‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 97 sur 132 · ANTIMOINE · texte numérisé non relu

ANTIMOINE

La région la plus minéralisée de la Bosnie, la plus curieuse par la variété sinon par la richesse de ses produits, comprend le massif de terrains anciens qui s'étend depuis Kresevo et Prozor jusqu'à la hauteur de Jajce ; certains gisements, tels que ceux de Ccmernica (Stibine), des monts Iimc et Zec (Cinabre), ont été en partie exploités, puis abandonnés; d'autres, à Bakovici (Pyrite de fer aurifère), à Maskara (Cuivre gris) et à Sinjakovo (Pyrite de cuivre), sont en pleine exploitation; d'autres enfin, h Kresevo (Cuivre gris), n'ont encore fait l'objet que de recherches.

On trouve, aux environs de Cemernica (le village de ce nom est situé à 3 kilom. 5 au nord-ouest de Fojnica), des schistes micacés, phylliteux, paraissant se rapporter à la série cristalline ; ils sont dirigés du sud-est au nord-ouest, et inclinés de 00° h 80° vers le sud-ouest. Sur une longueur de plus de 4 kilom. 5, on peut suivre à leur surface les affleurements de trois filons, dont la direction est parallèle

L'EXPLOITATION MINERALE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

h celle des schistes encaissants, et le i)en(lage normal à celui de ces mêmes schistes. La puissance de ces (lions varie de 0'°,20 à 2 ou .'{ mètres; leur remplissage comprend un quartz généralement gris, quelquefois blanc, au milieu duquel apparaît la stibine, tantôt intimement mélangée avec lui, tantôt en masses compactes plus ou moins rayonnées; parfois, le quartz est imprégné de mouches de pyrite de fer et de blendo; enfin, en certains endroits, les filons comportent des salbandes, souvent épaisses de 1 mètre, et formées de schistes argileux qu'on dislingue facilement des épontes h rc que leurs inclinaisons respectives sont normales (fig. 222).

Ces filons avaient été exploités anciennement, très probablement au Moyen-Age, et l'on ne fut pas peu surpris, en pénétrant dans les vieux travaux ou en fouillant les haldes de surface, de trouver de grandes quantités de stibine pure abandonnées par les premiers exploitants. Sans doute, leurs travaux ne. portaient pas sur le minerai de l'antimoine, métal sans valeur h celte époque, mais sur un métal précieux : or ou argent.

Quoi qu'il en soit, c'est sur la stibine seule que portèrent les travaux de la Société Bosnia, qui, dès 1881, créa à Gemernica un champ d'exploitation, et reconnut à peu près toutes les parties des filons supérieures p\g 222. — Coupe iTune galorie au niveau de la vallée. Le bas prix au.iuol est tombé soudain le métal "'"""'" ''"'" '* "'"" ''" ^'^ antinioino a eu comme contre-coup l'urrèl des travaux en 1892.

Peut-être les parties profondes des filons enferment-elles un méUil précieux, celui-là même que les Anciens exploitaient dans les parties hautes : de nouveaux travaux seuls pourront renseigner <l cet égard.

ASSOCIATION DE CUIVHE, DE MERCURE, d'oR, D'ARGENT, ETC.

§ 1. — Cuivre gris de Kresevo.

La région de Kresevo est de celles dont la valeur minière n'est pas encore bien définie, el pourtant les explorations n'y ont pas manqué : au lendemain de l'Occupation, l'Autriche y envoyait une équipe de mineurs dldria sous les ordres d'un Oborbergrath; d'autre part, des explorateurs privés el, en premier lieu, M. Falkner, un Français bien connu dans le monde minier bosniaque, recherchaient avec soin les affleurements de cuivre gris. Jusqu'à ce jour, aucune Société ne s'est fondée en vue de l'exploitation méthodique du gîte.

Le terrain minér.alisé se compose de calcaires et de dolomies paléozoiques, au milieu desquels des fractures, des fentes à peine saisissables aujourd'hui ont amené, à une époque mal déterminée, les eaux métallisantes : ces eaux ont rongé les calcaires très irrégulièrement, ont formé des poches 0(1 se sont déposées les matières en dissolution, composées essentiellement de barytine, parfois de quartz et de calcite; c'est dans cette gangue qu'apparaît le cuivre gris en masses distinctes, en rognons ou en fines imprégnations.

Il y a eu, d'ailleurs, sur ces gîtes superficiels, des phénomènes de remise en mouvement qu'accuse la couleur des produits auxquels ils ont donné naissance : soumis à l'action des eaux de surface, le Cuivre gris a perdu une partie de son cuivre à l'état de malachite el d'azurite, qui ont imprégné les calcaires encaissants et les ont colorés en vert et en bleu.

Suit la composition d'un échantillon choisi dans une poche de cuivre gris à peu près pur :

Cuivre 35 à 40 "/o

Mercure 2,5 à 3,5 "/o

Argent 4à6 kilos à la tonne.

Antimoine 25 à 30 »/o

Arsenic et divers.

Non loin de ces dépôts superficiels, on trouve quelques filons d'importance secondaire

§ 2. — Cinabre.

Dans la même région, et se rattachant sans doute à la même origine, on trouve quelques gisements de cinabre, interstratifiés dans des sables calcaires déposés au fond de cavernes ouvertes au milieu des calcaires compacts. Ce sont là des accidents tout locaux, qui paraissent dus à des phénomènes de remaniement. Le cinabre a pu, d'ailleurs, participer directement à la venue filonienne : on le trouve, près de Prozor, associé à de la stibine et à de la barytine; à Toplica, à 10 kilomètres environ au sud de Kresevo, des recherches en cours viennent de mettre en évidence un gîte qui mérite de fixer l'attention.

En 1890-1892, on a traité, à l'usine à antimoine de Cemernica, quelques tonnes de cinabre issues du mont Zec; on en a retiré environ 100 quintaux de mercure. On a, en outre, poussé quelques recherches au mont Inac, aux monts Pogorelica; elles n'ont abouti à aucun résultat pratique. Le cinabre n'est plus exploité aujourd'hui en Bosnie.

S 3. — Cuivre gris de Maskara.

La venue de cuivre gris n'est pas limitée à la région de Kresevo; elle a affecté un certain nombre d'autres points, en particulier la haute vallée du Vrbas; dans la montagne qui domine au sud le confluent de la Desna et du Vrbas, les recherches ont mis à jour un filon sur lequel la Société Bosnia a ouvert une exploitation.

Le terrain est constitué ici, non plus par des calcaires, mais des schistes, ce qui explique que le cuivre gris n'ait pu que se déposer dans la fracture qui s'offrait à lui lors de sa venue au jour sans en ronger les bords pour s'épanouir ensuite.

Le filon, d'une inclinaison moyenne de 35», d'une puissance de 20 centimètres à 1 mètre, a une composition variable avec l'altitude : à la partie supérieure, la gangue est formée surtout de barytine; la teneur du cuivre gris en mercure, or, argent, est faible; en dessous, vient une zone caractérisée par la présence d'hématite et de limonite, où le minerai contient jusqu'à 4, 5 et 6 % de mercure; plus bas encore, les oxydes de fer font place à de la sidérose associée à du quartz, au milieu desquels apparaît le cuivre gris avec 2 ou 3 % de mercure.

Voici la composition d'un échantillon moyen prélevé à ce niveau :

Cuivre 18 "/o

Mercure 3,5 »/o

Or 18 gr. à la tonne

Argent 920 —

Antimoine 9 »/o

Soufre 10 "/o

Fer, silice, etc.

Que devient le filon en profondeur? Le cuivre gris passe-t-il peu à peu à la chaleopyrite avec disparition progressive des métaux précieux, ainsi qu'il arrive dans plusieurs gisements du même genre?

L'EXPLOITATION MINÉRALE EN BOSNIE-HEKZÉGOVINK

Les travaux acUicls no permettent pas d'en juger. Jusqu'à ce jour, on n'a reconnu que la partie à flanc (le colline : on a poussé trois galeries en direction, et percé quelques desccnderies. Trois étages d'exploitation sont ainsi aménagés, d'où l'on espère retirer 12.000 h 15.000 tonnes de minerai.

On n'a pas pensé que la production actuelle fût suffisante pour motiver la création d'une usine permettant de retirer du cuivre gris les métaux qu'il renferme : cuivre, mercure, or, argent ; on s'est contenté d'en extraire le mercure par un procédé tout primitif et d'ailleurs provi-^oire, comportant un grillage suivi d'un lessivage.

Le minerai grillé est mis en réserve pour être traité le jour où une usine complète aura été conslruilo; l'emplacement de cette usine est tout indiqué sur le gisement même, où l'on trouve le combustible à bon marché (le stère de bois revient de 1 fr. 25 à 2 fr. 10) et où l'on peut prendre sur la Desna une force motrice de près do 100 chevaux.

Le filon de Maskara n'est pas le seul de la région; M. Falkner en a reconnu un certain nombre dans toute la haute vallée du Vrbas : à Corce, à Dobrosinj, etc., sur lesquels il fonde de grandes espérances. Je n'ai pas eu le loisir de m'y arrêter.

OR

« La question do l'or, en Bosnie, restera longtemps encore non résolue », écrivait en 1896 M. le Conseiller supérieur des Mines RUcker, à la fin de son livre Gohlvorkommen in Bosnien, fai.sant allusion à l'incorliludo dos résultats des recherches entreprises sur les gisements aurifères depuis l'Occupation autrichienne.

Il n'est pas doutnux que l'or n'ait été activement exploité dans les temps anciens : on l'obtint en lavant l(>s alluvions des vallées de la Lasva, do la Fojnicka et du Vrbas; et même il fut recherché dans son gisement primitif, à en jiigor par le grand nombre des excavations qui parsèment les bords du plateau de la Vratnica, situé à l'est de Gornji-Vakuf.

Mais, quelle est au juste la roche-mère qui a donné naissance aux gisements alluvionnaires? L'or s'y présente-t-il sous une forme exploitable? Autant de points d'interrogation que n'ont pas levés les trcavaux effectués depuis 1880.

Ces travaux ont d'abord porté sur les alluvions de la haute vallée du Vrbas : on constata que les Anciens avaient lavé tous les sables tenant plus de 0 gr. 4 d'or à la tonne, sauf peut-être ceux du Zlatnopolje (champ d'or), près de Bistrica; on reconnut aussi qu'un nouvel enrichissement mécanique s'était produit en certains points au cours des siècles suivants; enfin, on trouva dans les roches de la Vratnica une teneur de 0 gr. 4^2 gr. 0 d'or à la tonne.

Los alluvions de la La.sva paraissant aussi épuisées que celles du Vrbas, on se mit à rechercher les filons qui ont dô amonor l'or au jotir : ainsi on découvrit au sud-ouest de Travnik les deux filons de Vilenica et Heljdovi, qui présentent, sous une puissance variable de 10 A 10 centimètres, un remplissage de quartz, de sulfures et d'oxydes de fer avec une teneur en or de 6 à 80 grammes h la tonne. De même <\ Bakovici, à 5 kilomètres au sud-est de Fojnica, une société hongroise, l' « Oheriingariscbe lierg und IhUtenwerksactien Gesellsclml'l », explore depuis quelques années deux filons de pyrite de fer aurifère avec gangue quartzeuse, dune puissance de 0'",20 à l^.iO, où la teneur en or va de

20 grammes à 160 grammes, parfois même 200 grammes à la tonne. Par places, là siirloul où apparaissent quelques imprégnations de cuivre gris, de l'argent se trouve associé à l'or.

Le chiffre de l'extraction à Bakovici, en 1897, s'est élevé à 3.670 tonnes. On a installé dans la vallée voisine de la Zeljeznica une usine pour le traitement du minerai par le procédé d'amalgamation; elle se compose essentiellement d'un jeu de bocards et d'une série de tables Frue Vanner. Elle n'a donné jusqu'aujourd'hui que des résultats assez médiocres, dus sans doute à ce que l'or est trop intimement, trop chimiquement uni à la pyrite pour pouvoir s'en séparer par simple broyage et amalgamation.

Des échantillons ont été adressés à diverses usines : à Paris, à Bruxelles, à Hambourg, en vue de déterminer le mode de traitement qui convient le mieux à la nature du minerai.

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