DE LA FLEUR DE LA VIGNE
Ni la fleur...
Ménage, dans ses Observations sur les Poésies de Mallierbe, dit, à propos de cette Ode, que Ronsard, au lieu d'acquérir la réputation de docte, acquit celle de pédant. M. Paul Laumonier, dans son Ronsard Poète Lyrique, p. 427, écrit qu'elle est « un des meilleurs exemples que l'on puisse donner des excès où Ronsard est tombé en voulant réagir contre le stvle prosaïque de ses prédécesseurs... » Richelet s'est chargé de la commenter en partie.
Vers 1-2 : Le nom d'un mois = La violette de Mars.
Vers 2-3 : Ni la Rose qui de sus la cuisse d'Adon = L'anémone [adonium floreni, dit Pline. Ov. Meta m. X).
\''ersS : Du nom d'HyaciiitJic. — » Icy, dit Richelet, nostre Poëte distingue la fleur d'iiyacintlie d'avec celle d'Ajax, combien que ce ne sont qu'une //. (Ov. Mctani. X.i
^"ers Q : OitWjax enfanta : Tlivacinthe (Ov. Mctaïu. XIII.)
Strophe IV : Celle qui jaiinist = le tournesol. C'est la fable de Clvtie, changée en tournesol. Elle enviait Leucothoé, aimée du Soleil, ou Apollon, qui la changea elle-même en arbre odoriférant. (Ov. M et a ni. IV.)
Strophe 5 :.le narcisse. (Ov. Métaïu. III.) Strophe 6 : l'arum, 'k Cela se lit, dit Richelet, dans les Alexipharmaques de Nicandre 140s, sq.)... Ce fleuron... voulut un jour contester la beauté de ^"enus, qui, par despit, et en vengeance, enferma au milieu la vergongne d'un asne />.
Strophe 7, vers 1-2 : l'helenium ou aulnée. 1 Pline L. XXI, ch. 33.) — ^"ers 3-4 : ■''' On croit, dit Richelet, que ce soit le Lis, qui auparavant estoit touiours rouge ».
(') Ny l'astre des jardins. l'Œillet, Ny l'une et l'autre Gyroflée, Xv l'Hyacinthe au teint d'œillet.
Le Glayeul, ny la Gantelée ;
[Œuvres, 15S7.) (-; En son cœur la Troyenne espée ;
[Œuvres, isSy.) (^) Ny la blanche fleur qui se fist
[Œuvres, 15S7.) ('*) Des larmes de la belle Ileleine;
[Œuvres, 1584.)
(•') Du laict de sa mammelle pleine,
{ŒiW7'es, 1584.
('') Du bout de sa fraize esgoutée,
{Œuvres, 1584.
(') D'elle n'a chanté la louange.
[Œuvres, 1578.
AMOURETTE Or, que Vhyver...
Cf. Théocrite, Oaristys; Ovide, Art iV aimer, L. I, 6(35-70. Pour l'imitation de Pontano, cf. Paul Laumonier, Ronsard Poète Lyrique, 515 sq. « Geste folastrie, dit trop brièvement RemyBelleau, est assez aisée de soy. »
Non acroupis près le fouyer cendreux,
Assison nous sur ceste molle couche;
(Œuvres, 1584.) Sus! baisez-moy, tendez-moy vostre bouche,
(Œuvres, 1584.) Pressez mon col de vos bras despliez,
(Œuvres, 1584.) Il ne faut point, en si folastres jeux,
(Œuvres, 1584.) Approchez-vous, tendez-moy vostre joue; Vous rougissez? Il fault que je me joue; Vous sou-riez? x\vez-vous point ouy
(Œuvres, 1578.) Approchez-vous, tournez-moy vostre joue;
(Œuvres, 1584.)
(') Sur vostre sein: le voulez-vous permettre? Ne fuyez pas sans parler; je vov bien, A vos regards, que vous le voulez bien. Je vous cognois en voyant vostre mine :
{Œuvres, 1384.) (^) Ne fuvez pas, maistresse, je voy bien, Au clin des yeux, que vous le voulez bien. Je vous entcns en vovant vostre mine :
{ Œuvres, IS7S.) (^) A vostre front, que je vous fay grand bien.
(Œuvres, 1367.) ("-) Qu'on vous baisast, bien que le desiriez,
(Œuvres, 1S78.) (^') D'un franc vouloir Paris qui la ravit.
(*-') Je veux user d'une douce main forte;
('■^i liai vous tombez, vous faites ja la morte!
(Œuvres, 1578.) {^'*j lia! quel plaisir dans le cœur je reçoy!
(Œuvres, 1584.) ('•'') Sans vous baiser vous moqueriez de moy, En vostre lit, quand vous seriez seulette.
(Œuvres, 1378.) ("'j Or sus! c'est fait, ma gentille brunette...
(Œuvres, 1384.) (*') Soyent reschauffez de combats si plaisans.
(Œuvres, 1384.')
IMITATION DE MARTIAL
Tu veux qu'à tous coups...
Epigramme retranchée en IS78. C'est une imitation de VÉpigraïuuic 46 du Livre III de Martial : Ad Candi dum. On est étonné de trouver une épigramme tellement obscène sous la plume de llonsard. Elle a été reproduite dans le tome III du Martial de Simon et Auguis. Paris, F. Guitel, s. d. p. 428, Supplcuicut.
BAISER
Quand, de ta levrc...
Aulu-Gelle, Nuits, Liv. XIX, 11. Mis en musique à 5 parties, par Philippe de Monte (Sonct^i de Ronsard, 1575). Complet à la Bibl. Nat.
(^) Quand, lors de tes lèvres decloses,
(Œuvres, 157Q.) Quand, hors de tes lèvres decloses,
(Œuvres, 1384.) (^) Je sens ton haleine de roses,
(Œuvres, 1371.) (■') Les miennes, les avant-portiers
(Œuvres, 1584.)
SONNET VIII
A mon retour...
Vers Q-ii : Ha! tu devrois imiter les pigeons... Dans les Amours de Marie, Ronsard dit de même (Chanson : Quand ce beau printemps je voy) :
Au moins levé un peu tes yeux
Gracieux, Et voy ces deux colombelles Qui font naturellement,
Doucement, L'amour, du bec et des ailes.
SONNET XLV
D'autant que l'arrogance...
Ce sonnet est irrégulier par ses deux tercets.
(') D'autant j'aime ma vierge, humble, et jeune Maistresse.
SONNET LUI
Amour, Je ne me plains...
Vers 2 : ...de ma Jeune Lucresse. ^^ Lucrèce de Bacqueville, dit Richelet, jeune, belle, sçavante, des plus parfaites delà cour, estoit une des meilleures amies d'Ilelene. » Ronsard lui a consacré un sonnet-épitaphe dans le //' Livre des Sonnets pour Hélène. C'est le LX'\ (CL éd. Lcmerre, iqig, t. I, 325). Richelet tenait son renseignement de Binet : il n'v a donc pas lieu de penser que Ronsard fasse allusion à la Lucrèce antique, comme dans ce sonnet du Carquois, où le S' Louvigné du Dézert fait parler la -'-' Boiste du Godemichy // :
Allez, œil de \'autour et belliques moustaches, Matamore aviné, lleurant l'escalîgnon,
Qui faictes belle jambe, un poing sur le roignon, Qui traictez les tétins en fausseur de rondaches!
Allez, fin Prestolet, parfumé de pistaches, Baylleur de petite-oye, et... petit compaignon.; Vous, crâne de Pédant, chauve comme un oignon; Vous, Rymeurs en lambeaux, tout gastez par les taches!
Allez offrir ailleurs vos appas rebuttez, Vostre amour malhonneste et vos civilitez : De vos prétentions s'offusque ma Maistresse.
Je le sçay, car, soubvent, après vostre despart. De moy, discrette Boiste, elle tire un poignart, Et s'en fiert un grand coup, telle une autre Lucrèce !
Voyez, dans notre édition des Œuvres Satyriqiies Complètes du S' de Sigogue, l'Édition, iq20, la pièce sur le Godeniichy des filles de la Reine, et la note qui l'accompagne, empruntée à Brantôme.
(^) C'est un gros instrument par le bout etrecy,
(Œuvres, i6oq.) (-) Une glaire espessie, entre les draps gluante,
( Œuvres, i6oc).) (^) Que se feindre Lucesse avec un tel remède!
(Œuvres, lôog.) Que se feindre Lucresse avec un tel remède!
(Œuvres, 1017.)
SUR LA NEPIIELOCOCUGIE
de Pierre Le Loyer
Loyer, ta docte Muse...
Cette épigramme fut publiée en tête de la Nephelococngie on la Nuée des Cocus, non. moins docte que facétieuse, dans les Œuvres et Meslanges poétiques de Pierre le Loyer Angevin, 1579. Gay ne l'a pas reproduite dans la réimpression de iSog de cette spirituelle imitation des Nuées et des Oiseaux d'Aristophane.
Dans sa Vie de P. Le Loyer, CoUetet raconte que Ronsard, étant à Angers dans la boutique d'un libraire, entendit parler de la Nuée des Cocus, qui allait paraître. ^< Il composa sur le champ quatre vers qu'il envoya dès l'heure mesme à l'autheur de la pièce... »
M. Paul Laumonier a reproduit l'épigramme de Ronsard au t. VI des Œuvres Complètes, Lemerre, ic)iq, p. 442.
Qjie je se rois marry...
Tous mes désirs estoient de m'en veoir guerdonné.
(Œuvres, IS92.)
non encore imprimée.
Tu te inocques...
Cette pièce et la suivante n'ont pas été recueillies dans les Œuvres de Ronsard, sauf par M. Paul Laumonier, Lemerre iqiq, t. VI, 4S0 et 4s i. L'attribution des Fleurs des Plus excellents Poêles, et surtout celle du ms. 488, permettraient de les croire authentiques, bien qu'elles aient été rejetées par les exécuteurs testamentaires. On ne saurait, cependant, se prononcer d'une façon définitive. Cf. Frédéric Lachèvre, Rec. Collect. de Poés. Libres el Satyr., Paris, Champion, 1914, 337 ; Bibl. des Rec. Collect. de poésie, I, 21, 2QQ-300 ; Paul Laumonier, Tableau Chronologique des Œuvres de Ronsard, Paris, Hachette, iqii, 73 ; Internicdiaire des Chercheurs, 10 nov. iSOù, p. 04b ; 10 janv. 1857, p. 13.
(*) Non plus qu'à ton ventre ne fault
(Ms. 488.) De pelissons. tant il est chaut.
{Cab. Sat., 1018.) {'■^) Tous les tisons ardans Attisent la dedans
(Ms. 488.) Que l'air de la fournaise.
Ainsi le fou frappeur,
{ Cab. Sat., 1700.)
C") Esbranlé de la main,
(Ms. 488.) (') C'est bien afin que ma cervelle
( Cab. Sût., 1018.) {^) Et que mon double tafetas
(Les Fleurs, i5oi.) (^) La face ravaler en bas.
{Ms. 488.) (^^^) La viande, et induit
Que plus chaud il demeure :
(Cab. Sût., 1618.) La viande, et mieux il duit
( Cab. Sût., 1700.) (**) Cuite en perfection, Fait la sancté meilleure.
(Ms. 488.) (*-) Qui plus grosse aux couillons s'arreste
(Ms. 488.) (*^') Prend l'un et l'autre point :
I Cab. Sa t., 1700.) (1^) Et te souviens, champloy,
( Cab. Saf., 1700.)
AUTRE, DU MESME A la mesme Dame.
Contente toy...
(*) Tu es, je ne mens point,
( Cab. Sat., 1019.] (-) Qui au montoir se plaît,
(Cab. Sa t., 1700.'
(•^) Mon y. n"est pas mon doy,
fCab. Sût., 1018.) Mon V. n'est pas mon doigt,
(Cab. Sût., 1700.) {'') Et sont tours de jeunesse.
(M^ 488.) (•') Mon cheveul blanchissant,
(Les Fleurs, lôoi.) Mon cheval blanchissant,
(Les Muses Gai'U., 1609.) Mon cheveu blanchissant, De mon V. va chassant
[Cah. Sat., 1618.) Mes cheveux, blanchissant, De mon \ . vont chassant
{Cab. Sat., 1700.) (^) L'hiver n'est pas esté :
(Ms. 488.) (') Je le confesse et jure,
[Cûb. Sût., 1700.) (^) M'échauffoit bien le flanc
(Cûb. Sût., 1700.) (■') Il resemble au goulu,
[Les Mifses Gû/II., iôoq.) (*'^) Tout à la fois consume :
(Cûb. Sût., 1700.) (") Son argent dans un lieu, Trouve à la fm l'écume.
(Cûb. Sût., 1700.) ('-) De l'homme; n'est repeu
(Cûb. Sût., 1618.)
De l'homme; il n'est repeu
iCab. Sat., 1700.) (*^) Souvent, de petits mets
(Ms. 488.) (*'') Ne fronce ce sourcv :
Si tu les veux ainsi,
{Les Muscs Gaill., iboq.)
SONNET LVII
Maistrcssc, embrasse iiioy...
Cf. Pierre de l'Estoille, Méiiioires-Joiiniaiix, éd Lemerre, t. VIII, iq Fév. 1007, p. 276 : ''< M. Despinelle m'a donné, ce jour, diverses poésies non imprimées, entre lesquelles y a Hiiict sonnets de Roiisard en faveur d'une des filles de la feue Roineniere, qu'on a tirées des mains de M. Gallandius. /> Ces huit sonnets furent recueillis en i6oq. Sur le nombre 9 de ces sonnets dans l'éd. Blanchemain (l, 410), cf. Paul Laumonier, Tableau Chronologique des Œuvres de Ronsard, Paris, Hachette, igii, p. 74.
(^) Je ressuscitera}' alors ainsi là bas,
(Paru. Sat., 1622.)
CHANSON A ce nialheur...
M. Paul Laumonier doute de l'authenticité de cette chanson, -r bien, dit-il, qu'elle ait été réim-
primée au nombre des œuvres authentiques de Ronsard dans les quatre éditions postérieures à 1517 (1623, iC)2C), 1807, i8q^). // L'éminent critique fait encore valoir qu'elle ne figure dans aucune édition contemporaine du poète, et que son rythme est étranger à la métrique de la Pléiade. Il est, en effet, bien antérieur. Cf. Paul Laumonier, Ronsard Poèlc Lyrique, 240-241 ; Tableau Clironologiquc des Œuvres de Ronsard, 70 ; Œuvres complètes, Lemerre, iqiq, t. VI, Notes, 97.
SONNET
// nie desplaist beaucoup...
Les deux notes de Pierre de TEstoille concernant les trois sonnets de Ronsard seraient une preuve suffisante de leur authenticité, car fauteur des Mémoires-Journaux était aussi bien renseigné qu'au xvif siècle Tallemant des Réaux. De plus, sa scrupuleuse honnêteté ne lui aurait point permis d'écrire à la légère. Cependant, comme il reste un doute dans certains esprits, il est bon de rappeler que le père des Satyriques français, déjà invité par Charles IX à s'exprimer ouvertement, offrit ses services à Henri III, dans les Est rennes présentées en 1574, et publiées dans les Elégies en 1578 :
<'< Sire, voicy le mois où le peuple romain. Qui tenoit tous le monde enclos dedans la main, Donnoit aux serviteurs, par manière de rire, Congé de raconter tout ce qu'ils vouloient dire.
Donnez-moi (s'il vous plait) un semblable congé, J'ay la langue de rongne et le palais mangé ; Il faut que je les frotte ou il faut que je meure, Tant le mal grateleux ne démange h tout' heure. Puis voicy le printemps où se purge un chacun, 11 faut que mon humeur se venge sur quelqu'un ; Mais je ne puis sans vous; sans votre faveur, sire, Je n'ose envenimer ma langue à la satyre. Si est-ce que la rage et l'ulcère chancreux Me tient de composer ; le mal est dangereux Qui desplaist à chacun ; mais si je vous puis plaire, Il me plaist, vous plaisant, d'escrire et de desplaire.
Je feray comme un ours que le peuple aiguillonne,
Qui renverse la tourbe et mord toute personne.
De grand ny de petit ne me donnant souci.
Si l'œuvre vous agrée, et qu'il vous plaise ainsi.
J'ay trop long temps suivi le mestier héroïque.
Lyrique, elegiaq' ; je seray satyrique,
Disoy-je à vostre frère, à Charles mon seigneur,
Charles qui fut mon tout, mon bien et mon honneur.
Ce bon Prince en m'oyant se prenoit à sourire,
Me prioit, m'enhortoit, me commandoit d'escrire.
D'estre tout satvrique instamment me pressoit.
Il n'y a ny rheurbarbe, agaric, ny racine, " Qui puisse mieux purger la malade poitrine De quelque patient fiévreux ou furieux.
Que fait une satyre un cerveau vicieux.
Ronsard avait déjà écrit un si grand nombre de satires qu'on en pourrait former un gros vohrnie, et l'on sait que quelques-unes sont perdues, comme
la Dryade violée et la Truelle crossée. Du reste, dans son Discours de la Vie de Ronsard, Claude Binet dit formellement que Charles IX lui permit non seulement <'<d'escrire en satyres indifféremment contre telles personnes qu'il sçauroit que le vice devoit accuser», mais encore qu'il s'offrit «mesme à n'en estre exempt, s'il voyoit qu'il y eust chose à reprendre en luy. >/ (Cf. éd. Laumonier, Hachette iQio, 2t)). Mais Ronsard ne publia point toutes les satires qu'il avait écrites sous le règne de Charles IX et d'Henri III. Il dit à Binet « que l'on n'en verroit jamais que ce qu'on en avoit veu, le siècle n'estant digne nv capable de correction. >/ (Ib. 40-41). Voir aussi, Œuvres complètes, Lemerre, F. VIII, Notice de M. Paul Laumonier, 202, 240-47.)
Henri III ne se souciait guère des Satires pour aider à la police de son royaume, et sans doute les craignait-il personnellement, comme il apparaît par la suppression que Ronsard fit de huit vers des Estrennes de 1578, vers qui s'adressaient aux Mignons et touchaient le roi lui-même :
Si quelque dameret se farde ou se desguise,
S'il porte une putain au lieu d'une chemise,
Atifé, gaudronné, au collet empoizé,
La cape retroussée et le cheveu frizé.
Si plus je voy porter ces larges verdugades,
La coiffure ehontée et ces ratepenades,
Ces cheveux empruntez d'un page ou d'un garson;
Si plus des estrangers quelqu'un suit la façon,
Qu'il craigne ma fureur...
Le roi pensa donc détourner la verve satirique de
Ronsard en le chargeant, avec Pybrac, Doron, Ponthus de Tyard, Baïf, Desportes, du Perron et d'Aubigné, d'écrire des discours pour l'Académie du Palais. Courtisan malgré lui, le poète dut obéir, et même déplorer par ailleurs l'a mort des Mignons. Mais il est naturel que son aigreur se soit manifestée en secret dans les trois sonnets de l'Estoille ; il ne pardonnait point au roi de ne lui avoir pas conservé la place prépondérante qu'il occupait sous Charles IX, de se montrer avare de bénéfices, et de préférer à la Poésie des occupations frivoles et des plaisirs réprouvés.
Pour toutes ces raisons, et deux autres encore, que fournissent d'une façon presque probante, les vers 12 et g des sonnets i et 2, l'authenticité de ces trois pièces ne ferait guère de doute pour nous, si notre certitude n'était fondée sur la déclaration de Pierre de l'Estoille.
Blanchemain s'est contenté de signaler les trois sonnets, et Marty-Laveaux, qui ne les croyait pas de Ronsard, n'a cité que quelques vers des deux premiers. M. Paul Laumonier les a reproduits dans le tome VI des Œuvres complètes, Lemerre, iQU) : Pièces Diverses attribuées à Ronsard, 487- 488. Cf., du même ; Tableau Chronologique, 81; Œuvres, igiq. Notes, \"III, 102.
(*) Ce vers manque dans le ms, 488, (-) Mon visage, d'ennuy, s'enjaunit et dessèche.
(^) Que de faire un Néron de sa propre semence.
(Ms. 1002.)
SONNET Adieu, Cous roudclets...
(*) Corrcctiou. Tous les textes portent : Et, comme un Castor, chevaucher le derrière;
(^) Ce vers devrait se rétablir ainsi, selon nous : Lors qu'il fout dans les Culs, qui sont Cons estrecis.
A FRERE ANDRE TIIEVET
Thevct avait...
M. Paul Laumonier (Œuvres conipl. Lem. iqu), VIII, loO) dit qu'il est possible que Ronsard, dépité du silence d'André Thevet à son égard, dans les Vrais portraits et vies des Hounnes illustres (1584), lui ait décoché cette épigramme. Ronsard, dans les Soiiuets Divers, lui avait adressé un sonnet : Si du 110 ni d'Ulysses..., plus l'Ode XXIV du Ciuquiènie Livre des Odes. Il les mit sous le nom de Pierre Belon, autre cosmographe. Cf. Glossaire .
Cette épigramme a été reproduite par A. de Rochambeau, dans le Bulletin de la Société Archéologique du Vendôniois, 18(17; tirage à part in-8" sous ce titre : Quelques vers inédits de P. de Ronsard (cf. Paul Laumonier, Tableau Chronologique, 81, note 4.)
DISCOURS
Contemplant l'autre jour...
Dans le ms., le Discours est précédé de ce préambule : -'-' Subject du Discours qui s'ensuit. L'an 1380 un certain personnage ami de Ronsard, lui donna une médaille d'Antinous Mignon d'Adrian à l'exemple duquel le Roy avoit fait eslever des Statues à ses Mignons. Sur quo)' Ronsard prist argument de composer le discours qui s'ensuit tellement desguisé toutes fois qu'il n'i avoit que celui auquel il le donna qui congneust le sens caché soubs l'escorce. //
Cette satire, évidemment mal transcrite, nous paraît authentique, pour les mêmes raisons qu'invoque M. Paul Laumonier, Œuvres Conipl. MIW, Notes, ICI. Voir aussi, du même, La vie de P. de Ronsard, de Claude Binet; Coninientaire historique et critique, 203.
(') Nous adoptons la correction de Blanchemain. Le ms. porte : comme en mue.
Marty-Laveaux donne : Comme en i\ue.
(-) Correction de Blanchemain et Marty-Laveaux. Le ms. porte :
La terre qu'autrefois leurs scpetres avoient tenues.
M. Paul Laumonier {CE. Conipl. Lemerre, iQig, VI, 484) imprime :
Pour revivre en leur mort et revoir comme en Nues Les terres qu'autrefois leur sceptre avoit tenues.
Cette correction, comme le dit M. Laumonier (VIIL TOI), ''-' a l'avantage de conserver les rimes.
qui sont très lisibles, en réduisant au minimum les modifications apportées au manuscrit //.
(^) Correction de Blanchemain. Le ms. porte : La mort après la vie, la nuict après le jour.
('') Tous les textes imprimés àonnent g arbe. Nous lisons barbe.
(^) Au premier hémistiche, on lit crcspes. Mais on sait que l'accentuation n'était pas toujours rigoureuse. M. Paul Laumonier (102) propose, sans s'y arrêter, une autre correction : De ces crespes cheveux. Au second hémistiche, on lit : teste^ que tous les éditeurs ont reproduit. Mais cela ne s'accorde pas avec le sens de la phrase. Tresse, que l'on pourrait substituer à teste, n'appelle ni bien pigiiée, ni hlottoit sur son front.
(^) Blanchemain a lu (ï attraits.
(') Le texte porte :
Apres qu'il eut long temps des beaux traits de ses veux Emporté, Maistre des cœurs des hommes et des Dieux.
M. Paul Laumonier l'a respecté. Nous adoptons la correction de Blanchemain.
C^) Blanchemain a supprimé l'interjection ha, la prenant pour le présent di^ avoir. Nous empruntons à M. Paul Laumonier le point exclamatif, et introduisons la parenthèse.
(^) Le texte porte : le serre et V embrassa. Correction de M. Paul Laumonier.
(*°) Il y avait d'abord: Lui dédiant f estes sacerdotales, au-dessus de quoi le copiste a ajouté encens et sacerdotes.
(11) ]y[ Paul Laumonier [Œuv. Compl. 1019, VIII, 102) fait remarquer que ce vers est « presque
NOTES ET VARIANTES 2^q
textuellement dans une pièce à Hurault de Cheverny >, publiée dans le Bocage royal, 1584 :
Sans vouloir par faveur aux autres faire croire Que la corne d'un Buffle est une dent d'ivoire.
(Pièces faiisseniciit attribuées à Ronsard.}
SONNET
d'une qui avoit les pasles couleurs
En quelle nu ici...
Blanchemain signale ce sonnet et les deux suivants au tome VI, p. 340, de son éd. des Œuvres Complètes. Marty-Laveaux ne les mentionne pas; et M. Paul Laumonier n'en cite que le premier vers dans son Appendice aux Œuvres Complètes, VI, 508, Lemerre, iqiq. Voir aussi le t. VIII, Notes, 108. M. Ad. van Bever les a reproduits dans son édit. du Livret de Folastries, p. 255, sq. Il donne le texte de la Qjuint-Essence. Tout en signalant que le ms. fr. 1002 les attribue à Jodelle, il semble incliner pour l'attribution à Ronsard. Mais ils sont de Jodelle, dont ils composent la Priapée. Voir les notes de notre Bibliographie des Poésies, et l'ouvrage de Frédéric Lachèvre : Les Recueils Collectifs de Poésies LJbres et Satyr. Paris, Champion, 191 4, 330, 337, 413.
(*) Texte du ms. 1602. Dans la Q^uint-Esscncc Dedans la fleur le cristail blanchissant,
(^) Texte du ms. 1602. Dans la O^iiint-Essencc Sous le plaisir une longue mémoire?
Puis elle, tost, à bonne heure venir,
(■'') Qu'elle voudra l'ombre noir qui la suit :
SONNET
Douce lancette...
(M Texte du ms. 1002. Dans la Quint-Essence:
Et qui savoure, avec sa pareille, (-) Rafraischissant la bruslante rigueur
(Ms. IÔt)2.)
(■■^) Texte du ms. 1002. Dans la Oui nt-Essetice : Te retirant, traversant à demv
{'') En attendant la luitte tresbuchée Je te rendray le semblable plaisir.
Qui mettra sus le plus outre désir.
(Ms. 1022.)
SONNET
Ta u elle de main...
Vers là,: Je fourniray le bas. C'est-à-dire la basse-contre, au figuré.
(') Texte du Ms. iO()2. Dans la Ouint-Essencc :
Qui peut chasser le desplaisir tousjours Par un accord, d'une façon gaillarde;
Et, en usant d'une prise paillarde, Pince très doux mainte corde à l'entour, En l'animant de quelque gentil tour, Par la vertu de ta voix babillarde ;
Assez pour avoir du plaisir.
Pour commencer, mettant tout le plaisir,
Tient la mesure, ou sur mon eu fredonne
Les doux accords des accords de bas ;
Ce temps pendant de pouvoir, qui me donne
Le long repos, je fourniray tout bas.
(-) Correction. Le texte donne :
Et commencer me tente le désir :