SCÈNE PREMIÈRE
MARCEL et ALBERT écrivent, chacun à son bureau. HÉLÈNE met son chapeau pour sortir. Elle est près de la fenêtre ouverte.
HÉLÈNE
Oh ! regardez, des femmes qui se battent dans la rue !
N. B. Cet essai dramatique est l'adaptation, très libre, de quelques chapitres d'un roman : Les joues d'Hélène. — P. Q.
marcel, allant vers la fenêtre. Elles n'y vont pas de main morte. Ce sont des blanchisseuses. Quels bras !
HÉLÈNE
Ho. ho! La mauvaise... Regarde donc comme la grosse frappe la plus faible.
albert, qui na pas quitté son bureau.
Elles se battent pour un homme... C'est une femme qui a appris que son mari la trompait et qui veut arracher les yeux de sa rivale.
hélè>e, se retournant.
Qui vous a dit cela ?
ALBERT
Les disputes de femmes ont toujours la même cause : il y a un homme entre elles et elles se battent, se griffent, se mordent, se déchirent jusqu'au sang pour avoir leur proie, comme si l'homme capable de partager son amour entre deux femmes n'était pas une loque méprisable indigne de l'une et de l'autre.
MARCEL
Tu as toujours la même indulgence à juger les choses de l'amour, mon bon Albert.
ALBERT
Ah ! patron, l'indulgence tourne si vite en lâcheté ! Hélène, quittant la fenêtre, émue du spectacle q u elle vient de voir.
On les emmène... La grosse a un œil tout noir et l'autre a les mains pleines de sang... 11 faut qu'elles
aiment joliment leur amoureux pour se mettre dans un pareil état.
MARCEL
Tu ne te sens pas capable de te battre aussi ardemment pour ton petit mari.
HÉLÈNE
Tu es bête !
ALBERT
Pourtant, si votre mari vous trompait ?
HÉLÈNE
Ce n'est pas possible.
ALBERT
Si sa maîtresse se présentait au magasin et demandait votre mari ?
HÉLÈNE
Je refuserais la commande.
ALBERT
Sérieusement : réfléchissez.
hélène, d'un ton un peu triste.
Non.
ALBERT
Vous n'êtes pas jalouse.
HÉLÈNE
Ça ne sert à rien.
ALBERT
Si. Plus qu'on ne le croit.. .
(Un silence. On sonne au magasin.)
MARCEL
On a sonné.
(Albert sort.)