‹ La Bourse, comédie en cinq actes, en verseChapitre 85 sur 97 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

LÉON

Mes désirs vont moins haut , Monsieur; dans mon emploi , Avez -vous jusqu'alors été content de moi?

REYNOLD

On ne peut plus.

LÉON

Eh bien, accordez -moi la grâce De me faire obtenir ailleurs la môme place.

REYNOLD

Eh quoil Tespérez-vous moins rude, en d'autres lieux?

LÉON

Ohl non; plus rude encore, elle me plairait mieux : Aux pénibles labeurs je trouve une âpre joie; Je romps mes souvenirs par l'effort qui me broie; La fatigue engourdit ma pensée, et, la nuit , J'ai conquis le sommeil qui , moins lassé, me fuit.

REYNOLD

Alors, pourquoi chercher une place éloignée.

Quand l'amitié des chefs ici vous est gagnée?

LÉON

Pourquoi! Monsieur! pourquoi! — Sais-je pas quel hymen Se prépare, et de qui vous obtenez la main I

Vous ai -je sur ce point tenu dans l'ignorance?

LÉON

Non. •

REYNOLD

Vous ai -pas dit ma secrète espérance?

LÉON

Oui.

REYNOLD

Reconnaissez- vous que tout ce que j'ai fait Est d'un rival ardent, mais loyal?

m LÀ BOltRS£.

LBON.

En effet.

aETNOLD.

C'est bien , Monsieur. Suivons nos destins, Tun et l'autre;

Emportez mon estime, et laissez -moi la vôtre;

Et si quelque regret vous ramène à ce seuil ,

Vous me verrez toujours prompt à vous faire accueil.

— Ne pourriez -vous pourtant faire acte de courage? J'acceptais bien, moi, d'être à votre mariage.

Au nom du ciell cessez de m'en entretenir; Ou je ne sais, Monsieur, ce qui peut advenir f Camille à vousl Dieul -— Mais cet hymen me tue! Le mot est froudroyant; que serait donc la vuel Mon sang bout; mon regard se trouble; je suis fou; Je dis je ne sais quoi; je vais je ne sais où.

— Tenez, Monsieur, tenez : je ne puis méconnaître, Si je suis honoré, que je vous dois de l'être;

Ma vie eût eu sans vous un dénoûment honteux; Vous avez affermi mes repentirs douteux, ■ Enseigné la vigueur à ma main énervée, Et la mâle constance à mon âme sauvée; J'ai reconquis chez vous mon estime d'abord.

Puis l'estime de tous, qui rend l'homme plus fort; J'ai goûté la fatigue, et la paix, sa compagne, Et la saveur du pain que, soi-même, l'on gagne ; Je sais cela ; c'est moi qui me suis enlevé Tous mes droits au bonheur qui vous est réservé;. Vous en êtes fort digne ; en toute cette affaire Je sais que je n'ai pas un reproche à vous faire; Je le sais, je le sais ; — et pourtant je ne puis Contraindre les transports de la rage où je suis.

— cruelle existence! — nobles funérailles,

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