SCÈNE II
LÉON, M«i.
Sauvé! Je ressuscite. — Gomme Un peu d*or peut changer tout l'avenir d'un homme!
— Ah! l'effroi, le remords, l'espoir impétueux Heurtent, comme des flots, mon cœur tumultueux. Si je perdais! — Mais, non; la hausse est infaillible. Si je perdais, pourtant I — Ah ! grand Dieu ! c'est horrible. Perdre! mais c'est mon sang, mon salut, mon va -tout; Je suis noyé, détruit, anéanti du coup.
J'ai perdu , de sang - froid , trois fois plus à la Bourse ; Mais je n'exposais pas ma dernière ressource.
— Si je pouvais gagner! — Tant d'autres, trop heureux, Gagnent des millions inutiles pour eux!
£t moi, cent mille francs me sauveraient la vie I Je ne veux rien dé plus; c'est toute mon envie; Je les veux, non pour moi, mais pour monsieur Bernard, Et ne tenterai plus, jamais plus, le hasard.
— Mais j'en ai tant besoin ,. que je vais perdre encore ! La chance n'est jamais pour celui qui l'implore.
Regardant la pendule.
Ah! ma vie ou ma mort se décide à présent.
Savoir que le dé roule, et n'être pas présent! Rester là, quand dehors s'élance ma pensée !
Douter, lorsque déjà la fortune est fixée!
Imaginer de loin ce que je ne puis voir!
Passer et repasser de la crainte à l'espoir!
C'est souffrir lentement mille morts au lieu d'une; C'est une anxiété pire que l'infortune.
Il l'assied.
Ahl ces émotions me brûlent; quel enfer!
Un milliard, à ce prix, serait payé trop cher.
— mes heures de paix, qu'êtes -vous devenues!
Se levant
Si ces angoisses -là d'avance étaient connues, Quel est l'extravagant, acharné contre soi, Qui, dès les premiers pas, n'eût reculé d'effroi I Mon Dieu! que ne peut -on, revenant en arrière, Retrouver tout d'un coup l'innocence première ! Comme je m'enfuirais de ces cercles ardents ! Comme j'y laisserais courir les imprudents !
Mais la clarté ne luit qu'au sein de la migère, Au moment où la perte atteint le nécessaire, Quand le besoin, qu'on voit tout à coup se dresser, A barré la retraite à qui veut rebrousser.
— Un bruit de pas!