pyrite de fer, de galène, de sulfate de baryte, etc.), qu'on a affaire à un type calaminaire : une venue sulfurée, se faisant jour au milieu des calcaires qui forment le passage des strates paléozoïques aux strates de Werfen, les aurait peu à peu corrodés tout en leur substituant du carbonate de fer; puis, sous l'effet de l'oxydation due aux agents atmosphériques, peut-ôlre aussi grâce à certaines actions de métamorphisme provoquées par des roches ignées (les schistes de Werfen renferment
des filons de mélaphyre), la sidérose se serait peu à peu transformée en oxydes.
Quoi qu'il en soit de ces vues théoriques, l'importance pratique du gîte de Varèâ n'en est pas moins nettement établie; on a reconnu l'existence de 20 millions de tonnes d'hémalite et de 80 millions de tonnes de sidérose.
Fig. 2n. — Coupe selicmatiquB du glto do Varès. — a, schistes paléozoïques A, sidérose; c, hé matite rouge ; d, schistes calcaires ; . ^' f, schis- ^
Wer-^ /À ^^$^^^^ ^ h' exploitation actuelle porte sur les minerais les plus riches et les
fen. / ^Mi , xNK^B pjyg faciles à traiter: les oxydes; le carbonate est laissé en réserve.
Les champs d'extraction à ciel ouvert, qui s'élagent en gradins sur les flancs des coteaux Smreka, Drozkovac, Brezik et Przici, sont reliés à l'usine par une série de plans inclinés et de paliers d'une longueur voisine de 6 kilomètres.
En 1897, l'extraction a été de 40.000 tonnes, avec un personnel de 130 ouvriers; mais ces chiffres vont croître très rapidement en même temps que la capacité de production de l'usine de Kralupi (lig. 2iSj, où l'on subtilue à un ancien fourneau au bois de IG tonnes un nouveau de 90 tonnes.
Lorsqu'on s'avance vers le nord, au delà de Varès, sur la route qui, depuis Podlugovi, remonte la vallée de la Stavnja, on traverse un haut plateau d'une altitude moyenne de 1.200 mètres, composé de puissantes assises de schistes de Werfen et de calcaires triasiques que couronnent les grès du flysch ; puis on tombe en plein massif de serpentine : c'est dans ce massif, long de près de 130 kilomètres, dirigé sensiblement sud-est-nord-ouest, parallèlement à la chaîne centrale bosniaque, que l'on trouve les gisements de chrome.
Jusqu'aujourd'hui, les travaux n'ont porté que sur la région de Duljostica; en ce point, s'est séparée du massif serpenlineux une sorte d'apophyse, d'une superficie d'environ 110 kilomètres carrés, où les minerais de chrome semblent se rencontrer en abondance ; les trois vallées de la Dubostica, de la Tribija et de la Krivaja ont été explorées et en partie exploitées (aux champs de Mekidol, « Neu » et «Alt» Rakovac, Medza, etc.).
L'EXPLOITATION MINÉRALE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE
Le chrome se pr(''sento ici, comme dans la plupart de ses gisements, sous forme de fer chromé répandu dans la serpentine. Il affecte des allures très variées : tantôt, c'est un amas assez régulier, presque pur, dont les dimensions atteignent plusieurs mètres; tantôt, ce sont de simples grains disséminés dans la roche mère; UmlM, enfin, ce sont comme des nids où serpentine et chrome sont intimement mélangés.
Les principales dinicullés de la mise en valeur d'un pareil gisement résident surtout dans la décou-
Fig. 218. — l'OuJerie de fer, à Kralupi.
vciio dos points niiiicrahsés: au début, l'explorai ion porta sur les flancs des quelques vallées^qui découpent le massif serpent incux, et l'on découvrit aisément, grâce à leur couleur noire tranchant sur le ton jaun(î verdâtre de la serpentine, un certain nombre de lentilles que le travail d'érosion avait mises <\ nu ; aujourd'hui, les recherches se poursuivent sur les hauts plateaux.
Quant aux traYaux dexploitatiou, ils sont menés avec moins d'activité depuis quelques années ; en 1898, le champ de Novi-Rakovac, où on a trouvé un nid d'assez grandes dimensions, a élé .seul exploité.
La méthode de travail y est fort sinii>le : on trace il différents étages, et en suivant, autant que possible, les traînées de chrome, un réseau de galeries; un chef mineur passe ensuite dans chacune d'ell*».
et marque à la chaux les points à exploiter. Puis, quand le minerai ainsi apparent a été sorti au jour, on perce dans les parois des galeries une série de sondages qui permettent d'apprécier la valeur de la roche voisine, et de déterminer si on doit, oui ou non, l'exploiter.
Le minerai extrait doit subir une préparation; un premier triage à la main s'opère sur le carreau de la mine : les morceaux renfermant 40 °/o et plus d'oxyde de chrome sont chargés directement et transportés à Varès; le reste est mis en tas pour être un jour soumis à une préparation complète.
On avait, dès 1884, installé au pied du mont Mekidol, centre de la première exploitation, un atelier de préparation comportant bocards, cylindres broyeurs, trommels classeurs, tiibles à
Tableau IV. — Analyses du minerai de fer de Varès.
Fer
Manganèse ....
Cuivre
Baryte
Silice
Acide sulfiirique .
Phosphore ....
Soufre