SCÈNE XII Les Mêmes, LE GROOM
LE GROOM
Bonjour, Monsieur Herbaut. Une lettre de M. Revinel.
JACQUES
Bonjour, Auguste... (Il prend la lettre etladéca-
chète, à part.) Comment ! rien ! (Lisant.) « Cher ami, je suis désolé, mais j'ai pris justement hier la grosse culotte et. . . » (Bas à Hélène.) Lis . . .
HÉLÈNE
Je vois bien.
JACQUES
Comment faire? Et l'autre qui attend !...
HELENE, le prenant par le bras et à part.
Tape le groom.
JACQUES
Hein?
HÉLÈNE
Tape le groom ! Il n'y a pas d'autre moyen !
JACQUES
C'est ennuyeux ! C'est très ennuyeux... je n'ai pas l'habitude.
HÉLÈNE
Dépêche-toi donc... (Haut avec intention.) Tu
n'as pas de monnaie ?...
JACQUES, embarrassé.
Non... je... (Au groom avec hésitation.) As-tu
dix louis sur toi, Auguste ?
LE GROOM, avec empressement.
Mais certainement, Monsieur Herbaut.
J'ai toujours dix louis pour vous...
Il prend un grand porte-monnaie et cherche des pièces d'or.
JACQUES
Merci, Auguste.
LE GROOM
A votre service.
JACQUES
Je te rendrai ça demain.
LE GROOM
Oh ! ne vous pressez pas, Monsieur Herbaut. Je ne suis pas inquiet, parce que j'ai remarqué qu'on finit toujours par rendre.
JACQUES
Vraiment ?
LE GROOM
Toujours. M. Revinel ? par exemple... Il croit peut-être qu'il ne me rendra jamais ce qu'il me doit. Il fait semblant de ne plus y penser. Eh bien ! il me le rendra tout de même, et avec un fort intérêt par-dessus le marché.
Tu dois avoir des économies à la Caisse d'épargne ?
LE GROOM
A la Caisse d'épargne ? Monsieur veut rire. . . Pour toucher deux et demi pour cent . . . ce serait trop bête. J'aime mieux prêter à ces messieurs...
HÉLÈNE
Et vous avez raison.
LE GROOM
Le gros Charles qui a commencé comme moi a aujourd'hui un sac énorme.
JACQUES
Tu l'auras un jour.
LE GROOM
Et plus vite que lui, parce que je suis d'une génération où on est plus roublard. Madame, Monsieur, j'ai bien l'honneur de vous saluer, (il sort.)