CHAPITRE VIII
•< ci la raison. Quand le feu passe dans la forêt et h fait mourir le bois, le sol abandonné à lui-même ne « produit pas la même espèce de bois, mais une « autre toute différente. Je suis convaincu que c'est « là ce qui s'est passé sur les rives de la Mantawa ; « que cette terre était autrefois couverte d'érables, « mais que, ravagée plus tard par le feu, alors ont « poussé les différentes espèces de bois qu'on y voit a aujourd'hui. Au reste, est-il dit dans ce rapport, la m riche nature du sol est attestée par les essais de « quelques colons qui ont commencé des établisse- « ments à Mantawa. Je ne saurais mieux faire que « de produire ici les statistiques qui m'ont été four- « nies par l'un d'eux.
M. l'arpenteur Laurier parlait ainsi en 1864 : « Le a nommé François Gougé a commencé le 30 avril <! dernier à abattre le premier arbre sur sa terre et il « ensemençait au fur et a mesure qu'il défrichait. Il « a semé un demi-minot de blé dans lequel sont tom- ■( bés un pin, un cèdre et deux sapins ; de plus la « moitié a été étouffée par une espèce de lierre abon- « dant en ces lieux, et il en a recueilli six minots et h trois quarts, encore en est-il resté une grande partie « dans la paille, vu qu'il n'avait qu'un plancher de <( terre pour la battre. Il a semé un demi-minot d'orge, m il en a recueilli vingt-quatre minots et la moitié au '< moins avait été étouffée par le lierre. La semence o de neuf minots d'avoine lui en a rapporté cent « douze. De deux minots et demi de patates il en a « récolté trente-quatre. Enfin il m'a fait voir des nais
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« vets qui avaient plus de trois pieds de circonféh rence. »
h C'est une opinion assez généralement répandue « que par delà les Laurentides le climat est plus ri- « goureux : c'est loin d'être le cas pour la vallée de « Mantawa, et si l'on peut juger par l'expérience « d'une année, j'affirmerai que la température y est « plus douce que sur le St-Laurent. Depuis le 20 « mars jusqu'au mois de mai ; le thermomètre n'a pas « descendu plus bas que 130, et depuis le 23 octobre 11 jusqu'au 30 décembre que 200. »
On observe annuellement qu'il y a toujours beaucoup moins de neige que dans les Laurentides, que les gelées y sont moins fortes et qu'on y sème plus à bonne heure. Cette vallée est singulièrement protégée par les montagnes contre les vents et les tempêtes qui nous arrivent du Golfe.
Relativement à l'opinion de M. l'arpenteur Laurier sur les causes de la nouvelle pousse du bois, je dois dire que de fait une grande partie de ce territoire a été ravagée par de grands feux, des feux terribies qui ont consumé toute sa forêt primitive ; quelques rochers nus et blanchis attestent par endroits les désastres causés par ces anciens incendies ; c'est ce qui a trompé et pourrait tromper encore, s'ils n'en étaient prévenus, bon nombre de visiteurs passagers sur l'estimation de ces terres par leur valeur forestière. Mais une saine appréciation ne verra rien en cela de défavorable au sol lui-même, surtout après ces observations.
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Dans le rapport qui suivit la première grande exploration que je fis de cette région de la Mantawa, je constatais justement que le sol est composé comme suit: i° un lit d'engrais végétal de quelques pouces d'épaisseur ; 20 assez généralement ensuite de quelques lignes de sable gris qui a plutôt l'apparence de cendre ; 30 un lit profond de terre jaune très-grasse ; 40 au-dessous terre grise, ou sable et glaise, terrain silico-argileux. Des arpenteurs viennent plus tard confirmer l'exactitude de ces renseignements, comme on le voit dans le rapport cité plus haut. Enfin l'honorable Ministre de l'Agriculture et des travaux publics, dans son rapport général de 1869, après un examen minutieux de ce territoire au point de vue des exploitations agricoles qu'on y pourrait faire, emploie les mêmes expressions pour désigner la nature de ces terres. Je suis donc en mesure d'affirmer de nouveau avec plus d'assurance que jamais, que la Mantavaisie est un pays fertile et dont on peut signaler avec avantage les richesses territoriales.
On a trouvé il y a quelques années sur les bords du lac St-Louis, à St-Zénon, une carrière d'où l'on tire de la pierre qui fait d'excellente chaux. Une autre carrière plus considérable a été trouvée à quelques milles du mont Roberval dans St-Michel-des- Saints. Cette chaux n'est pas blanche comme celle que l'on peut appeler de première qualité sous ce rapport, mais en revanche elle fait un mortier qui résiste à tout ; c'est un vrai ciment. La nature a ainsi
diminué une qualité secondaire pour augmenter la principale ; ce qui est loin, comme on le voit, d'être un désavantage.
Un gisement de cuivre mêlé à une substance terreuse a été signalé dans la même localité. On en a transporté quelques fragments à Montréal pour les faire analyser et l'on a obtenu d'excellents résultats. Il peut se faire que dans quelque temps on en organise l'exploitation sur un bon pied.
L'on vient de découvrir sur les bords de la rivière du Milieu, à trois milles environ de son embouchure, une matière nuancée de jaune, de rouge et de brun, substance terreuse qui a la plus parfaite ressemblance possible avec la grosse peinture du commerce. Broyée et délayée avec l'huile ordinaire, elle s'étend, se pose et se durcit comme la peinture elle-même. Déjà, il en a été fait des essais qui ont donné et qui donnent encore la plus entière satisfaction. Belle et importante découverte qui ne saurait manquer de fixer l'attention générale. Cette matière ne sera pas épuisée de sitôt, car elle s'étend sur un rayon de plusieurs milles à partir de la rivière. Est-ce une argile ocreuse, ou de l'ocre proprement dite, ou bien une espèce de terre de sienne, ou plutôt de terre bolaire peroxidée de fer ? C'est ce qu'une analyse compétente nous dira bientôt. Dans tous les cas, à l'état même de nature où on la trouve aujourd'hui, elle est fort utile et rend déjà d'importants services.
A deux lieues au nord du mont Roberval, il y a de plus une carrière considérable de mica. Le mica est