‹ La bouquinade et autres gaillardisesChapitre 22 sur 48 · CONTRE AMOUR. SONNET · texte numérisé non relu

CONTRE AMOUR. SONNET

Si c'est Amour, de vivre comme beste Dessous le joug d'un féminin vouloir.

Rire, plorer, s'escrier, se douloir.

Ainsi qu'il monte à madame en sa teste ;

Si c'est Amour, faire le Loup en queste, Mettre Corps, biens, et vie à nonchaloir, Et puis, au bout, au lieu de mieux avoir, Estre payé d'un congé deshonneste ;

Si c'est Amour, que perdre son service. Deux ou trois ans, et qu'un autre jouisse Du bien qu'on est longuement poursuivant :

Allés ailleurs, tendre telles Coquilles ;

Bran pour l'Amour ! et pour toutes les filles !

Je n'aimeray tant que seray vivant.

DU BEAU MAUGERON

Quand ce beau Maugeron print naissance icy bas, Trois grandes Deitez pour luy prindrent querelle : Mars, le dieu de Lampsaque et Cyprine la belle, Qui tous, diversement, se plaisent aux combatz.

Jupiter, qui voioit leurs courageux debas, Son Troien eschanson Ganimedes apelle, Voulust qu'il appaisast ceste noise nouvelle. Comme Competant Juge en amoureux esbas,

— Un si beau corps, dit-il, à trois ne peut suffire ; Pour un ce seroit trop, pour deux il bastera : Venus son beau devant, et Priapus aura

Le derrière pour soy, qui le devant n'empire. Mars, frustré de son droit, forcenoit en son ire, Et qu'il auroit son ame en partage il jura...

AU ROY

Sur LA MORT DE SON QUELUS. 1578.

Sire, comme Quelus, nagueres a esté

Une fleur de Printemps, qui n'a veu son Esté,

Un esclair qui est mort, soudain qu'on l'a veii naistre.

Quand, vainement enflé du vent de vos faveurs,

Il a précipité sa vie et ses honneurs,

Pensant estre Immortel sous l'apuy d'un tel Maistre :

Que ce bel Adonis vous serve de leçon. Pour ne vous paistre plus, doresnavant, au son D'une enfance qui, or, par tout vous environne ; Le Ciel, qui fut aux Rois favorable et bénin, S'ils ne mettent aussi de l'eau dedans leur vin. Souvent, en un clin d'œil, leur oste la Couronne.

Quelus estoit cherv uniquement de vous ; A^ous estes honoré uniquement de tous : Que vostre fin ne soit avecques luy commune : Ne faites, violent, par superbes Discours, Que perdant et de Dieu et de nous le secours, Vous soiez comme luv un Esclair de fortune.

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