Troisième partie
Grand assaut de boxe française et de lutte parisienne Par MM. Vigneron, Charlemont, Chauderlot, Galgan, Renaud, Maumet et Lucet
M. Charlemont fils, âgé de 5 ans, exécutera les premiers principes de la boxe française et la défense de la canne, simulacre contre plusieurs adversaires, en frappant de 90 à 100 coups de canne en 40 secondes A cette séance
M. Charlemont, Ie* boxeur de France, invite MM. les maîtres, prévôts, amateurs ou professeurs, à venir faire assaut contre lui, il offre 100 francs à tout amateur de boxe française qui lui serait supérieur sur cette partie.
LA BOXE FRANÇAISE
C’était le jeudi 7 mai 1868, trois jours avant l’assaut que donnait Charlemont, dont le programme est publié ci-dessus. Pour les besoins et l’organisation du dit assaut, Chauderlot et Charlemont se trouvaient ensemble, avenue de Saint-Ouen, près de l’avenue de Clichy, à la station des voitures de place ; le premier, en garnison à Vincennes, devait rentrer pour 10 heures ; il ne le pouvait qu’à condition de prendre un fiacre. Il héla un cocher au passage pour se faire conduire au fort de Vincennes. Le cocher, voyant deux militaires, crut ne pas faire une bonne affaire, il hésita d’abord et refusa ensuite de les conduire. Chauderlot arrêta le cheval ; à ce moment le cocher frappa celui-ci de son fouet. Aussitôt Charlemont s’élança sur le siège, empoigna le cocher et le jeta à terre. Alors plusieurs cochers de la station voisine vinrent au secours de leur collègue et se jetèrent à coups de fouet sur les deux professeurs : Ceux-ci, se mirent dos à dos, et firent face aux agresseurs qui étaient au nombre de six. Nos deux camarades déployèrent en cette circonstance tous leurs moyens : éner- 'gie, sang-froid, agilité et vitesse, furent mis en action. Chaque fois que les cochers sejetaient en avant, le fouet levé pour frapper, un rapide chassé-croisé les renvoyait quelques pas en arrière et quelquefois à terre. Nos deux boxeurs se prêtaient un mutuel appui en ne se désunissant pas ; ils se protégeaient selon les circonstances de la lutte, aussi sortirent-ils de cette bagarre sans avoir pour ainsi dire reçu aucun coup. Il n’en était pas de même des cochers, ils avaient reçu de nombreux et sérieux coups.
Un marchand de vin qui, de sa porte, avait vu le commencement du combat, vint s’interposer entre les combattants, en reprochant aux cochers de se mettre six contre deux ; par son intervention influente, il fit cesser le combat, qui paraissait vouloir encore se compliquer, car d’autres cochers de la station paraissaient vouloir prendre part à la bataille en faveur de leurs camarades de corporation. Le marchand de vin emmena chez lui les deux militaires, les régala d’une fine et vieille bouteille, pour les féliciter de la manière dont ils s’étaient conduits dans cette affaire, et se chargea lui-même de trouver un cocher qui voulut bien conduire les deux professeurs à leur caserne, où ils arrivèrent à l’heure sans le moindre inconvénient.
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Le 26 juillet 1868, Charlemont quitte le 99e régiment de ligne qui part de Paris, pour entrer comme professeur de boxe, canne, etc... au 51e régiment de ligne qui arrivait depuis peu du Mexique et par conséquent n’avait ni maître ni prévôts. Encore delà besogne, elle ne manquait pourtant pas à ce moment-là. 11 fallait donc se remettre à l’œuvre dans ce nouveau régiment etformer de suite des prévôts.
Le jeudi 1 7 septembre 1868, salle Pilodo et Waux-Hall, 8 heures du soir, grand assaut donné par L. Vigneron, l’homme-canon de l’Hippodrome de Paris. Malgré la décision prise précédemment, qu’ils ne tireraient plus ensemble, nous voyons encore sur l’affiche : Assaut d’adresse française entre M. L. Vigneron et M. Charlemont, le phénix de la boxe française. L’organisateur propose, le public dispose. On n’est pas rassasié de voir bien tirer. Vigneron fait aussi un assaut de canne avec M. Ferdinand Jean, un de ses premiers élèves, et fait répéter sa théorie d’adresse française par M. Emile Rive, son prévôt, et il enlève pour la dernière fois l’haltère en cristal du poids de 65 kilogs qu’il a gagné à M Harisson, à son dernier assaut au Waux-Hall.
Encore un assaut, et ça ne sera pas fini. Dans la semaine, un moniteur de Joinville, marin de la flotte, très grand, lm85 au moins, sec, Kergolo, marseillais, vint trouver Charlemont à sa salle, caserne du Prince-Eugène, lui demanda de faire assaut avec lui. — Je n’ai pas le temps, lui dit Charlemont, venez samedi, nous serons libres. Le samedi suivant l’assaut eut lieu en présence des maîtres et prévôts du régiment et du capitaine adjudant-major, Niéger, chargé des salles d’armes.
Le grand faisait le jeu marin et marseillais, il se jetait en avant sur les mains en tournant comme s’il faisait la roue, cherchant à frapper deux coups de pied successivement. Le mouvement de ses deux grandes jambes imitait, à s’y méprendre, ces grandes roues de fardiers qui traînent péniblement de gros arbres.
Il faisait aussi le sursaut en sautant en avant, pour frapper deux coups de pied successivement sous le menton. Charlemont, ne voulant pas l’arrêter de crainte d’accident, n’avait qu'à s’effacer pour laisser passer les ailes de moulin, et lui fit voir et sentir que sa méthode était en retard sur celle de Paris, ce qui n’empêcha
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pas ce grand diable d’aller se vanter auprès des autres maîtres d’avoir battu Charlemont. C’est un petit tireur de salon que je ferai tourner sur mon doigt, leur disait-il. Ceux-ci riaient intérieurement et s’empressèrent de répéter les propos à l’intéressé. Ce dernier réunit plusieurs maîtres, et tous allèrent ensemble le trouver à l’école militaire de Joinville-le-Pont, comme pour travailler tous ensemble; on ne put le décider, il devait partir de suite, pour affaire. Charlemont se vit obligé de lui dire le vrai motif de sa visite : il venait lui demander de prouver, les gants en main, ce qu’il avait avancé ; il voulut nier d’abord, mais les maîtres auprès desquels il avait potiné se fâchèrent en maintenant ce qu’il leur avait dit. L’affaire en resta là. Chauderlot était présent.
C’est ce même marseillais auquel, un jour, les moniteurs de Joinville-le-Pont demandèrent s’il avait été au grand assaut qui avait eu lieu à l’école militaire à Paris, et qui répondit — « Parfaitement. — Y avait-il beaucoup de bons tireurs? — Très nombreux, et de première force... — Ah !... Il y en avait un tout particulièrement, d’une force extraordinaire, je n’en ai jamais vu de pareil. — Avez-vous tiré avec lui? — Oui, justement!... — Ah ! et alors qu’a-t-il fait avec vous ?... — Oh! il n’a rien pu faire !... »
Le samedi 17 octobre 1868, Salon de la Folie, 9, grande rue de la Chapelle, maison Pérot, grand assaut donné par M. David Davant, avec le concours de MM. Anatole, dit Vigneron jeune, Chabot (de la Chapelle), Charles (de Paris), Merret, équilibriste, les frères Grêlon, Charlemont et Chauderlot, premiers champions de l’Hippodrome de Paris, qui tirèrent ensemble la boxe française et la canne.
En 1868, Auguste Massin était invité à prêté son concours dans une soirée lyrique, donnée à la salle Gelin, Chaussée-Ménilmontant, au bénéfice de Renard, de l’Opéra. Des artistes de l’Opéra, delà Comédie française et de l’Odéon, invités également, virent d’un mauvais œil figurer dans le programme des exercices de force. Que venaient donc faire là des saltimbanques? Mais lorsque Massin parut sur la scène, en habit noir, gilet blanc, cravate blanche et masqué, qu’ils le virent exécuter des exercices de haute difficulté, sans même retirer ses gants blancs, la glace
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était rompue, ils vinrent lui serrer la main, en le félicitant du succès général qu’il venait de remporter.
Dans le courant de la même année, il eut l’occasion de prêter son concours au concert donné au bénéfice de Thérèsa, au concert Galiope, rue de Belleville. Le programme annonçait : Couplets chantés par le plus fort chanteur du monde. Quelqu’un qui fut fort intrigué, c’est M. X..., premier chanteur de l’Opéra, qui vint prendre place dans la salle pour voir et pour entendre celui qui semblait vouloir lui damer le pion. Il fut très surpris en voyant venir sur la scène, Massin, en habit de soirée, gants blancs aux mains, chanter un couplet de Mignon, en tenant les bras tendus horizontalement, avec un poids de 20 kilos dans chaque main ; il ne lui vint même pas à l’idée de concourir avec ce chanteur d’un nouveau genre.
Une autre fois le programme portait: le piano de la maison Erard sera tenu par M. Auguste Massin. On connaissait bien Massin pour être un peu chanteur, mais pas musicien, aussi la curiosité avait-elle été éveillée. Au moment où une jeune artiste se disposait à chanter, Massin enleva le piano de ses deux bras et le maintint pendant le temps que la jeune artiste, accompagnée du pianiste, chantait un morceau du programme.
La surprise fut tellement grande, devant cet incroyable tour de force, annoncé d’une manière si spirituelle, qu’elle fut un triomphe pour son auteur.
Massin n’était pas seulement un agréable chanteur, un homme fort, il était aussi très adroit à la canne et à la boxe. Il avait été élève de Leboucher.
Le mardi 10 novembre 1868, salle Molière, 159, rue Saint- Martin, grand assaut, offert à la typographie parisienne, par MM. Théophile Darche, Tessier et Tenon. 11 y eut un admirable assaut de bâton, comme on n’en vit plus depuis, exécuté par MM. Eugène Caquet etJacou, dignes émules des Trinquard et des Leboucher. Une fantaisie sur plusieurs caisses par M. Galisa, premier tambour de France. Equilibre de bilboquets par Merret, et jeux athlétiques par MM. Vincent de Lyon, l’homme de fer, et Odin de la Loire. L’assaut se termina par la chanson du
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serrurier et le chant du voyageur, exécutés par la chorale du Châtelet, directeur M. François.
A propos de cet assaut : en arrivant au dépôt du 51e régiment de ligne, à Vincennes, Charlemont reçut la visite d’un nommé Mouret, qui donnait des leçons de boxe au 20e bataillon de chasseurs à pied et qui ayant entendu parler de lui, venait le prier de lui donner quelques leçons et l’aider de ses conseils. Charletnont accepta avec grâce, le fit travailler avec lui et le présenta à Vigneron et à Chauderlot, qui le firent tirer avec eux. Ils furent fort étonnés de voir ce jeune homme, grand, mesurant lm8Q, élancé, souple et d’une facilité de jambe des plus rares ; il la levait en effet perpendiculairement. En échangedes bons procédés qu’on avait employés vis-à-vis de lui, il allait partout se vanter qu’il avait battu Vigneron, Chauderlot et Charlemont. Rien que cela, il allait vite !...
On profita de l’assaut de la salle Molière pour l’y inviter, il accepta. Qui tirerait avec lui? Question difficile à résoudre. Vigneron, Chauderlot et Charlemont voulaient atout prix l’avoir en face. Charlemont l’emporta, faisant valoir que leur ayant présenté Mouret, il était le premier atteint et qu'il ne tirerait à l’assaut qu’avec lui, on se rendit à son argument, on lui céda.
Avant de commencer l’assaut, Mouret fit, comme au régiment, un salut de la boxe des plus excentriques ; on aurait dit qu’il cherchait à décrocher le lustre du plafond avec ses pieds, c’était extraordinaire, on n’avait jamais vu lever les jambes pareillement et aussi haut; il y eut dans la salle un étonnement tel qu’on prédisait à l’avance la défaite de Charlemont; telle était la pensée d’un grand nombre de spectateurs. Mais les connaisseurs s’empressèrent de provoquer des paris ; cinquante bouteillesde champagne furent tenues de part et d’autre. Les uns disaient : Gharlemont a trouvé son maître ; les autres : ça ne sera pas pour cette fois-ci, vous verrez tout à l’heure.
Les deux tireurs se serrèrent la main. Charlemont attaqua son adversaire par un chassé si rapide qu’il le fit tomber comme une quille; le coup fut si foudroyant que beaucoup ne l’avaient pas vu. Il se releva, faisant mouvoir en vain ses grandes jambes de tous les côtés sans résultat. Charlemont passait dessous et ramassait la
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jambe d’un coup de pied bas, ou rentrait d’un coup de poing à l’estomac; il faisait pleuvoir sur son adversaire une telle abondance de coups de toutes sortes que celui-ci ne savait plus où il en était. Charlemont ne lui laissait pas un moment de répit, aussitôt qu’il était replacé en face, aussitôt touché. Enfin, n’en pouvant plus, il demanda à cesser. Les trois maîtres étaient bien vengés. Le lendemain, vers 9 heures du matin, Mouret était encore couché lorsque Charlemont vint le voir, il était courbaturé et se plaignait d’avoir été fort maltraité. — « Je l’ai fait exprès en raison de votre médisance, lorsque des maîtres qui vous aidaient à vous faire valoir et qui méritaient votre considération, comme reconnaissance, vous cherchiez à les déconsidérer; à l’avenir, soyez modeste. » Mouret se le tint pour dit et, par la suite, se concilia les sympathies de tous.
Dans le même assaut, Chauderlot, tirant avec Vigneron, le saisit de ses deux bras à la ceinture en arrière. En raison de la différence de taille et de poids qu’il y avait entre eux, il commettait une grande faute, dont Vigneron profita pour le saisir à la tête et le jeter devant lui sur le parquet.
Dans la boxe française, il faut apporter tous ses soins à ne pas se laisser approcher et combattre à distance. C’est à cette condition qu’on peut battre un adversaire plus lourd et plus fort que soi physiquement.
Charlemont se prodigue, son congé approche, il ne restera pas au régiment. Il ouvre une petite salle, 27, rue Aumaire. Il en fait Couverture par un assaut des plus intéressants. Il fait un assaut de boxe française avec Chauderlot qui fait ensuite un assaut de canne avec Raynal. Ces deux derniers adversaires se fâchèrent, les coups de canne furent trop durs.
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