CERCLE D’ESCRIME
« 11 fallait que le Cercle d’escrime, de fondation récente, et qui ne s'était encore répandu dans le publié que par des manifestations très intimes, s’imposât par une grande fête à même de démontrer sa vitalité et de prouver l’esprit d’initiative animant ses membres.
a Un public extraordinairement nombreux se pressait hier au
LA BOXE FRANÇAISE
manège. Il y avait foule, et foule compacte à toutes les places, malgré la concurrence d’autres fêtés de genre similaire. Nous n’avons pas, à notre connaissance du moins, le souvenir d’une salle aussi bondée. On s’y écrasait et tout ce monde pourrait aussi donner la mesure des sympathies dont ne manque pas de jouir le cercle organisateur, et prouver combien reste considérable sur les foules l’attrait du nom du boxeur célèbre, M. Charlemont.
« Nous regrettons de ne pouvoir ici signaler que les numéros d’importance première, parmi lesquels nous aurons à citer notamment : l'assaut de fleuret de MM. Thirifays et Hanlet, l’assaut de sabre de MM. Hicter et Vandendoren, deux travaux d’ensemble, l’escrime aubâton par les élèvesdu cercle et àla canne par les membres.
« Ces deux numéros de ce programme corsé sont notamment à citer.
a Pour terminer la première et la seconde parties, M. Charlemont devait faire assaut avec MM. F. Hanlet et H. Litt.
« M. Charlemont est loin d’être; à Verviers, un inconnu. Nous avons eu, il y aura bientôt deux ans, l’occasion d’apprécier les brillantes qualités qui distinguent ce maître delà boxe française. Le souvenir de deux parties de boxe remarquables avec MM. Dardenne etHonnayest resté dans la mémoire de nombreux amateurs.
« M. Charlemont est ainsi resté le tireur hors ligne que nous avons connu, méthodique et calculé, doué, outre d’une adresse remarquable, d’une force musculaire énorme.
« Dans les assauts que Charlemont a eu à soutenir, contre d'abord M. H. Litt et ensuite M. Hanlet, il est resté le virtuose du coup de poing, déjà fort avantageusement connu. M. Litt a fait de vaillants efforts pour soutenir, contre M. Charlemont, une remarquable partie de boxe, M. Litt, qui n’avait pas froid aux yeux, n’est pas seulement resté sur une défensive honorable, en somme, mais a eu quelques beaux coups de riposte et d’attaque.
« On ne peut donc que le louer pour l’attitude qu’il sut conserver devant le champion français.
« Avec M. Hanlet, M. Charlemont avait à faire à un adversaire rompu au métier. M. Charlemont a eu l’occasion ainsi de témoigner sa grande agilité, en risquant, avec M. Hanlet, son fameux coup de pied qu’il a porté par deux fois à la tête de son rival.
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« Nous aurons à signaler encore deux beaux assauts de fleurets entre MM. Alf. Paul et J. Everaerts, de Liège, et entre MM. Falise et Hicter ; une très intéressante partie de boxe anglaise entre MM. Batta et Vandendoren et un bel assaut de canne, qui a fait valoirtoute la souplesse et l’agilité surprenantes de M. Jean Hanlet, entre ce dernier et M. G. Verhaert, un amateur de belle force.»
Journal du jour, de Verviers, 15 février 1897.
« Escrime. — L’art de faire des armes compte encore d’innombrables adeptes. Nous avons pu en juger hier par l’engouement qui s’est manifesté pouf la fête que le cercle d’escrime, de fondation récente, organisait au manège.
« Ce dernier, dès 7 heures, était comble jusque dans ses moindres recoins, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au cintre et, pour un peu, la foule, qui grossissait sans cesse, envahissait la piste. Il est vrai que les organisateurs s'étaient assuré le concours d'un « fort ténor » exceptionnel qui, il y a deux ans, avait laissé un souvenir inoubliable à Verviers : M. Charlemont fils, professeur à l’Académie de boxe à Paris.
cc Plusieurs autres tireurs et boxeurs de renom devaient aussi contribuer au succès de la fête.
« Celle-ci s’est ouverte à 7 heures 1/2.
« MM. Chival, majordela garde civique, préside aux assauts; il a comme assesseurs MM. A. Henrion, capitaine honoraire, et D. Adolphy, lieutenant adjudant-major de notre milice citoyenne.
« Le premier numéro est sensationnel.
« Le professeur F. Hanlet présente quatre élèves : trois de ses enfants, dont l’aîné a 12 ans et le cadet, aux cheveux bouclés retombant sur ses épaules, a 6 ans. Lejeune Hausenne, âgé d’une douzaine d’années, complète ce charmant quatuor.
« Dès la première leçon de bâton, le public est émerveillé par lacrânerie et la précision, l’agilité de ces tireurs-miniatures, qui, plus tard, fournissent encore un ensemble surprenant dans des exercices à la baïonnette. Aussi sont-ils applaudis avec frénésie.
« Se succèdent ensuite plusieurs assauts de fleuret, de sabre, de boxe française, de canne, de boxe anglaise, qui nous permettent d’apprécier l’élégance, la robustesse, la souplesse de plusieurs
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maîtres et prévôts d’armes de Liège et de Verviers et de quelques amateurs de notre ville.
« M. G. Thirifays, professeur au cercle littéraire de Liège, a montré une grande correction et un doigté superbe dans son assaut contre M. F. Hanlet, l’excellent professeur verviétois, dont on a si souvent apprécié les hautes qualités. M. Vandendoren, a accusé beaucoup de fougue dans une lutte d’estoc et de taille contre M. Hicter, qui manie le sabre avec aisance. MM. J. Delatte et Deby qui développent très bien ont été très heureux dans leur assaut de boxe française. M. J. Everaerts, de la salle Thirifays de Liège, s’est montré le digne élève de son maître contre M. Jean Hanlet, doué d’uneénergie extraordinaire. La boxe française fournie par MM. H. Barthélémy et G. Verhaert, a aussi été très intéressante; tous deux sont adroits et agiles mais manquent un peu de théorie.
« M. Alfred Paul, adjudant, professeur au 8e régiment d’artillerie à Liège, possède une « magnifique main » et beaucoup de sûreté ; il nous l’a prouvé dans son assaut au fleuret contre M. Everaerts.
« Quant à M. J. Falize, de notre ville, il a remporté un des plus beaux succèsde la soirée ; il excelle surtout dans les contre-ripostes.
« Son adversaire au fleuret, M. Hicter, a fait montre de beaucoup de connaissances ; un bon entraînement lui siérait bien cependant.
« Dans la partie de canne, M. Verhaert, très agile malgré sa forte corpulence, connaît très bien le maniement de son arme, mais pèche par l’excès du jeu; la belle lui a été vaillamment disputée par M. Jean Hanlet, dont la supériorité a été incontestable.
« Dans une leçon de fleuret avec son élève, M. F. Hanlet a savamment et clairement exposé sa méthode.
« MM. J. Batta et Vandendoren ont prodigué beaucoup de vivacité et de chaleur dans une partie de boxe.
« Enfin nous arrivons aux deux numéros émouvants, les assauts auxquels le champion du monde participe.
« Tout d’abord M. Charlemont a comme adversaire M. H. Litt, un jeune prévôt verviétois.
« Le tireur français est resté à hauteur de sa réputation uni-
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verselle, sa méthode fait école ; d’ailleurs M. Charlemont est âgé de 35 ans, c’est un homme de stature moyenne, très bien découplé et doué d’une force herculéenne et d’une souplesse surprenante. Il est de tempérament froid, son regard est fascinateur. Il devine tous les coups que son adversaire peut lui porter et développe admirablement ; ses coups sont un peu rudes toutefois et ses partenaires doivent souvent en conserver des souvenirs.
« Empressons-nous de dire que M. Litt s’est très vaillamment comporté devant un adversaire aussi redoutable et les deux boxeurs se mesurant pour la première fois ont dû, de part et d’autre, tâter le terrain par des feintes qui précèdent les coups. Cette partie, des plus animées, s’est terminée par une magnifique passe de coups de pied croisés aussitôt parés et ripostés.
« MM. Charlemont et F. Hanlet terminaient cette joute superbe par une brillante partie de boxe française qui a été trop courte malheureusement; M. F. Hanlet, professeur du Cercle d’escrime, avait dirigé toute la fête et paraissait fatigué.
« Néanmoins les attaques et rispostes étaient promptes ; les feintes de coups bas de jambe, notamment, étaient très bien évitées de part et d’autre. De chaque côté il y eut des touches.
« Les coups étaient parés avec une remarquable adresse par les deux champions et la série de coups de pied en pivotant, les croisés et les coups de poing ont soulevé l’enthousiasme des connaisseurs.
« Cette fête constitue un éclatant succès pour le cercle d’escrime, dont la fondation remonte à un an à peine ; les élèves qui ont été produits ont accusé une capacité très appréciable qui nous promet d’excellents tireurs pour l’avenir.
« Nous apprenons qu’au cours de la soirée intime qui a eu lieu après la fête, au local du cercle de l’escrime, au rez-de-chaussée de l’Emulation, M. Charlemont a été proclamé membre d’honneur du Cercle, titre que le champion français a accepté avec plaisir. »
L’Union libérale de Verriers , 15 février 189T.
LA BOX K FRANÇAISE
SOCIÉTÉ DES BOXEURS FRANÇAIS
Cercle de l’Escrime, 9, rue Taitbout, 9.