ANGLAIS
John- Wilkins.
Tom-Berr.
Tom-Cribb.
Tom-Forwell.
Tom-Rudd.
Wi llam-Harrison .
Charlemont revint en France le 15 juin 1879.
De retour à Paris c’est une nouvelle période, une nouvelle lutte qui va recommencer, car si Charlemont a beaucoup travaillé en Belgique, il n’a pas beaucoup gagné. On ne faitgénéralement pas fortune en travaillant de ses deux braset même deses deux jambes avec. Sien Belgique la vie n'est pas absolument cbère, en revanche les gainssont relativement faibles. Aussi, malgré cette activité que nous lui avons vu déjà déployer avec tant d’acharnement, il est revenu à Paris les poches aussi garnies que lorsqu’il était parti.
Heureusement il avait conservé une excellente santé qui lui permit de reprendre la lutte, le courage aidant.
Gomme tous les commencements, celui-ci fut pénible car tout était changé à Paris ; l’affreuse guerre de 1871 avait tout bouleversé, les anciens élèves étaient dispersés, les uns tués ou blessés, d’autres rentrés dans leurs foyers à l’étranger ou en province, les étudiants, qui formaient le plus grand nombre de -sa clientèle, étaient devenus les uns, médecins, chirurgiens ou pharmaciens; les autres, avocats ou ingénieurs; les jeunes gensétaient mariés et pères de famille; leurs situations changées, ils ne pensaient plus à la boxe. Les nouveaux ne connaissaient pas Charlemont et n’attendaient pas après lui. Tout était à refaire. Il faut avoir vraiment une forte dose de volonté pour ne pas se rebuter dans des circonstances pareilles. Le courage est une belle qualité, une réputation aide, mais celanesuffit pas ; il faut du travail, et dans l’enseignement de la boxe ce n’est pas facile à trouver ; si on pouvait attendre, mais c’est que le ventre ne peut pas espérer longtemps. 11 était las de chercher delà besogne, n’importe quoi, il ne trouvait rien. Désespéré, il monta plus d’une fois sur le pont du lac des buttes Chaumont, avec l’intention de se précipiter en bas sur les rochers; mais n’ayant pas perdu son sang-froid, il considéra qu’abandonner la lutte, ainsi que sa femme et son fils, c’était commettre une lâcheté, il continua ses recherches. C’est à ce moment que M. Ranc le fit entrer au journal La Petite République française , comme imprimeur ; il endossa la cotte et le bourgeron bleu des travailleurs et mit les mains à la pâte (la pâte, c’était l’encre d’imprimerie et le cambouis de la machine rotative), il coltinait les bobines de papier. Le travail se faisait la nuit, ce qui n’est
pas très doux ; à cela près, il était satisfait, il gagnait sa vie, cela lui suffisait pour le moment. Le jour il ne se reposait pas, car il ne pouvait dormir, aussi en profitait-il pour rechercher et renouer d’anciennes relations ; ses efforts furent couronnés de succès. M. Flanc reprit ses leçons avec lui et lui en procura d’autres, entre autres M. Joseph Arnaud, qui était secrétaire intime de Gambetta, alors Président delà Chambre. 11 retrouva quelques anciens élèves qui reprirent également des leçons. A un moment, Charlemont travaillait la nuit à l’imprimerie ; le jour, il était professeur. On avait déjà vu des personnes travaillant le jour, donner des leçons le soir, lui c’était le contraire. Cela ne pouvait durer : si le corps est solide il ne faut pas en abuser. Six mois après son entrée à l’imprimerie il quittait l’atelier, ses leçons augmentant de jour en jour lui suffisaient amplement. Il nous racontait que le jour où il quitta le travail de nuit, était un de ceux qui ont fait époque dans sa vie, il en souffrait fort et ne pouvait pas s’y habituer, ne fermant pas l’œil le jour, cela le tuait. Il devait quitter l’imprimerie un mois plus tôt, mais le directeur qui l’estimait et avait pleine confiance en lui, en raison de l’intelligence qu’il apportait dans son travail, le pria de rester encore un mois, le temps de mettre en route une nouvelle machine rotative double ; Charlemont accepta et c’est ce qu’il appelait le prolongement de son supplice.
Enfin le voilà de nouveau dans son élément, les exercices donnent bien, la boxe surtout, il est satisfait, il n’a plus qu’à marcher de l’avant; c’est ce qu’il va essayer de faire et nous allons pouvoir en constater la marche ascendante. Il donne des leçons en ville et dans les gymnases suivants1: Paz-Heiser, rue des Martyrs; Christmann, faubourg Saint-Denis; Lopez, rue du Coysée ; Pascaud, rue Saint-Gilles et Julien, rue Saint-Antoine.
Les leçons augmentent toujours, il attend l'occasion d’ouvrir une salle, cela viendra à son heure. En attendant il entre au cercle artistique et littéraire où il professe trois jours par semaine, de quatre à sept heures du soir.
Au même moment, on ouvre une salle au Betting-Club, il y est nommé professeur et y est aidé d’un prévôt. Il donne des leçons trois fois par semaine, de quatre à sept heures du soir ; son prévôt les donne également pendant trois jours. Le soir de 8 à 11 heures,
LA BOXE FRANÇAISE
il dirige un cours dans une société qui a son siège place Blanche. Boulevard de Clichy, au café Coquet, il y donne des leçons dans la matinée. On voit que le maître pioche dur, ce qui ne l’empêche pas de trouver encore quelquefois le temps pour aller en compagnie de son fils (qui lui aussi pioche comme il faut) donner un coup de main (même un coup de pied) dans de petites sociétés qui s’organisent un peu partout et de les encourager par sa présence, ses conseils, et aussi en payant d’exemple. C’est d’abord Jules Leclerc, employé de commerce de la maison L’Viarmé-F rings et Cie, rue Saint-Denis, 106, aidé de plusieurs de ses camarades, qui forment une société dont la salle se trouvait dans un sous-sol d’une brasserie du boulevard Sébastopol, n° 90. D’autre part, ce sont les frères Knab, qui ouvrent une salle àBelleville; Philippe en ouvre une à Ménilmontant; Noël etMario, rueSaint-Maur; Charpentier, boulevard Barbés ; Emile Rive, boulevard de Strasbourg. Toutes ces salles étaient fréquentées par des jeunes gens occupés le jour ; par conséquent, on y travaillait le soir, après la journée terminée.
Charle*mont fils dirigeait la société de gymnastique L’Avenir du XIXe arrondissement ; la boxe y tenait une large place. Il dirigeaiten même temps la société de gymnastique L’ Amorosienne, au grand gymnase Heiser, rue desMartyrs, 34, où son père le remplaça pour le cours de l}oxe, pendant qu’il faisait son année de service militaire. Cette dernière société fut une petite pépinière pour la boxe, elle a fourni quelques tireurs remarquables, comme Victor Castérès, professeur aujourd’hui, les frères Birman, les frères Reubens, Deleau, Saint-Quentin, Le Brasseur, Chassey, Lefèvre, le dessinateur et d’autres encore.
C’est à l’aide des éléments de ces différentes sociétés, de ses élèves et de quelques professeurs et amateurs que Charlemont organisa ses premiers assauts annuels de boxe françaiseet anglaise, qui ont eu lieu depuis, tous les ans vers la même époque. Dans ces assauts, la boxe est spécialisée, ce qui ne s’était pas encore fait jusqu’à présent.
Dans la publication des programmes d’assaut, nous nous abstiendrons de tout commentaire sur les tireurs., laissant au public qui les connaît le soin de les apprécier.
La société degymnastique l’Amorosienne a été fondée en octo-
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bre-novembrel880, par l’excellent professeur M. V. Lopez, qui en donnant à cette jeune société le nom de « l’Amorosienne » a voulu honorer la mémoire du colonel Amoros, qui fut le grand propagateur de la gymnastique en France. Naturalisé français, il donna tout son dévouement à sa nouvelle patrie, et fut décoré de la Légion d’honneur.
Il était né à Valencia (Espagne), le 19 février 1770 et mourut à Paris en 1848.
Le fils du colonel Amoros paya aussi de son dévouement à la France: Lieutenant d’artillerie à la prise cl’Algeren 1830, la veille de l’entréedes troupesdans la ville, il fut victime d'un guet-apens, après une défense héroïque et succomba, assailli par le nombre, il eut la tête tranchée par les Arabes.
Nous sommes au mois de février 1880. Charlemont entre au cercle artistique et littéraire, enqualitédeprofesseur de boxe. A cette occasion, et pour donner une idée des préjugés qui existaient encore à cette époque, vis-à-vis de la boxe, et de ceux qui s’en occupaient, nous donnons ci-dessous un petit incident qui eut lieu lors de sa présentation au cercle.
M. Alfred Roll, l’artiste peintre bien connu etM. Richerde Forges, tous deux amateurs et admirateurs de la boxe, avaient, en compagnie d’un certain nombre de membres du cercle, adressé une demande au Comité, dans le but d’adjoindre à la salle d’armes un professeur de boxe. Ces messieurs se récrièrent.
« Comment! vous voulez introduire la boxe chez nous?... y pensez-vous, messieurs?.., un exercice commun qui n’est pas de notre monde... — Pardon, messieurs, répondit Roll, vous paraissez ignorer que la boxe française est un art et qu’elle fera fort bonne figure chez nous; c’est un des meilleurs sports qui existent. » — Ces messieursnepouvaientcomprendre une proposition pareille.— « Il y a donc des professeurs pour enseigner un sport semblable? — Parfaitement. — Qu’est-ce donc que ces professeurs ?.. vous en connaissez?... — Oui, plusieurs. — Où allez-vous les chercher ? — Nous avons le nôtre, qui nousdonnedéjàdes leçons; c’est M. Charlemont, professeur avantageusement connu à tous égards. — Mais
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avant de rien décider, présentez-le-nous ce professeur, nous verrons après. » — On convoqua Charlemontqui fut présenté au comité ; il expliqua succinctement à ces messieurs ce qu’était la boxe, son but et son utilité, puis il se retira. Il était admis. Après son départ les membres du comité donnèrent libre cours à leur étonnement, ils n’en revenaient pas. — Mais il n’est pas mal, votre professeur ! il a l’air comme il faut, c’est un homme, comme un autre ! C’est un monsieur ! A la question qui leur fut posée par les parrains de Charlemont : c< Que pensiez-Vous donc voir comme professeur de boxe ? » ils avouèrent qu’ils croyaient voir un tireur de savate de barrière, de caboulot, un Bibi La Grillade quelconque, ou Toto de Montmartre, avec une casquette à trois ponts, recouvrant une tête garnie d’une maîtresse pairede rouflaquettes bien collées aux tempes, la désillusion leur fut agréable.
Nous pourrions écrire sur ce sujet un gros volume, ayant pour titre : des préjugés envers la boxe.
Mais nous nous en tiendrons à une seconde anecdote qui donnera bien la mesure des préjugés qui existaient chez les personnes de toutes classes, envers cet excellent exercice, si utile à tous les points de vue, et heureusement mieux compris aujourd’hui.
Un ancien élève de Charlemont disait à Mme de B. .. : — « Vous devriez faire faire de la boxe à vos enfants. — De la boxe !... vous voudriez donc que je fasse de mes fils des voyous, des batailleurs?... Ah !... non ! — Madame de B... vous vous trompez, la boxe est un excellent exercice très salutaire, fort bien compris et apprécié aujourd’hui ; beaucoup de personnes du meilleur monde en font et s’en trouvent très satisfaites. — On enseigne donc la boxe? — Comme la peinture, la musique et l’orthographe, madame, et cela sans le moindre danger. — Alors vous me conseillez d’en faire fairè à mes enfants? — Vous feriez bien, cela leur donnerait de la force, de l’adresse, de l’agilité, du courage et une inappréciable santé. — Et vous connaissez des professeurs?
— Le mien. — Vous en faites donc? — Oui, depuis longtemps.
— En ce cas, voudriez-vous avoir l’obligeance de lui demander ses jours, ses heures et ses prix pour mes deux petits garçons? — C’est entendu. »
Charlemont envoya ses conditionset fut prié de venir commen-
LA BOXE FRANÇAISE
cer ses leçons à ses nouveaux élèves. Pendant les deux premiers mois Mrae de B... assistait, d’un air froid et peu convaincu, aux leçons de ses enfants.
Les jeunes gens étaient doués de grandes dispositions physiques et intellectuelles. Charlemont, prévenu de l’antipathie de Mme de B... pour la hoxe, prit bonne note de la confidence et eut à cœur de la convaincre ; profitant des bonnes dispositions de ses jeunes élèves, il leur fit faire de rapides progrès. Aussi lorsque Charlemont présenta sa note, Mme de B... lui témoigna sa satisfaction de ce qu’elle avait vu faire à ses enfants ; elle était émerveillée, disait-elle, et ajoutant à la note une magnifique gratification (500 fr.) elle promit de faire de la propagande en faveur de la boxe et elle tint parole.
La conversion de Mme de B... à la boxe fut complétée quelques jours après, en assistant avec ses enfants et beaucoup d’amis au magnifique assaut donné le 17 février 1891, à l’hôtel Continental, par Charlemont et dont nous publions plus loin le programme. Mme de B... fit des prosélytes dans plusieurs familles de sa connaissance, imbues aussi de préjugés conlre la boxe. Ils furent à leur tour convaincus et devinrent des fervents. Quant à ses petits garçons devenus presque des hommes, ils font encore de la boxe aujourd'hui.
ESCRIME
« La salle d’escrime des Mirlitons est bien organisée, il n’y manque qu’un professeur de boxe.
« La boxe est une science chère aux Anglais et malheureusement peu en faveur chez nous. C’est une faute. L’étude du fleuret amène à la connaissance de l’épée et peut servir quand on a affaire à un homme du monde. On échange sa carte, et la rencontre a lieu correctement. Mais, si vous avez le désagrément d’une collision avec un manant, dirais-je un voyou, allez- vous tirer votre carte? — Pendant que vous faites ce geste solennel, votre adversaire vous envoie un coup de poing sur le nez, ou un coup de pied dans le ventre ou sur le jarret... Que faire alors?.,. Se draper dans sa dignité ou se réfugier derrière un sergent de ville,
LA BOXE FBANÇAISE
quand encore il s’en trouve un?... Eh, morbleu ! apprenez plutôt la boxe, avec quinze ou vingt leçons de Lecour ou de Rouy, vous serez en état de vous défendre. Quand votre adversaire vous verra vous arquebouter sur les jambes légèrement pliées, la tête haute, l’œil fixe et les bras à demi élevés avec deux bons poings fermés, alors le brave zig verra que vous savez en jouer mieux que lui, et soyez sûr qu’il ne s’exposera pas à un bon arrêt-chassé en plein ventre ou un vigoureux coup de poing dans l’estomac. Plus que jamais il faut apprendre à se faire respecter soi-même. L’étude de la boxe est indispensable aux gens du monde, bien plus encore que tout le reste. Mon ami Saucède, président de l’Ecole d’escrime aux Mirlitons, me dit que, pour lui, il ne demanderait pas mieux, mais que le comité du cercle n’était pas favorable à l’engagement d’un professeur. Je le regrettais, car j’étais convaincu que cette adjonction eût amené de nouveaux membres dans le nombre desquels j’aurais peut-être osé me glisser.
« Signé : Charleroy. »
20 mars 1880.