SCÈNE IV Les Mêmes, PLESNOIS
PLESNOIS.
Ah! il est là... Bonjour. Molineuf...
(S'avançant vers Jacques et lui prenant les deux mains.) Je
suis heureux de vous serrer la main, cher ami, hien heureux... et de vous apporter toutes mes sympathies. Nous avons su la nouvelle tout à l'heure, au Cercle, à déjeuner, par votre avocat... Vous avez été roulé et dévalisé par ce fripon, qui, lui, est en fuite... et j'ai tenu à venir immédiatement.
Il lui serre encore là main.
JACQUES
Merci, mon bon Plesnois.
PLESNOIS, àMolineuf.
Ali! vous... que je n'oublie pas... j'ai une commission à vous faire. Ma femme, en apprenant que je venais vous voir, n'a pas voulu venir le même jour. Elle m'a prié de vous dire qu'elle viendrait demain...
MOLINEUF.
A quelle heure ?
A trois heures. (A Jacques.) Oui, cher ami. l'opinion au Cercle est unanime en votre faveur. Vous n'avez eu qu'un détracteur, mais il a été remisé vertement, je vous prie de le croire.
JACQUES
Oui ça, mon Dieu ?
PLESNOIS.
Revinel, naturellement, le célèbre tapeur.
JACQUES
11 me doit cent louis, il me débine. Nous sommes quittes.
PLESNOIS.
Ces gens-là, mon cher, il faut leur donner tout de suite des calottes ou les mépriser absolument. C'est ce dernier parti que j'ai adopté et aujourd'hui il peut dire tout ce qu'il voudra contre moi... il peut même aller raconter partout que ma femme a un amant., ça m'est parfaitement égal.
JACQUES
Comment ! il ose ?...
PLESNOIS.
Et devinez quel est Pâmant qu'il donne à Mme Plesnois ?
MOLINEUF.
Je serais curieux de le savoir.
PLESNOIS, àMolineuf.
Vous. Ça devenait comique.
MOLINEUF.
Moi ? En effet, il vaut mieux en rire.
PLESNOIS, à Jacques.
Mais, Mme Herbaut elle-même, jiion cher, votre femme, [qui est au-dessus de tout soupçon et dont je répondraisfplus ^encore que de la mienne...
JACQUES, machinalement.
Mais je l'espère. . . (Se reprenant.) Continuez, cher ami.
PLESNOIS,
Mrae Herbaut n'a pas trouvé grâce devant ses petites perfidies.
JACQUES
Tiens ! tiens ! 11 dit que ma femme a un amant ?...
Il n'oserait pas. Il se contente d'insinuer qu'un de nos collègues la serre de près.
JACQUES
Pas de très près, alors, parce que je ne m'en suis pas aperçu. Et quel est ce collègue ?
PLESNOIS.
Préparez-vous à vous amuser énormément.
JACQUES
Je suis prêt.
PLESNOIS.
Le Houssel !... Le Houssel !...
JACQUES. c
Très gentil.
PLESNOIS.
Voilà à quelles bouffonneries conduit la maladie du débinage !...
MOLINEUF, riant aux éclats. *
Ah ! Le Houssel !... Il faudrait lui dire
Ça . . . Au valet de pied qui lui dit un mot à l'oreille.) Mais
tout de Suite... (Sort le valet de pied. Molineuf à
Jacques.) Madame Herbaut.
JACQUES
Ah ! (Entre Hélène.)