AMOURETTE
Or que rhyver roidist la glace espesse, Rechaufon nous, ma gentille raaistresse, Non acroupis dans le fouyer cendreux, (') Mais au plaisir des combats amoureux.
Assison nous sur cette verte couche ; (-) Sus! baysez moy de vostre belle bouche, [^) Pressez mon col de vos bras déliez, {') Et maintenant vostre mère oubliez.
Que de la dent vostre tetin je morde, Que vos cheveux fil à fil je détorde : Car il ne faut, en si folastres jeux, (•'') Comme au dimanche arrenger ses cheveux.
Approchez vous, tendez moy votre oreille ; {^) Ha ! vous avez la couleur plus vermeille Que paravant ! Avez vous point 0U3' Quelque doux mot qui vous avt rejouy?
Je vous disois que la main j'"allois mettre Sur vos genoux : le voulez vous permettre ? ('!) \'ous rougissez, maistresse : je vov bien, (*) A vostre front, que vous le voulez bien. (*) Quoy? vous faut il cognoistre à vostre mine? Je jure Amour que vous estes si fine.
Que pour mourir, de bouche ne diriez Qu'on vous le fist, bien que le désiriez ;(*") Car toute fille, encor' qu'elle ait envye Du jeu d'aymer, désire estre ravie :
Tesmoing en est Hélène, qui suivit D'un franc vouloir celuy qui la ravit. (")
Or, je vais donc user d'une main forte (*') Pour vous avoir ; ha ! vous faites la morte ! (*3) Sus ! endurez ce doux je ne sçay quoy ! {^'') Car autrement vous moqueriez de moy (*^) Dans vostre lit, quand vous seriez seulette. Or sus ! c'est fait, ma gentille doucette... {^^) Recommençon, à fm que nos beaux ans Soyent rechaufez en combas si plaisans. (*')
IMITATION DE MARTIAL
Tu veux qu'à tous coups, d'un valet, Tous les services je te face.
Que pour te faire aller seulet, Je heurte le peuple en la place ; Que je serve aux clins de ta face, Que je rie quand tu riras, Que je crie quand tu criras.
Va, va, je ne puis satisfaire, Ny ne dois, à si sots désirs.
Que puis je donc en ton affaire?
Je te puis faire les plaisirs Qu'un valet ne te sçauroit faire.
BAISER
Quand, de ta lèvre à demy-close, (') (Corne entre deux fleuris sentiers) Je sens ton haleine de rose, (-) Mes lèvres, les avant-portiers (-'') Du baiser, se rougissent d'aize, Et de mes souhaitz tous entiers Me font jouïr, quand je te baize ; Car l'humeur du baiser apaise, S'escoulant au cœur peu à peu, Cette chaude amoureuse braize Dont tes yeux allumoient le feu.
SONNET VIII
A mon retour ihé, je m'en désespère!) Tu m'as receu d'un baiser tout glacé, Froid, sans saveur, baiser d'un trespassé, Tel que Diane en donnoit à son frère ;
Tel qu'une fille en donne à sa grand'mere, La fiancée en donne au fiancé, Ny savoureux, ny moiteux, ny pressé :
Et quoy! ma lèvre est-elle si amere?
Ma ! tu devrois imiter les pigeons
Qui, bec en bec, de baisers doux et longs,
Se font l'amour sur le haut d'une souche.
Je te suppli', Maistresse, désormais.
Ou baise moy la saveur en la bouche. Ou bien du tout ne me baise jamais.
SONNET XLV
D'autant que l'arrogance est pire que l'humblesse, Que les pompes et fards sont tousjours^desplaisans, Que les riches habits, d'artifice pesans, Ne sont jamais si beaux que la pure simplesse ;
D'autant que l'innocente et peu caute jeunesse D'une vierge, vaut mieux, en la fleur de ses ans, Q'une Dame espousee, abondante en enfans : D'autant j'aime ma vierge, humble, et belle maistresse. (']
J'aime un bouton vermeil, entre-esclos au matin.
Non la Rose du soir, qui au Soleil se lâche ;
J'aime un corps de jeunesse, en son printemps fleur}' ;
J'aime une jeune bouche, un baiser enfantin, Encore non souillé d'une rude moustache, Et qui n'a point senty le poil blanc d'un mary.
SONNET LUI
Amour, je ne me plains de l'orgueil endurcy, Ny de la cruauté de ma jeune Lucresse, Ny comme, sans secours, languir elle me 'laisse : Te me plains de sa main et de son godmicy.
C'est un gros instrument qui se fait près d'icy. ' ') Dont, chaste, elle corrompt toute nuict sa jeunesse Voila contre l'Amour sa prudente fmesse ! Voila comme elle trompe un amoureux soucy !
Aussi, pour recompense, une haleine puante, Une glaire espessie, entre ses di'aps gluante : (-) Un œil hâve et battu, nu. teint palle et desfait,
Monstrent qu'un faux plaisir toute nuict la possède. Il vaut mieux estre Plu'vne et Laïs tout à fait, Que se feindre Portie avec un tel remède ! (■^)