‹ La bourse ou la vieChapitre 54 sur 60 · SCÈNE IX BRASSAC, MOLINEUF · texte numérisé non relu

SCÈNE IX BRASSAC, MOLINEUF

MOLINEUF.

Bonjour, cher ami.

BRASSAC

Je n'en crois pas mes yeux... C'est vous, Molineuf, qui êtes directeur de la Douillette?

MOLINEUF.

Enchanté de vous recevoir...

BRASSAC

Si on m'avait dit ça?.,.

MOLINEUF,

Vous seriez venu plus tôt?...

Non, mais je vous aurais envoyé mes félicitations.

MOLINEUF.

Comment se fait-il que vous vous soyez laissé arrêter ? Vous, un malin ! Ce n'est pas pour vous le reprocher, remarquez bien.

BRASSAC

Oui, mon ami, je me suis laissé coffrer comme un benêt... C'est l'amour...

MOLINEUF.

L'amour?...

BRASSAC

La passion, si vous préférez. La passion, mère de l'imprudence. Je n'étais pas à Bruxelles depuis deux heures, qu'une idée romanesque s'emparait de mon cerveau.

Tomber à l'improviste chez cette femme — une femme, Molineuf, dont je suis éperdument épris, — l'étonner par mon audace et mon mépris du danger, et la posséder à la faveur de cet étonnement.

MOLINEUF.

Bigre ! C'était risqué !...

BRASSAC

J'hésite un instant, je ne vous le cache pas. Mais la passion finit par remporter.

Je me déguise, je prends le train, j'arrive à Paris à minuit, je saute dans un fiacre et à minuit et demi je sonne à sa porte. Une camériste vient m'ouvrir. Je lui tends ma carte et je suis reçu immédiatement. Alors, j'enlève ma fausse barbe et tombant à genoux : « Vous vouliez une preuve d'amour, comtesse. Il me semble que la voilà, la preuve d'amour. »

MOLINEUF.

Et qu'a-t-elle dit, la comtesse ?

BRASSAC

Elle a balbutié des paroles incompréhensibles dans le langage de son pays.

MOLINEUF.

Elle est étrangère ?

BRASSAC

Chilienne. . . Puis, elle s'est précipitée dans

mes bras, en m'appelant : « Antonio ! Antonio ! »

MOLINEUF.

Mes compliments.

BRASSAC

Ah ! mon ami, ça c'est une femme ! Seulement, à sept heures du matin, nous avons été réveillés par le commissaire de police.

MOLINEUF.

Diable !

BRASSAC

Nous n'avons eu que le temps de nous faire des adieux déchirants» Puis je me suis habillé à la hâte,, et me voici.

MOLINEUF.

Je ferai de mon mieux pour vous rendre le séjour agréable.

BRASSAC

Merci, Molineuf.

MOLINEUF.

D'ailleurs, vous serez en pays de connaissance...

BRASSAC

Tiens ! qui donc ?

MOLINEUF.

Herbaut.

BRASSAC

Ah ! Ah ! Herbaut !... Charmant garçon ! Je serai enchanté de lui serrer la main.

Est-ce que ce n'est pas un peu à cause de vous?...

BRASSAG .

J'ai quelques torts envers lui, mais si je peux lui sauver la mise, je le ferai, je l'aime beaucoup.

MOLINEUF.

Vous n'avez besoin de rien ?

BRASSAC

Je vous demanderai la permission d'aller faire un brin de toilette.

MOLINEUF.

Je vais vous conduire chez vous. Voulezvous être au cinq ?

BRASSAC

Je n'ai pas de préférence.

MOLINEUF.

Alors au cinq. C'est ma meilleure cabine* Venez donc.

' BRASSAG.

Après vous.

MOLINEUF.

Je n'en ferai rien.

BRASSAC , passant le premier.

C'est bien pour ne pas vous désobliger.

Ils sortent tous les deux.

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