LA FANFARE DES LILAS
donnant son concours à cette œuvre, exécutera plusieurs morceaux de son répertoire.
Deux chansonnettes comiques chantées par M. Beaucerf, comique de Paris.
Pour l’ouverture, la fanfare des Lilas jouera la retraite.
Une explication est ici nécessaire. Nos lecteurs auront dû remarquer que, dans le cours de nos biographies, nous écrivons quelquefois : adresse française ou adresse anglaise, c’est que nous copions textuellement les programmes que nous avons sous les yeux. Voici : vers 1856, la préfecture de police eut la singulière idée d’interdire les luttes; en même temps elle refusait le visa aux affiches où l’on annonçait des assauts de boxe. Il fallut remplacer les mots : boxe française et anglaise par : adresse française et an-
glaise. Lorsque Charlemont fit faire des affiches annonçant l’ouverture de ses cours, il dut coller des bandes portant le mot adresse pour couvrir le mot boxe qui était imprimé, la préfecture l’exigeait ou bien pas de visa. Charlemont obtint une audience du préfet de police ; il chercha à lui faire comprendre qu’étant professeur de boxe, il ne pouvait pas expliquer sa profession par le mot adresse qui renferme tous les exercices et tous lesjeux sans exception, que cette substitution de mot pouvait lui être préjudiciable, que Robert-Houdin, était aussi un professeur d’adresse. Les clowns, les pick-pokets sont aussi des hommes adroits. Voici la réponse triviale du préfet de police : — « C’est une circulaire de mon prédécesseur, elle n’est pas de moi, je ne veux pas défaire ce que les autres ont fait ! — Mais, Monsieur le préfet, si cette circulaire est mauvaise, nuisible aux intérêts des administrés ? — Ça ne me regarde pas. » — Il tourna le dos à Charlemont et se retira, l’audience était levée. — N’est-ce pas qu’elle était bien administrative la réponse du préfet ?.. .Charlemontdut passer par là. La force prime le droit et surtout l’intelligence. Sous la République, le préfet, à qui on fit remarquer cette bizarre fantaisie, retira la circulaire.
Charlemont avait commencé dans sa nouvelle salle avec un assez grand nombre d’élèves, qui augmentait de jour en jour. Il marchait bien, ses affaires prospéraient, lorsque toutà coup la guerre éclate spontanément. Alors adieu les élèves ; les uns retournent dans leur famil le, les autres font partie de la garde mobile ou s’engagent comme volontaires pour aller défendre la patrie; lesétrangers aussi quittent Paris et rentrent dans leur pays. Adieu les exercices, adieu la boxe, c’est fini pour longtemps. Les armes meurtrières, destructibles vont remplacer les poings et les pieds qui eux ne tuaient personne, donnaient au contraire des muscles pour le travail et la santé pour vivre. Ensuite la révolution, conséquence naturelle, fatale, d’une guerre absurde, précipitée. La salle Charlemont croula comme beaucoup d’autres établissements et de nombreuses industries.
Ainsi se termina cette période de travail si mouvementée, qui dura 10 ans. Leboucher vient de disparaître, Hubert Lecour ne
tardera pas et Louis Vigneron le suivra de près. La boxe perdait sa vitalité, en perdant ses plus grands représentants. Dans cette biographie, nous n’avons rappelé que quelques principaux faits ou assauts dont nous possédons les circulaires, mais combien le nombre est grand de ceux que nous ne pouvons citer et qui auraient pourtant aussi un grand intérêt à être rappelés dans cette biographie.
Deux assauts furent encore donnés, le premier dont nous donnons le programme ci-dessous, le second, en 1870, fut donné dans le manège vélocipédique de la Villette, au bénéfice des blessés de la guerre, par le regretté Louis Vigneron. Ce fut son dernier assaut à Paris, car quelques mois après, dans un assaut qu’il donnait à Boulogne-sur-Mer, il mourut de la rupture d’un anévrisme. C’était le 21 août 1871.