CHAPITRE XII
quelques-unes des cérémonies de la visite le soir même.
Toute la population de St-Michel-des-Saints stationnait aux abords de la chapelle à l'arrivée de Monseigneur. La foule était grossie de quelques familles sauvages venues des lacs Vv^abaskoutavunk et Manowan où demeurent les restes de l'anc; tribu des Atticamègues. Plusieurs habitants de St- Zénon, qui n'avaient pu assister à la première réunion du jour, voulurent et purent ain^i assister à la seconde. Il était alors six heures et demie. Le soleil baissait à l'horizon, les ombres s'allongeaient démesurément dans la plaine, un ciel d'azur enluminé de pourpre se mirait avec splendeur dans les lacs et les rivières en face de nous. On eût dit un second firmament sous les ondes. Le tableau de la vnature était admirable. Mais un autre tableau grave et solennel aussi venait de se préparer. L'évêque, revêtu de ses ornements pontificaux et entouré de douze membres de son clergé, se présentait au balcon du presbytère. La première partie de la visite se fit au milieu d'une pompe inaccoutumée dans cette localité nouvelle. Tout à. coup les chants cessèrent, il se fit comme un plus grand recueillement, la foule agenouillée se releva pour entendre l'instruction et les avis du premier Pasteur.
A dix pas de l'évêque, au coin nord-est du balcon, se tenait un modeste vieillard, sur ^lequel de temps en temps tous les regards se portaient. Malgré ses soixante-dix-sept ans, sa pose est encore fière et ma-
jeslueuse. Il contemple la scène qu'il a sous les yeux avec un sentiment de satisfaction qui l'émeut. Des larmes de joie s'échappent de ses paupières et perlent en abondance sur ses joues. Il se reporte à, vingt ans en arrière, alors que le silence et l'immobilité de ces solitudes en faisaient le sauvage ornement. Dans la poursuite de son noble dessein de colonisation, il a enduré toutes les fatigues, il a éprouvé d'innombrables déceptions, essuyé beaucoup de revers. Il a lutté avec une vaillance non •commune contre les éléments, le feu, l'eau et le vent, qui, tour à tour et d'année en année, pour ainsi dire, se sont acharnés sur lui. Il a combattu toute sorte de préjugés, fait mentir de sinistres prédictions, étouffé la voix du découragement, relevé le moral de plusieurs colons, et maintenant il voit les conséquences de son œuvre, les heureux fruits de ses sacrifices et de son dévouement. Rapide comme l'éclair, la pensée de toutes ces choses traverse son esprit au moment même où l'Evêque, en présence d'une population nère de ses succès et heureuse de sa position, rend à M. Brassard le juste tribut de louange et d'honneur qu'il mérite. Ce noble vieillard était attendri. Il y avait bien de quoi l'émouvoir en effet. La corde sensible était touchée, le cœur ne vit que de ce qu'il aime. Qui, dans la mesure de ses forces, autant ou plus que M. Brassard, a travaillé à cette œuvre patriotique et religieuse, la colonisation ? La colonisation de Mantawa, depuis vingt ans c'est sa vie. Il s'est épuisé pour elle. Cependant il n'a