‹ La bourse et la vieChapitre 83 sur 135 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

nom, mais dont peu de personnes savent appliquer les conséquences à la terre cultivée, nous dit et nous prouve positivement que certaines parties constituantes du sol entrent dans la constitution essentielle des plantes et des racines, et que comme conséquence nécessaire, ces parties constituantes du sol qui forment sa richesse et sa fertilité, en changeant de nature et en le quittant, lui ôtent ses forces, l'affaiblissent et l'épuisent. Ces parties substantielles du sol, une fois perdues pour lui, ne lui sont point remises en entier par la nature, et alors la nouvelle végétation est privée d'autant de ses ressources. C'est le cultivateur qui, par des amendements convenables, lui rendra ses forces et sa fécondité. Il faut bien savoir et continuellement se rappeller que chaque récolte diminue la puissance productrice de la terre et que cette diminution peut arriver en peu de temps à l'épuisement. Cette année de l'épuisement, quand elle viendra, sera une année de colère légitime de la part de la terre, une année de découragement et de ruine pour le colon. Triste expérience malheureusement trop générale. ,

Les champs aujourd'hui stériles, dévastés, de pays autrefois riches et florissants, sont des monuments de vengeance contre l'ingratitude de leurs populations. Celles-ci n'ont point su payer la terre des richesses qu'elle leur a cédées, aussi ont-elles disparu misérablement de la surface du globe. Que sont devenus ces pays célèbres de la Grèce, des îles de l'Archipel, de l'Asie-Mineure, avec leurs nations

jadis si prospères ? Que sont devenues les côtes de l'Etrurie, la Calabre et la Campagne ^romaine, ce jardin de l'Italie qui nourrissait autrefois des millions d'habitants ? Que sont aujourd'hui, comparées à ce qu'elles étaient dans l'antiquité, les productions de la Sicile, de la Sardaigne, de l'Egypte et de la côte d'Afrique, ces anciens greniers de l'empire romain? Où sont les immenses ressources que les siècles passés ont tirées de l'Espagne d'un côté et de la Perse de l'autre, de la Perse si bien cultivée de Cyrus ? Tous ces pays à demi-ruinés, toutes ces populations disparues avec leurs traits caractéristiques et les marques distinctives de leur nationalité, ne sont-ils pas des exemples sérieux, des preuves frappantes que le mépris des lois de l'agriculture et des soins de la terre mène à la ruine, et y mène les peuples aussi bien que les particuliers ? Sans doute des événements d'un autre genre, des guerres, des révolutions, etc, ont aussi contribué à la décadence de ces peuples -, néanmoins, ce que je dis du dépérissement de l'agriculture dans ces contrées est loin d'être une illusion.

Que n'est-il pas arrivé dans notre Amérique depuis soixante ans ? Le colon de la Nouvelle-Angleterre après avoir amaigri, épuisé sa propriété, a émigré dans l'Etat de New-York, de New-York dans l'Ohio et le Wisconsin, de là dans le Minnesota et le Far West, abandonnant ainsi successivement des fermes qu'il avait su établir, mais qu'il n'a pas su conserver. Avec le système ruineux de récoltes sur

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