SCÈNE VIII BRASSAC, seul, puis LA COMTESSE
BRASSAC, seul.
Je Fadore, ce garçon-là... (A la comtesse qui entre.) Ah ! comtesse, quelle délicieuse surprise ! Enfin, vous daignez venir me voir ! . . .
LA COMTESSE
Je viens vous remercier de votre loge.
Vous êtes exquise, exquise... (n lui baise la
main.)
LA COMTESSE
Soyez sage, voyons. J'ai eu tort de venir
BRASSAC
Tout le monde vient ici... Un financier, c'est comme une couturière. Je vous adore, comtesse, je vous adore... Vous n'avez donc pas un peu d'amitié pour moi ?
LA COMTESSE
Au contraire, j'ai du plaisir à vous voir, à causer avec vous.
BRASSAC
Comme homme ou comme banquier?
LA COMTESSE
Comme homme. Parce que, comme banquier, vous n'èles pas sérieux.
Hein.
LA COMTESSE
Ces dames vous prennent peut-être au sérieux, mais moi pas. Je ne vous confierais pas une piastre, ce serait dangereux.
BRASSAC
Mais, pardon !...
LA COMTESSE
Je suis très franche, comme vous voyez.
BRASSAC
C'est même ce que nous appelons chez nous un excès de franchise.
LA COMTESSE
Ne vous fâchez pas, Brassac. Je n'ai pas
voulu vous offenser. Qu'importe, d'ailleurs? Vous me plaisez beaucoup. C'est l'essentiel, n'est-ce pas ? C'est comme une amie que vous voulez m'avoir, je suppose, et non comme cliente.
BRASSAC
Mon rêve serait de vous posséder sous ces deux formes, mais puisqu'il n'y a pas moyen...
LA COMTESSE
Pas moyen du tout... Vous n'êtes pas sérieux, je vous l'ai dit.
BRASSAC
N 'insistez pas... Je vous adore, vous êtes exquise, vous n'êtes pas la femme qu'on rencontre tous les jours.
LA COMTESSE
Et vous, de votre côté, vous êtes un type
d'homme que je n'ai pas encore trouvé sur ma route. Nous avons toutes sortes d'individus dans l'Amérique du Sud, mais nous n'avons pas votre pareil. Il n'y a qu'en Europe.
BRASSAC
Je suis flatté, Comtesse.
LA COMTESSE
Je vous crois même très capable de passion, d'emballement.
BRASSAC
C'est-à-dire que vous m'affolez, je ne pense qu'à vous.
LA COMTESSE
Je vous le répète, vous me plaisez, et je consentirai probablement à vous écouter un jour.
BRAS SAC
Mais quand ?... Voilà, quand?
LA COMTESSE
Je ne sais pas, Brassac. Cela dépendra. Je suis très romanesque. J'ai horreur du rendez-vous banal, de l'heure fixe et qu'une femme fasse don de sa personne comme s'il s'agissait d'un cadeau du jour de l'an.
BRASSAC
Ou d'un poisson d'avril.
LA COMTESSE
Enfin, vous me comprenez... J'attends que vous me donniez une preuve de votre amour... Une preuve éclatante ou ingénieuse...
BRASSAC
Ce qu'il y a de particulier, c'est que vous
LA BOURSE OU LA VIE lâi
me dites des choses épouvantables et que je vous aime encore plus que tout à l'heure. . .
LA COMTESSE
Tant mieux, Brassac. Et pour vous récompenser, je dînerai avec vous un de ces soirs.
Oh ! comtesse... chère comtesse...
LA COMTESSE
Adieu, donc. . . Je me sauve, maintenant. . . Voici vos clientes ordinaires. Au revoir, cher
Monsieur. (Elle sort. Entrent: Blanche Corset, Oscar, puis Eglantine, puis Pigoçhe.)