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LE MARDI 27 FÉVRIER 1867, A HUIT HEURES DU SOIR

GRAND ASSAUT EXTRAORDINAIRE

d'ÉPÉE, SABRE, CANNE, GRAND BATON, ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE

Donné par M. Alfred Perrier, du cirque du Prince-Impérial et de l’Hippodrome de Paris.

Avec le concours de

MM. Kuntz, ex-ler maître au 2e Voltigeurs de la garde, Mir, ex-ler maître au 2° Grenadiers de la garde, Meniels, 1er maître au 99e de ligne. Tenon, Teissier, professeurs à Paris,

Pécoul, professeur au gymnase Blériot et Charlemont,

1er maître au 99e de ligne.

Gomme et Merret, gymnasiarques équilibristes EXERCICES DE FORCE

Par MM. Alfred Perrier et Auguste Massin, le roi des bras tendus. Grand orchestre de 20 musiciens, dirigé par M. Kassaignes.

Quelque temps après, Charlemont donna un grand assaut des plus intéressants, dans une salle de bal, rue de Reuilly, près la caserne, où il donnait des leçons le soir. Toutes les salles de Paris y étaient représentées, comme tireurs ou spectateurs.

On travaillait ferme en 1867, c’était tous les jours des assauts, Charlemont et Chauderlot tiraient à l’Hippodrome et faisaient de la lutte, trois fois par semaine : lundi, jeudi, dimanche, à 3 heures. Le soir, ils boxaient au gymnase Paz où il y avait de grandes luttes, sous la direction de Rossignol-Rollin, elles eurent lieu ensuite à l’arène Le Pelletier, dont le peintre Rodolphe Julian était le créateur et le directeur. Charlemont y boxait trois fois par semaine le soir. Il n’avait pas un moment de repos, aussi était-il très entraîné à ce moment. Les réunions et le travail ne chômaient pas dans l’armée.

Nous sommes en 1867, l’exposition va être terminée et Charlemont n’aura pas pu trouver un seul jour pour la visiter.

C’est dans la coquette salle de l’Arène^ athlétique, 51, rue Le

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Pelletier, que le 8 décembre 1867, Vigneron donna un assaut, où il devait, pour la dernière fois, tirer avec Charlemont. Voici ce que disait l’affiche : M. Vigneron, qui jusqu’alors avait été notre premier champion, consent à céder son titre à M. Charlemont, son meilleur élève de boxe française, si dans cette séance, il est jugé digne par le publ ic de le remplacer. Il lui offre en conséquence une ceinture d’honneur, étant assuré que M. Charlemont soutiendra dignement ce titre de premier champion, et se tiendra à la disposition de tous les professeurs ou amateurs qui voudront bien se présenter pour lui disputer cette suprématie. A cette séance, Vigneron tira le double coup de canon sur son épaule.

A la demande générale des amateurs et du public, le 17 du même mois, Vigneron donna un second assaut dans la même salle .

Ce n’était pas une anguille qu’il y avait sous roche, c’était un défi sérieux lancé à Charlemont. L’affiche annonçait ce défi en ces termes : M. Charlemont, vous vous êtes montré digne du titre de premier champion, que M. Vigneron vous avait décerné, en soutenant contre lui, l’homme réputé invincible, un assaut de boxe française, vous n’avez pas vaincu, c’est vrai, mais vous avez été à la hauteur de votre réputation.

Il se trouve cependant un amateur qui, jaloux de votre succès et de l’adresse dont vous avez fait preuve, vous provoque et veut vous disputer, devant le public impartial, ce titre que vous avez courageusement gagné. Confiant dans sa force et son adresse, il parait certain de vaincre : quant à nous, qui depuis longtemps connaissons votre mérite, nous avons confiance et vous souhaitons bon courage.

Cet amateur n’était autre que le robuste Gilbert, 1er maître au bataillon de chasseurs de la garde impériale, tireur dur et sérieux, il voulait décrocher la timbale, c’était son droit, il avait raison.

Ce fut Gilbert qui fut cause que Charlemont apprit à parer les ripostes de coups de pied bas sur le coup de pied en tournant, en échange, il apprit, lui, à ses dépens, l’imparable revers de pied de celui-ci.

Chaque fois que Charlemont, pour faire du jeu, portait le coup de pied en tournant, et avant que le pied ne fût reposé à terre, Gilbert lui portait un coup de pied bas en dehors et le faisait tom-

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ber. Charlemont n’était pas content, mais ne le faisait pas voir, il chercha le remède et le trouva. Voici comment : Il lançait son coup de pied en tournant à toute volée et par une force d’équilibre extraordinaire, il arrêtait l’impulsion de son mouvement au moment juste où l’autre portait son coup de pied bas et sans reposer le pied à terre, lui faisait le coup d'arrêt sur la jambe; depuis il ne fut plus pris à cette riposte, il est vrai que l’autre n’essayait plus.

Lorsque l’assaut fut terminé, Gilbert portait sur la figure les marques de son infériorité, il fit même des reproches à son adversaire sur la dureté de ses coups. Charlemont lui répondit qu’en raison de la force qu’il employait dans les siens, il avait été, contre son habitude, contraint de serrer un peu ses coups. Ils n’en devinrent pas moins bons camarades et tirèrent souvent ensemble.

A cette séance, Vigneron tira trois coups de canon sur son épaule.

Gilbert avait avec lui un second maître, nommé Maurice, qui ne manquait pas de prétentions, même sur son 1er maître, il avait tort à notre avis. Il paraissait étonné de ce que son maître et plusieurs autres encore, se fissent battre par Charlemont, il leur attribuait un manque de sang-froid et disait, entre quatre yeux, bien entendu, que Charlemont n’aurait pas raison de lui. L’occasion ne se fit pas attendre longtemps, et Maurice put être fixé sur ses appréciations.

Il y avait grand assaut au bataillon de chasseurs de la garde impériale, caserne de la Nouvelle France, faubourg Poissonnière. C’était le lieutenant Devos qui était chargé des salles, comme il l’avait été au 19e bataillon, du temps de Charlemont.

L’assaut eut lieu dans la cour préparée à cet effet. Les tireurs étaient accouplés, Chauderlot et Charlemont devaient tirer ensemble (ce qui arrivait souvent, on aimait les voir tirer tous deux), mais par une petite combinaison élaborée sur-le-champ, dans les coulisses potinières et farceuses, et dans le but évident de jouer un tour à Maurice, on le mit avec Charlemont. Il s’aperçut bien de la supercherie, mais il n’en dit rien, ayant confiance en son étoile, il se résigna.

Les deux maîtres sont en garde et se tâtent. Maurice se tient sur la défensive. Charlemont l’étudie et fait une fausse attaque en se portant en avant; son adversaire fait un coup d’arrêt, trop

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court, dans le vide; deuxième fausse attaque de Charlemont, second coup d’arrêt de son adversaire qui obtient le même résultat que le premier. Une troisième fausse attaque de Charlemont, mais cette fois plus prononcée que les précédentes, le coup d’arrêt de son adversaire fut porté plus à fond, ce que Charlemont désirait, car, mesurant bien la distance, il prit la parade en dehors et de son autre bras, lui lança un vigoureux coup de poing sur la nuque, qui le fit tomber à terre sur les mains. Il voulut nier le coup en disant que les coups derrière la tête ne comptaient pas, ce fut un éclat de rire général. Charlemont, riant aussi, lui dit qu’il était libre de compter ce qu’il voulait, que, quant à lui, il ne compterait aucun coup, il fut fort étonné et ennuyé, car il avait compris le sens des paroles de Cbarlemont. A son tour Charlemont resta sur la défensive, par son impassible immobilité, il obligea son adversaire à l’attaquer; ce dernier apprit à ses dépens la précision des coups d’arrêt de son adversaire, qui, trois fois de suite, le fit tomber à terre. Maurice se fâcha, reprochant à Charlemont ses trois coups d’arrêt successifs ; et prétendant que ce n'était pas ainsi qu’on devait tirer!... — « Vous ne me laissez pas vous attaquer ni vous approcher, en un mot vous ne me laissez rienfaire.» — Ce à quoi Charlemont répondit : — «Nos camarades ici présents savent que je n’abuse des coups d’arrêt que lorsque je m’y trouve forcé, vous m’en avez donné trois, ratés, je vous les ai rendus, réussis, voilà tout. Quant à ne pas me laisser approcher, c’est mon droit, je fais tout mon possible pour cela, je combats à ma manière et suivant les circonstances. » On continua, Charlemont jouant avec sa jambe, passant son pied près de la figure de son adversaire; il vit que celui-ci cherchait à la lui saisir; sans avoir l’air de le faire exprès, il la lui laissa prendre, mais à peine la tenait-il, que, par une vigoureuse flexion et extension de la jambe, Charlemont frappa de son pied dans la poitrine de son adversaire et l’envoya rouler devant lui sur le dos. Ce dernier se releva très déconcerté du résultat de sa prise de jambe, faisant observer à Charlemont qu'ayant eu la jambe prise il aurait dû l’annoncer en disant : pris! Charlemont lui fit observer qu’il ne compterait pas les coups, mais que s’il voulait les compter, il pouvait annoncer qu’il était allé rouler à terre. Vous auriez dû voir que c’était avec

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intention que je vous laissais prendre ma jambe et que je savais bien que vous ne pourriez pas la garder; j'avoue qu’il m’est impossible de me dire pris lorsque je n’ai pas épuisé tous les moyens qui me restent de ne pas l’être.

A son tour Gharlemont lui saisit la jambe, et l’éleva assez haut (car Maurice avait de grandes facilités), et lui porta en même temps un coup de pied bas en dehors qui le fit tomber, ce dernier avait crié : pris! Charlemont n’en ayant pas tenu compte, l’autre lui reprocha de l’avoir jeté à terre. — « Lorsqu’une autre fois vous tirerez, il faudra bien établir vos conditions à l’avance, comme font les enfants quand ils jouent à la balle empoisonnée, qui défendent la tête, les reins, etc... La boxe est un exercice de défense où chacun ne peut pas apporter ses conventions personnelles, mais se conformer à celles établies par l’usage et surtout la courtoisie. »

L’assaut se termina par un revers de pied de Charlemont sur la joue de son adversaire, qui dut méditer sur les inconvénients qu’il y a à être trop prétentieux.

Charlemont fit ensuite un assaut avec un élève de Gilbert, un jeune enfant de troupe âgé d’une quinzaine d’années, qui se présentait pour l’obtention du brevet de prévôt. On vit alors un assaut différent du premier où la souplesse, l’élégance, l’agilité et l’adresse étaient réunies. Charlemont ne touchait autant dire pas son jeune adversaire, l’effleurait àpeine, lui laissant déployer tous ses moyens, se laissant toucher quelquefois sur des coups faits à propos et le laissa toücher le dernier coup aux applaudissements des officiers, maîtres, soldats et prévôts présents qui complimentèrent Charlemont sur sa conduite pendant les deux assauts qu’il venait de faire.

Le mardi 14 janvier 1868, salle de la Réunion, 8, rue Lévis, Batignolles-Monceau, Charlemont et Chauderlot tiraient ensemble la boxe française et la canne, etquelques jours après, ils prenaient part à un deuxième assaut donné à Melun par les frères Dubois de Saint-Denis.

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