‹ La bourse ou la vieChapitre 51 sur 60 · SCÈNE VI JACQUES, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI JACQUES, HÉLÈNE

HÉLÈNE

Nous sommes sauvés, mon petit Jacquot ! . . . J'ai l'argent !

JACQUES

Quel argent ?

HÉLÈNE

Celui qu'il noiis faut... Les trois cent mille !

JACQUES

Qu'est-ce que tu me chantes là ? Tu as trois cent mille francs ?

HÉLÈNE

Oui... Oui... Oui...

JACQUES

Par exemple, je serais curieux de savoir. . .

Où je les ai trouvés, n'est-ce pas ? Pardi ! je les ai empruntés.

JACQUES

Tu as emprunté, toi!... Et à qui, s'il te plaît?

HÉLÈNE

A Le Houssel !... A ce bon Le Houssel !

JACQUES

A Le Houssel ! ... Tu as eu l'aplomb de !.. . Ça, c'est trop fort ! C'est trop fort !

HÉLÈNE

Dans la situation où tu étais, j'aurais emprunté au Pape !

JACQUES

Ça aurait mieux valu... Mais à Le Houssel !... A un homme qui... Non, c'est d'une inconscience ! d'une indélicatesse !...

HÉLÈNE

Indélicat ! Qu'est-ce que ça a d'indélicat, je te prie de me le dire ! Non, je te prie de me le dire... Cite-moi un précepte de morale qui blâme ce que j'ai fait, je t'en défie !

JACQUES

Il n'y a pas que la morale... Il y a les

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convenances, les préjugés, un tas de considérations. Je suis furieux... et ce qu'il y a d'exaspérant, c'est que tu n'as pas l'air de te douter que tu as fait quelque chose d'énorme ! Tu ne t'en doutes pas, n'est-ce pas ?

HÉLÈNE

Non... Oh ! non. 9

JACQUES

C'est ta lacune... Tu as une lacune... Je frémis en pensant à ce que tu ferais, si tu n'étais pas une honnête femme... Et il ne t'a rien dit, Le Hpussel ?

HÉLÈNE

Il a été très gentil... Il m'a donné un chèque. Tiens, le voici.

JACQUES

Alors, il t'a donné un chèque comme ça... tranquillement.

HÉLÈNE

Oui... (Le regardant.) Eh bien! 11011, JO 11C

veux pas te dire de mensonge... Je vais te dire la vérité...

Qu'est-ce qu'il y a encore, nom d'un chien !

HÉLÈNE

Il y a... ah ! ah ! c'est amusant quand on y réfléchit.

JACQUES

Mais va donc !

HÉLÈNE

Voilà-t-il pas que cet imbécile de Le Houssel était devenu amoureux de moi !...

JACQUES

C'est le comble !...

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HÉLÈNE

Et il a eu l'audace de me déclarer sa flamme quand je lui ai demandé l'argent... Je l'ai flanqué à la porte à ce moment-là, tu penses... Après quoi, je l'ai abreuvé d'outrages... Laisse donc, ne t'indigne pas, ça a fini par être plutôt drôle. Car il m'a suppliée de lui pardonner, il m'a juré qu'il avait eu une minute d'égarement et qu'il ne recommencerait jamais, jamais ! Situl'avais vu, il n'y avait plus moyen de se fâcher... Je lui ai pardonné et il faut que tu lui pardonnes aussi, car il nous rend tout de même un fier service...

JACQUES

Un fier service ! Alors, tu t'imagines que je vais accepter un service d'un Monsieur, dans ces conditions-là... Ecoute, ma petite Hélène, écoute bien ce que je vais te dire. J'ai toujours fait ce que tu as voulu ; tu as

voulu que nous nous ruinions, nous nous sommes ruinés ; tu n'as pas voulu quitter Paris, nous sommes restés à Paris; tu as voulu que je fasse la connaissance de Brassac, je l'ai faite ; tu as voulu mener la grande vie, nous l'avons menée et même nous la menons encore ! Mais en voilà assez, cette fois, en voilà assez ! Donc, à partir de maintenant, ma petite Hélène, je t'en supplie, je t'en conjure, ne me donne plus d'idées, ne me donne plus de conseils, tienstoi tranquille !

HÉLÈNE, vexée.

C'est bon, mon ami, c'est bon, je ne m'occuperai plus de tes affaires, je te le promets.

JACQUES

Ça vaudra mieux, ma chérie, je t'assure que ça vaudra mieux. Tu m'aimes bien, n'estrce pas ?

HELENE

C'est toi qui ne m'aimes plus.

JACQUES

Quelle folie ! Seulement, veux-tu que je te fasse un aveu ? J'ai assez d'émotions comme ça, et je commence à éprouver le besoin d'être un peu tranquille. On est très bien ici, je ne me plains pas ; mais enfin, je préférerais le coin de mon feu...

HÉLÈNE

Mais comment vas-tu en sortir d'ici...

Comment ? Je ne vois que ça, moi.

JACQUES

J'en sortirai... je ne sais pas exactement de quelle façon... mais je finirai par en sortir. Mais il me faut jurer que tu seras raisonnable.

HÉLÈNE

Oui, mon chéri.

JACQUES

Tu m'obéiras à ton tour ?

HÉLÈNE

Oui, mon chéri.

JACQUES

Et nous nous retirerons à la campagne ?

HÉLÈNE

Quand tu voudras. . .

JACQUES, l'embrassant.

Alors, ça finira très bien. . . Au fait,, donnemoi le chèque que je le renvoie à Le Houssel, le plus poliment que je pourrai, (ii prend

le chèque et se dispose à le mettre sous enveloppe. — Entre Pervenche.)

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