CONCLUSION
C'est donc à une catastrophe qu'a abouti cette tentative d’« automatisme social ».
Et pouvaitl en être autrement, quand on sait dans quel esprit elle avail été conçue, et vers quelles fins elle était dirigée ?
Faire servir à des vues politiques une entreprise économique : c'est là le plus gros danger qui menace le système de la municipalisation.
Au lieu de s’en garder, il semble que la municipalité de Catane ait tenu à le braver. |
Il est certain qu'à l’avènement du parti populaire à la mairie de Catane, en 1902, l'état. déplorable de l'industrie du pain, justifiait une intervention immédiate et énergique de la part des pouvoirs publics.
Cette intervention se manifesta d’abord par la taxe du pain, puis — celle-ci devenant insuffisante et inutile — par la municipalisation de la boulangerie et peut être était-ce là en effet le moyen le plus efficace pour porter un remède aux maux que l’on voulait supprimer.
Mais au lieu de faire de la boulangerie municipale une institution utile à tous les citoyens — ce qui n’eût été que juste, puisque tous les citoyens en supportaient les charges — le pro-syndic voulut en faire un instrument
de lutte aux mains d’une classe contre une autre classe ; et pour favoriser une partie de la population, les 19 0/0 environ, il a gravement lésé les intérêls de l'autre partie, de beaucoup la plus nombreuse puisqu'elle représentait les 81 0/0 de la population.
Sous les apparences d’une institution économique, l'entreprise fut surtout, et presque exclusivement, une institution politique. |
Créée pour supprimer les abus qu'engendre le régime de la petite industrie, elle n’a pas su éviter elle-même ceux que peut engendrer le monopole.
Pour supprimer un excès, elle est tombée dans un autre, et de même que les excès du régime tyrannique et anarchique de la petite industrie avaient été la raison de l’origine de la municipalisation, de même ceux de la municipalisalion provoquèrent l’apparition de l'institution qui devait venir briser le monopole de la commune, la boulangerie coopérative.
De celle-ci, nous ne dirons pas non plus d'ailleurs qu'elle ait été une entreprise uniquement économique.
Les noms de ses directeurs et ceux de ses sociétaires sont trop exactement ceux du parti opposé à l'administration socialiste pour que nous n'y voyions pas aussi un but politique ; mais pouvail-il en.être autrement, et n'était-1l pas naturel que, le parti socialiste ayant trouvé dans la boulangerie municipale une arme de combat, le parti opposé cherchàt, dans le création d’une boulan-
gerie coopéralive, un moyen de se défendre ?
Mais si ces deux institutions ont eu toutes les deux un but politique, et sont en‘cela semblables, elles diffèrent singulièrement par les résultats qu'elles ont engendrés.
Tandis que l’une, la boulangerie municipale, a été amenée à la faillite, l'autre a prospéré et s’est développée régulièrement et sans à-coups.
Et de cette constatation nous pouvons conclure que, si une entreprise municipale ne peut durer, lorsqu'elle est créée pour des fins politiques, il n'en est peut-être pas de même d’une entreprise coopérative créée dans le même but.
Enfin si nous voulions tirer de toute celte étude une conclusion, qui, pour être plus générale ne soit pas cependant téméraire, nous dirions volontiers : la municipalisation de certains services publics, et en particulier celle de la boulangerie, est peut-être en certains cas nécessaire ; mais elle exige de la part de ceux qui l'entreprennent un vif sentimentde l'intérêt général qui les empêche à chaque instant de perdre de vue ce principe, que c’estdans l’intérêtde tous et non dans l'intérèt d’un parti que l’entreprise doit être dirigée.
Peut-être la gestion des grands services publics par la commune, sera-t-elle dans l'avenir, une des formes nouvelles de l’activité communale, et comment nous en plaindrions-nous si elle demande de la part d'un plus grand nombre de citoyens un degré de conscience
plus élevé, et plus de moralité ?
Vu à Paris, le 1% octobre 1907.
Le President de la thèse, Raour JAY.
Nil Paris, le 1% octobre 1907.
Le Doyen de la Faculté, CH. LYON-CAEN.
Permis d'imprimer :
Paris, le 1% octobre 1907.
Le Vice-Recteur de l Académie de Paris.