‹ La bourse et la vieChapitre 26 sur 135 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mes de terrain offrent de nombreux avantages à la colonisation sous le rapport de l'égouttement des terres.

Avançons de quelques milles au delà de la ligne du Canton Courcelles, nous voici sur les bords du lac St-Louis au milieu d'un grand défrichement. Ici, malgré bien des obstacles, et avec de faibles ressources nous avons commencé, en 1866, un établissement qui a été d'une grande utilité pour les colons et les voyageurs.

St-Zénon de Mantawa.

Un lac long de trois milles et large de quelques arpents fait la limite nord-est d'une douzaine de lots dont le sol est d'excellente qualité. Jamais et nulle part dans aucun canton, l'on ne trouvera de plus beau bois et de meilleure terre. On vante avec raison les terrains de la rivière Rouge et des autres affluents de l'Ottawa; ceux dont je parle ne leur cèdent en rien sous quelques rapports qu'on les examine. Une épaisse et forte couche de détritus végétaux recouvre quelques pouces de terre jaune la plus grasse possible, celle-ci repose sur un lit de terre grise et d'argile dont la profondeur varie suivant la conformation du terrain, mais où la culture même des racines pivotantes les plus profondes peut être poursuivie avec avantage dans toutes ses parties. Et la qualité de ce sol fertile n'est pas limitée à ces deux mille acres de terre seulement, elle s'étend au nord,

à l'est et à l'ouest sur un rayon de plusieurs lieues. La circonscription entière dans laquelle commence à se développer la paroisse de St-Zénon de Mantawa, renferme donc dans la bonne qualité de ses terres un trésor précieux ; c'est la Bourse, c'est la Vie assurément pour tous ceux qui s'en iront là se livrer aux travaux d'une agriculture raisonnée.

Déjà un rang long de deux lieues est ouvert, toutes les terres en sont prises et en partie occupées. L'on y a fait de magnifiques récoltes, le foin est bon, les pâturages sont excellents. Nous y avons rencontré des colons qui, pour tout au monde, n'échangeraient pas la position qu'ils se sont faite contre celle qu'ils avaient dans la plaine.

« Me voici, disait l'un d'eux entre autres, avec vingt arpents de terre bien faite; j'ai un bon pacage, une bonne récolte, de quoi nourrir convenablement mes animaux tout l'hiver, et de plus en engraisser quelques-uns. J'aurai cet automne du lard à vendre ainsi qu'une petite quantité de beurre; nous avons une ample provision de légumes, le grain nécessaire à échanger pour de la fleur; je pourrai rachever de payer ma dette qui n'est plus, Dieu merci, que de vingt-cinq piastres. Ma maison et mes bâtiments sont en bon état, j'augmenterai ces derniers à mesure que mes défrichements pourront l'exiger. J'ai eu un peu de misère en commençant, il est vrai, les mouches m'ont tiré du sang, j'ai versé des sueurs, enfin j'ai mangé mon pain noir le premier, mais comme le travail ne tue pas, j'ai encore bonne santé, les mou-

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ches nous ont quittés, le désert s'est fait pour moi et pour mes enfants qui pourront s'établir à mes côtés. Je ne saurais donc être mécontent de mon sort actuel ; tout au contraire, je remercie la divine Providence de m'a voir inspiré l'idée de venir ici d'abord et de m'y établir ensuite avec ma famille. »

Le nom de cet homme est Didace Thériault. Quand il est venu à Mantawa pour la première fois, il était à peine âgé de quinze ans, il n'avait aucune ressource et ne pouvait attendre aucun secours de ses parents. Force lui fut donc de s'engager. Dès les premières années, il gagna beaucoup d'argent ; mais étant jeune encore, sans expérience, sans surveillant, il se dissipa comme tant d'autres font malheureusement, perdit de l'argent et des avantages. Ce ne fut que plus tard, après des misères et des embarras de toutes sortes, qu'il s'aperçut de son erreur. Il sut alors réparer ses pertes et racheter le temps perdu. En homme de cœur, il se mit consciencieusement à l'ouvrage. Il choisit un lot à St-Zénon et commença résolument à le défricher. Homme fort et robuste, en peu de temps il nettoya son abattis, et se prépara le terrain nécessaire pour une bonne semence. Sa première récolte fut bonne, elle lui fournit le moyen d'agrandir son défrichement et de commencer de bonnes bâtisses. Une seconde le paya davantage, et alors notre colon aussi persévérant dans son labeur que dans ses bonnes résolutions, parfaitement réhabilité aux yeux de tous par une conduite exemplaire, s'adjoignit une honnête et fidèle compagne qui sut le

seconder et l'encourager dans ses louables entreprises. Ils ont bien réussi jusqu'à présent ; aujourd'hui leur avoir est d'au moins deux raille piastres; tout leur fait espérer de plus grands succès encore; et voilà pourquoi ce jeune père de famille parle un si franc langage aujourd'hui à ceux qui le questionnent. Il considère son avenir comme assuré, et certes rien n'est mieux fondé que cette espérance.

Parmi le grand nombre de ceux qui, dans nos paroisses, ont besoin d'établissements, en est-il un qui soit moins fortuné que ne l'était Didace Thériault ? En est-il un parmi ceux-là qui ne désirerait jouir du bien-être que ce jeune homme ressent aujourd'hui sur sa propriété de St-Zénon ? Faites un pas, chers amis, un acte de courage et tout est dit, tout est fait. Vous avez un exemple de succès prompt et frappant, vous avez sous les yeux le vrai modèle d'un colon qui n'a eu recours qu'à ses bras et à sa hache pour arriver où il est.

Un autre colon, voulant répondre d'une manière péremptoire à certaines objections qui lui était faites sur la nature et la qualité de son terrain, s'avança de quelques pas dans la pièce de grain en face de lui, puis faisant croiser les épis verts sur sa tête, il répondit par le proverbe : « Jugez du sol par ses fruits » . Cependant c'était la troisième récolte qu'il faisait sur ce morceau de terre.

Rien de plus facile que de préparer ce beau terrain pour toutes les fins principales de l'agriculture. Le feu détruit l'excès de matière végétale quand il y en

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