‹ La bourse comedie en cinq actes en versChapitre 21 sur 90 · ACTE I. 33 Et nous le revendons aux États-Unis · texte numérisé non relu

ACTE I. 33 Et nous le revendons aux États-Unis

ALFRED

Bah!

— Eh I que n'achetez -vous-, ce serait plein d*astuced,

Constantinople aux ïuics, pour le revendre aux Russes I

' Oo rit.

UN PROPRIKTAIRE CAMPAGNARD.

Messieurs, co^ beaux projets, qui vous semblent plaisants, Ne nous arrangent pas, nous autres paysans ; Tout Pargent va chez vous, et les propriétaires

N'en peuvent plus trouver pour cultiver leurs terres. Par exemple, voulant dessécher des marais, Je cherchais un emprunt, môme à gros intérêts; Ah ! oui t — le capital , à nos champs infidèle, S*envole vers la Bourse où la prime l'appelle , £t chez les étrangers fait pleuvoir les milliards , Sans qu'il en tombe un sou parmi nos campagnards.

LÉLIO

Patientez ; la Bourse a de grosses bourrasques Qui rendront plus prudents los capitaux fantasques; Vous verrez revenir vers les champs négligés Ces nombreux déserteurs, rudement corrigés.

Voyons, n'avez-vous pas quelques légers scrupules D'exploiter à ce point les bonnes gens crédules?

SIMONNBT.

^nt pis pour les niais; la Bourse est un champ clos

Où c'est, au lieu de sang, de l'or qui coule à flots; Par- dessus les blessés on se pousse, on se presse, Et la victoire, en somme, appartient à Ta dresse. Un conquérant, qui veut subjuguer F univers , Va-tr-il compter les morts dont les ohamps sont couverts ?

Il fo nuittod.

LA BOUllSE.

DBLATOVE9 à Léon.

Écoute bien ceci.

l'agent Dfi CHAH es.

D*aille«i»» ceux qu'on çulbuU Sont de petites gens mal taillés pour la lutte.

SI MONNET

Ces petiU capitaux doviennent trop fougueux.

VkÙEVr bS CHANGE.

Ils encombrent la Bourse ; on n'y voit que dos gueux.

LE PROPRlÉTAiRE CAMPAGNARD.

Le mal y c'est que chacun, dédaignant rhumble vie, Sur plus riche que soi jette un regard d'envie.

SIMONNET

Eh 1 mon Dieu ! la richesse a bien ses embarras» Et pour nous l'envier, on ne la connaît pas.

Que d*ennuis, de soucis, desoins de toute sorte f

C'est un fardeau qui pèse à celui qui le porte; Et ceux que le destin n'a pas trop enrichis , De tous cee ennuis-là se trouvent affranchis.

LÉLIO

Soit; mais si la liehossc est une lourde affaire, Riea ue me semi>le aisé couuuq de s'en dé^ûre.

Que faut-il pour bien vivre? à peu près mille écus; Qui sait borner ses goûts n'a pas besoin de plus* Contentez- vous do peu ! voilà ce que je prêche A tous ceux qui n'ont rien, et que 1^ 3oun^ alKohe^

LLLIO.

Ce conseil est fort bon, mais les excellents fruits Par votre propre exemple en sont un peu débruiUu Eh I comment voulez- vous que tous ces pauvres diables

ÀGT£ I . 35

Qui chez vous voient tomber des sommes eflfroyabhs, N'ouvrent pas do jîmnds yeux (lo\ant un iA butin ^ Et no soient pas tenues de s'as>ooir au fostin I Devant des afiGaunés^ qu'affHMiAe une miette, Vous étalez la table , et conseillez la diète ; Et vous leur demandez, gorgés de bons repas, Une frugalité que, vous, vous n'avez pas!

Hais un de ces festins où te Je«i vous convié Pour vous n^est qvfm excès , pour eux serait ia vie; Us SMii mlllê foie plus excusables cpie vous, 0 tentateurs > Joueurs par le succès absous I j

«IMONNBT»

Joueurs! quel esice mot? Ailes-voos mettre ensenible Les financiers, et ceux gtt*ttn tapis vert rassemble?

t^LIO.

£h i mats> te meiUettr rète est enoor pour oettX'*ei ; . Us ne dttpenl dii moins qu'eux-mémei.

SIUONKST.

Grand merci.

S« IcT&nt.

— Çà, vous êtes ce soir en verve satirique ; Vous avez donc pefdu?

Mais, oui.

'Bon! tout s'explique.

vu AftËTft BB CHANGE, «ImiI a«ni.

Voilà de nos censeurs; chacun en fait autant, £t flétrit l'agio, tout en agiotant.

flIllONNBT.

Nous pouvons bien, pardieul dire à la France entière :

Si Tuh de^vous est pur, <fii"\[ nous jette la pierre 1

L^AGBNT 1>B CHANGE.

Onî , qui n'a pas joué? Moi , je n'en sais aucun.

Ni moi.

SIMONME'r.

Ni moi»

LKYNOLD} asiig) depuis quelques minutes, auprès de la tablo, <»li il fouiUeUii d«s albums et écoutidk la coarersation , sans dire un mol»

— ié toTut.

Pardon, messieurs; j'en sais plus d'un; Un, entre autres , qui gagne honnêtement sa vie, Bt, satis&it de peu, ne connati pas Tenvie; Qui tient que le travail est la prenftière loi , Et que le premier bien est l'estime de soi.

II ne fermerait pas sa porte à la richesse , Biais n'en voudrait jamais au prix d'une bassesse ; n regarde avant tout, chez celui qui Facquiert , Comment il Ta gagnée et comment il s'en sert; Et, pour clore d'un mot cet éternel chapitre : L'argent est un bonheur, mais ce n'est pas un titre.

Vous ne le verrez pas, parmi vos suppliants,

Assiéger votre seuil , encombré de clients ;

Non. La Bourse, à ses yeux, est un gouffre, où Ton puise

L'ardente soif de l'or et l'âpre convoitise,

Mais où Ton engloutit le paisible bonheur,

Le talent, la fortune, et quelquefois llionneur;

Et rien ne vaut pour lui cette fierté sereine

Quo donne un léger gain , après un jour de peine.

LÉLIO loi Mnaat la maiiu

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