‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 136 sur 233 · LA VIE SPORTIVE · texte numérisé non relu

LA VIE SPORTIVE

LA BOXE

« Au temps où l’on avait le culte de la beauté et de la force physique personnifiées par Vénus, Apollon et Hercule chez les Grecs et les Romains, et par Samson dans la tradition biblique, le pugilat ou combat à coups de poing était fort en honneur. L’épopée homérique relate les faits et gestes des pugilistes célèbres:

LA BOXE FRANÇAISE

Amycus, roi des Brébices, ne permettait pas aux voyageurs de quitter ses états avant d’avoir lutté avec lui au pugilat, jusqu’au jour où l’argonaute Pollux le vainquit et le tua. Au programme des fêtes données par les Phéaciens en l’honneur de l’arrivée d’Ulysse, on trouve des combats de ce genre. Mais ce n’est qu’à la XXIIIe olympiade que nous voyons figurer cet exercice parmi les jeux athéniens : le 1er prix de pugilat fut alors remporté par Onamaste de Smyrne.

« Deux règles régissaient ce pugilat : d’après la lre, le combat avait lieu tête et poings nus, jeu cruel et indigne d’un peuple civilisé ; d’après la seconde, les antagonistes avaient les poings recouverts du ceste ou gantelets et la tête coiffée d’un amphotide, sorte de calotte protectrice. Les plus célèbres pugilistes furent Glaucus et Mélancomas.

« Puis vint la nuit de l’ignorance intellectuelle et physique. Plus de trace de pugilat ; comme pour tous les autres sports, il fallut chercher, dans les annales anglaises, la renaissance de cet exercice athlétique.

« Elle dut être provoquée par la prohibition du duel à l’épée dans ce pays. Ne pouvant plus croiser le fer pour vider leurs querelles, les Anglais du moyen âge s’exercèrent à : « the art of self défence », l’art de se défendre soi-même, encore en usage de nos jours.

« Dès son origine, la boxe anglaise s’inspira des deux règles suivantes : 1° ne jamais frapper un adversaire tombé à terre ; 2° se tenir couvert avec l’avant-bras droit en demi-flexion, le gauche portant de vigoureux coups de poing, le combat ayant lieu jusqu’à merci.

« Shakespeare fait gagner à Richard Ier le cœur d’une jeune princesse par un combat à coups de poing livré en sa présence, et dans lequel le héros du drame joue le rôle d’un des antagonistes.

« Ce n’est à la vérité qu’au début du xvuie siècle que Jack Broughton établit les règles, encore actuellement suivies, de la boxe anglaise. Mais ici je me vois obligé de scinder en deux parties bien distinctes l’étude de la boxe : la boxe française et la boxe anglaise, dont la différence essentielle est la suivante : tandis

LA BOXE FRANÇAISE

que la boxe française autorise l’usage des bras el des poings, des jambes et des pieds, la boxe anglaise n’autorise que celui des bras et des poings.

« Mon premier article sera consacré à la boxe française.

cc L’origine de la boxe française n’est pas d’ordre très relevé ; elle n’est pas non plus très ancienne, comme se le figurent à tort certains adeptes de ce sport. C’est vers 1830, et dans les basfonds de la société que l’exercice de la savate, dont procède la boxe française actuelle, fut pratiquée.

« Les marlous de l’époque inventèrent ce mode de combat pour vider leurs disputes intéressées. Dans la savate, la garde était très basse, les jambes écartées, les mains portées en avant. Un coup célèbre, dit coup de musette, consistait à relever le nez de l’adversaire avec la paume de la main ouverte. Cependant un professeur vint qui enseigna la savate. Son nom ?... Michel Pisseux, dit Casseux, exerçant à la Courtille, dans un bouge que plusieurs romanciers ont rendu célèbre. Michel Pisseux compta parmi ses élèves le duc d’Orléans et lord Seymour.

« Mais c’est Charles Lecour qui fut le véritable fondateur delà boxe française (1832). « L’Anglais, dit Alexandre Dumas père, dans un de ses romans, a perfectionné l’usage des bras et des poings ; Charles Lecour y ajoute le jeu des jambes et des pieds, destinés à rapprocher ou à éloigner l’adversaire. » Dans l’ordre chronologique, „on peut citer comme professeurs célèbres : Loze, de Toulouse; Leboucher, de Rouen ; ce dernier créa l’exercice de la canne ; Hubert Lecour, frère de Charles Lecour, Curel, Tessier, Charles Ducros, Rambaud, Vigneron dit l’homme canon, et enfin Charlemont père qui se fit connaître vers 1862, dans un premier assaut contre Vigneron.

« J. Charlemont fondit les méthodes de Vigneron et de Lecour en les rectifiant par des observations personnelles, et offrit au public la théorie systématique et raisonnée de la boxe française.

« Ce merveilleux athlète ne s’est retiré que tout récemment, laissant son fils continuer la tradition. Leste, vif, admirablement découplé, il restera présent à la mémoire de ceux qui le virent

LA BOXE FRANÇAISE

tirer. Nous assistâmes à un de ses derniers assauts; bien que frisant la cinquantaine, Charlemont déploya une souplesse extraordinaire chez un homme de cet âge.

a Charlemont fils a hérité de toutes les qualités de son père auxquelles est venue s’ajouter une force physique plus grande encore.

« J. Charlemont a divisé son cours de boxe en sept parties :

« 1° Enumération et'application théorique des coups, parades et mouvements ;

« 2° Exercices simples et combinés dans le vide.

« 3° Exercices contre un adversaire, parades des coups de pied et coups de pojng.

« 4° Prises de corps et coups de lutte.

« 5° Coups d’arrêt simples et doubles.

« 6° Exercices spéciaux tirés de la boxe anglaise.

« 7° Assaut et coups particuliers.

« La théorie de Charlemont comprend huit coups principaux :

« 1° Le coup de poing de figure direct.

« 2° Le coup de poing de flanc direct.

a 3° Le coup de poing demi-circulaire horizontal.

« 4° Le coup de pied bas.

« 5° Le coup de pied horizontal.

« 6° Le coup de pied direct.

« 7° Le coup de pied chassé-croisé.

« 8° Le coup de pied en tournant.

« Dans un prochain article, j’entrerai dans des considérations générales sur l’assaut et citerai des professeurs et amateurs célèbres.

(A suivre). « G. de Lafreté »

Echo de Paris , 17 décembre 1895.

Le 18 décembre 1895, assaut de boxe donné par la Société des Boxeurs français, à la salle Charlemont.

ORDRE DES ASSAUTS

MM. Landowsky-Bayard. — Albert-Langlois. -- Eoreau-Acs. — Godignon-Jolit. — Charlemont fils-Loustalot. — Rampal- Potter. — Chatelain-J. Renaud. — Levallois-Loriot. — Castérès- Monbiot. — Mainguet-Moscovino. — Charlemoni fils-Albert.

LA BOXE FRANÇAISE

BOXING-CLUB DE BRUXELLES

Page 1