CHAPITRE IV
A peine quelques crêtes isolées vers la tête de la rivière du Pm rouge. Deux ou trois beaux lacs, une pousse vigoureuse de bois mêlé parmi lesquels beaucoup de gros cèdres, du pin et autre bois de service en abondance ; plus loin, en plein nord, encore de grandes érablières, Je me rappelle qu'une fois en 1863, nous avons marché toute une journée dans ce bois composé d'érables très-élevés et très-gros ; c'est dire son étendue. Combien de colons auraient pu déjà se placer avantageusement sur ces lots ! Deux rangs parallèles auraient pu s'ouvrir et l'on remarquerait là aussi, bien certainement, l'aisance et la satisfaction que l'on commence à découvrir dans les habitations de la ligne centrale. Quelle différence aujourd'hui avec les premiers jours de l'arrivée dans cette ligne centrale ! Je ne puis m'empêcher d'en faire la comparaison. Alors tout n'était que forêt, épaisse et sombre forêt, l'on n'avait qu'un demi-jour sous ces grands arbres chargés du feuillage le plus touffu : pas de perspective, aucune vue du dehors, et d'un autre côté une assez faible espérance dans l'avenir. Aujourd'hui un désert magnifique, plein de chaleur et de lumière, un vaste horizon, le plus beau coup d'œil imaginable et surtout les fruits précieux d'un heureux succès. Le seul bruit d'alors était le murmure du ruisseau St Louis, dont l'eau s'échappait péniblement des rapides, des cascades tournantes et des embarras de toutes sortes qu'elle rencontrait en descendant du lac. A l'heure qu'il est ce murmure n'est plus sauvage et renfermé comme il l'était alors ; il se mêle au vent
du désert, au cri du défricheur, à l'écho de sa cognée, De nombreuses et fortes voix animent maintenant cet espace, et l'écho, réveillé d'un long silence, redit au loin tous leurs cris, tous leurs chants, toute la gloire de leur triomphe.
Un établissement digne de remarque parmi ceux que l'on peut mentionner avec avantage, est celui de Guillaume Dulac, sur le quarante-troisième lot du sixième rang du canton Provost. Une maison haute, propre et bien finie borde le chemin et fait face au lac St-Joseph. Une grange d'au moins cinquante pieds sur vingt-cinq, bâtie suivant toutes les exigences de l'art et comprenant toutes les commodités désirables, est alignée sur la maison, mais de l'autre côté du chemin; d'autres dépendances également convenables s'y remarquent en outre. Les clôtures du chemin, celles des lignes, les traverses, sont toutes en gros cèdre, régulières et aussi parfaites que possible, enfin une longue et large terre en ordre sous tous les rapports ; tout montre évidemment l'état d'aisance et de bien-être dans lequel vit aujourd'hui son propriétaire. Aussi la valeur de sa propriété est-elle estimée à deux mille piastres. Mettons en compte à part les instruments d'agriculture, les animaux et tout le reste, nous aurons l'idée juste et certaine d'un habitant qui a par devers lui tous les éléments possibles de richesse. De fait, Dulac en possède déjà, et à lui aussi l'avenir est assuré. Cependant demandonsnous ce qu'était ce jeune homme quand il est venu à St-Zénon. Il serait difficile de décrire l'état de dé-
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nûment. dans lequel il se trouvait. A moins d'avoir des dettes dans l'indigence, on ne peut pas monter plus pauvre qu'il n'était. Longtemps il a eu à combattre dans la mauvaise fortune. Toutes les tribulations, il les a éprouvées. Aucune de ces difficultés ne l'a abattu ; terrassé aujourd'hui, demain il se relève plein de courage. Il est un exemple frappant de ce que peut la patience dans l'épreuve avant d'arriver au succès. Jeune encore, quelle somme de bonheur ne goûte-t-il pas dans cette nouvelle position que quelques années de persévérance et d'énergie lui ont créée.
Une scierie est érigée à St-Zénon sur le cours d'eau qui descend du lac St-Louis. Elle est assez considérable et on y prépare tout le bois nécessaire aux différentes constructions. Il faudrait maintenant au même endroit un moulin à farine et un moulin à cardes. Celui qui tentera cette expérience peut être assuré qu'il réalisera de bons profits ; mais le temps est arrivé, la chose presse, et celui qui viendra le premier sera singulièrement favorisé. Déjà quelques personnes se sont préoccupées de cette affaire et l'on espère qu'un jour ou l'autre, sous un court délai, la chose aura lieu : ce qui ne manquera pas tout en rémunérant le constructeur, au delà même de son attente, de donner une impulsion nouvelle, un élan considérable à la colonisation de ces lieux.
La chapelle bâtie par M. Provost est bien propre, très-commode, suffisamment grande et peut répondre d'ici à longtemps aux besoins de la desserte. Il y a
du luxe même dans la sonnerie. Un petit carillon de deux cloches s'y fait entendre pour annoncer les cérémonies religieuses. Puis, c'est à qui d'entre les colons, lorsqu'ils arrivent d'en bas, présentera quelque chose pour l'ornementation de la chapelle. Quelle pure et douce jouissance de pouvoir dire : C'est moi qui ai donné ceci, c'est moi qui ai donné cela ! L'obole du pauvre dans la maison du Seigneur est une belle prière.
Il n'y a pas moins de cent lots à prendre à un mille est et ouest du grand chemin actuel de Mantawa ; tous ces lots, on l'a vu déjà, soit qu'on en considère le sol, soit qu'on en considère le bois, sont bons et avantageux. A quatre ou cinq milles plus haut que la chapelle, au delà du lac St-Joseph et sur le chemin même, il y a encore plusieurs lots vacants qui ont été partiellement nettoyés par le feu et sur lesquels il ne reste, comparativement, que peu d'ouvrage à faire. Quelques-uns de ces lots sont spécialement favorables à la culture des pois, et les essais que l'on a faits sur ceux qui les avoisinent, ont produit d'excellents résultats, je veux dire du beau grain et un rendement considérable. C'est près de là, vers l'extrémité nord-ouest de la paroisse, à l'endroit où le chemin coupe la rivière Sauvage, qu'un nommé Olivier Hêtu s'est établi il y a quelques années. Ce jeune homme n'avait aucune ressource quand il est arrivé à Mantawa. Il s'engagea pendant quelque temps chez M. Brassard, fit un peu de chasse dans ses moments de moindre occupation, puis il finit par prendre le lot