‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 27 sur 233 · M. CHARLEMONT · texte numérisé non relu

M. CHARLEMONT

Avec le concours des premiers professeurs de Paris :

MM. L. Vigneron, Ch. Ducros, Teissier, Bareiros, Devost, E. Bastien, Alfred, Mansuÿ, Joigny, Verdier, Gilbert,

Bouillet, Olivier, Malosse, Kamrer, Maumet, D’Arbois, Tenon,

Ainsi que leurs principaux élèves.

Cet assaut sera composé

D’ÉPÉE, SABRE, CANNE, GRAND BATON, D'ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE ET D’EXERCICES DE FORCE ET D'ADRESSE

M. Charlemont, surnommé le principe de l’adresse française, élève du célèbre Louis Vigneron, Thomme-canon de l’Hippodrome de Paris, réputé le premier champion de l’adresse française, et dont le nom est illustré par toute la France, l’Angleterre, etc...

A cette séance, M. Charlemont se tiendra à la disposition de toutes les personnes qui désireraient faire assaut avec lui ; il offre une prime de 100 francs à tout amateur d’adresse française qui parviendrait à le vaincre sur cet exercice.

La boxe frànçaisë

Pour la première fois, le fils de M. Charlemont, êgé de trois ans et demi, exécutera en décomposant les principaux coups de la théorie de canne et plusieurs de l’adresse française.

MM. les professeurs qui désireraient prendre part à ce brillant assaut sont priés de se faire inscrire un jour à l'avance.

En 1866, Charlemont, professeur de boxe au 99* régiment de ligne, était caserné au fort d’Aubervilliers. Un jour le prince A. M... son élève, vint le voir. C’était la veille du grand prix de Paris. Le prince faisait courir. Il venait prévenir son professeur qu’il partirait aussitôt après les courses et qu’il allait lui régler ce qu’il lui devait. A cette occasion, Charlemont invita le prince à faire avec lui un assaut pour terminer la saison, le prince accepta.

Les régiments ne fournissaient ni gants ni chaussures aux élèves qui suivaient le cours de boxe. Le professeur était tenu d’en avoir quelques paires pour les jours d’inspections générales. Charlemont n’en manquait pas, il était alimenté par les professeurs civils de Paris qui lui donnaient tous ceux qui étaient mis hors d’usage dans leurs salles. Presque tous ses élèves en possédaient une paire : ils n’étaient pas de première fraîcheur, malgré les soins et les raccommodages dont ils étaient l’objet. On peut se rendre un compte exact de l’état dans lequel ils étaient lorsqu’ils avaient servi à tirer dans les cours des casernes ou dans les salles qui ne sont généralement pas cirées, mais bitumées. A cette époque, les gants étaient plus souvent rembourrés de varech ou de raclure de baleine. Ce qui faisait qu’au bout de peu de temps de service, le varech et la raclure se roulaient dans les gants et formaient des nœuds.

Le jour de la visite du prince, Charlemont ne possédait à sa salle qu’une paire de gants neufs, les autres étaient chez ses élèves à domicile. Il les lui offrit (ce qui était d’usage lorsqu’on invitait une personne étrangère à tirer à la salle). Charlemont en prit une vieille paire, et l’on se mit en garde. On tirait depuis quelques minutes et Charlemont remarquait que de temps en temps son élève faisait une grimace, mais ne se rendait pas

compte de ce qui en était cause, lorsqu’à un coup de poing de

LA liOXÉ FRANÇAISE

figure qu'il lui porta, le prince n'y tenant plus, s’arrêta, retira ses gants et se mit à tâter ceux cle Charlemont en lui disant : — « Quels gants avez-vous donc mis à vos mains? — Prince, je vous ai fait les honneurs de ma salle en vous donnant les gants les meilleurs et les plus beaux, j’ai gardé pour moi les mauvais, n’en ayant pas d’autres en ce moment, surpris que j’ai été par votre aimable et inattendue visite, je n'ai pas pu m’en procurer d’autres. » Le prince riant aux éclats : — «Au diable les honneurs de ce genre, vous me donnez de magnifiques gants neufs, très doux, ornés de jolies manchettes rouges, avec lesquels vous vous faites un plaisir de me laisser vous toucher, puis vous mettez une paire de vieux gants dont il serait difficile de deviner la couleur naturelle, qui de plus sont rembourrés avec des noyaux de pêches. Chaque fois que vous me portez un coup, il en sort un paquet de poussière qui m’étouffe, en même temps qu’il fait sur ma figure l’effet d’un sac de noix. Décidément, Charlemont, gardez pour vous les honneurs, prenez les gants neufs et donnez-moi les vieux. »

En général, les professeurs des régiments ne possédaient qu’une et rarement deux paires de gants, qu’ils prêtaient à leurs invités, ou qu’ils réservaient pour les grands jours deréunion.

On ne se doutait pas qu’en voulant faire une politesse aux invités, on manquait le but.

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